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Prodigy, la rave au grand jour

Prodigy, la rave au grand jour

A l'occasion de la sortie de leur sixième album "The Day Is My Enemy", Green Room Session revient sur le parcours de The Prodigy, considérés pendant un temps comme les pionniers du big beat.

L'air acide et violent de "Firestarter" résonne encore dans nos têtes. Lorsque ce morceau signé The Prodigy est sorti, en 1996, le monde s'est penché d'un peu plus près sur ce groupe anglais relégué auparavant dans la catégorie rave - dans laquelle il avait eu le temps de faire ses marques avec, notamment, son deuxième album Music For The Jilted Generation. Le public a pu découvrir dans une vidéo aussi épileptique que le son qui l'accompagne, un jeune énervé au crâne surmonté de deux cornes de cheveux, des anneaux plein les oreilles, répondant au doux nom de Keith Flint.

Et ce n'était que le début. L'album, Fat Of The Land, dont est extrait le morceau que la BBC considère comme le plus punk de 1996, a vu le jour quinze mois plus tard et contient des titres ouvertement provocateurs et polémiques. "Smack My Bitch Up" dont le rythme brutal, qui reprend notamment un sample du "Funky Man" de Kool And The Gang, en est l'illustre exemple. Dès sa sortie, les critiques n'ont pas manqué de pleuvoir, accusant le groupe d'être misogyne et d'inciter à la violence. La vidéo, signée par le Suédois Jonas Åkerlund, montre les déambulations nocturnes décadentes d'un homme qui s'avèrera finalement être une femme. Une descente aux enfers apparemment inspirée par une soirée passée par le réalisateur lui-même à Copenhague.

Braintree confidentiel

Qui se cache derrière le trio surexcité qui aura vendu huit millions d'exemplaires de Fat Of The Land ? Trois jeunes issus de la rave et originaires de l'Essex, au nord-est de Londres. Keith Flint donc, chanteur et danseur, Maxim Reality, le MC de la formation, et Liam Howlett aux claviers mais surtout en charge de la composition. Keith Flint, qui arbore souvent un manteau afghan, lui valant le nom de chien de berger, est tombé dans la rave vers 1988 et a commencé à danser à The Barn dans la ville de Braintree où il s'était à l'époque installé. C'est dans ce bar qu'il rencontre le DJ local Liam Howlett. Sur initiative de Keith Flint, ils montent ensemble sur scène et, lors du premier concert, sont rejoints par le MC reggae Maxim Reality.

Vingt ans plus tard, Prodigy aura vendu 25 millions de disques à travers le monde. Entre leur premier album, Experience, qui ne dépassera pas le milieu confidentiel de la rave à leur dernier en date sorti en 2009, Invaders Must Die, deux composants de l'ADN Prodigy n'ont presque pas été modifiés. Leur musique, un savant mélange de rave, techno hardcore, industrielle, jungle et breakbeat qui a ensuite évolué vers le big beat, rock électronique et rock mâtiné de punk, et leur franc-parler. N'en déplaise à leurs détracteurs.

En août 1992, Mixmag s'interrogeait en couverture "Charly a-t-il tué la rave ?" - en référence au morceau extrait de leur premier album. Et lâchait, dans un édito : "Liam a sincèrement essayé de saisir l'essence de la rave. La tragédie est qu'il a réussi. Nous ne nous rappellerons jamais de Charly comme des générations précédentes se sont souvenues du "Heartbreak Hotel" d'Elvis Presley, le "Penny Lane" des Beatles ou même le "London Calling" des Clash". En réponse, les "parrains de la rave" ont brûlé une pile de Mixmag dans le clip qui a suivi.

Difficile réinvention

Six ans après Invaders Must Die, qui n'a pas laissé une trace indélébile dans la carrière des autoproclamés prodiges, le trio infernal revient avec The Day Is My Enemy, attendu pour le 30 mars. Un album que Liam Howlett avait annoncé, dans une interview au magazine britannique Q, comme "totalement organique. Une pure énergie violente". Ce qui ne laissait rien présager de bon ni de neuf. Cet opus se veut une réponse à "tous les types de dance music", basés, aux yeux de Prodigy, sur une formule unique. "Tous ces DJ à la con et ces tutos sur YouTube sont nuls", a ajouté, dans une version volontairement censurée, Liam Howlett.

The Day Is My Ennemy, qui comprend des contributions du duo anglais Sleaford Mods, tire donc sur la corde du sempiternel mélange agressif de punk, hip-hop, électro, rock, sur fond de grosses basses. Si ce retour certes en grande forme de Prodigy nous ramène en ces temps reculés où l'on se prenait à rêver en une possible rébellion, dans un élan de convulsions en sueur lors d'un concert en forme de rave party, ce nouvel opus n'est en revanche pas synonyme de changement. Cela fera plaisir aux nostalgiques des années 90. Les autres passeront leur chemin.