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Laurent Garnier et sa Home Box : plus qu'un best-of, une excellente nouvelle !

Laurent Garnier et sa Home Box : plus qu'un best-of, une excellente nouvelle !

Laurent Garnier sort un coffret, la Home Box, le 16 avril prochain sur F Communications. On vous explique pourquoi ça nous rend toute chose. 

Parrain de la techno française, Laurent Garnier n’a jamais été avare en apparitions publiques. Que ce soit en DJ set ou en live avec LBS, le projet qu’il forme avec ScanX, il n’a eu de cesse depuis 30 ans de parcourir le monde. Mais celui qui se revendique comme DJ avant de se considérer comme un producteur s’est fait plus rare en studios depuis 2009, année de sortie de son dernier album Tales of a Kleptomaniac. Pour lui, tout est une histoire de cycles et après s’être consacré pleinement à la scène, l’appel du studio s’est fait plus fort en 2014 et 2015, le poussant à sortir une série de cinq EPs et un album. Loin d’être un symptome de boulémie musicale, cette démarche résulte pour lui d’une réflexion sur l’état actuel du marché de la musique. Avec des dizaines d’albums électroniques qui sortent toutes les semaines le marché est saturé.

Révulsé par la nostalgie et la tradition, Laurent Garnier a alors en secret imaginé un plan novateur pour sortir son épingle du jeu. Plutôt que de se noyer dans le flot incessant des sorties d’albums, il a publié, en sept mois, cinq EPs sur cinq labels différents (Musique Large, 50 Weapons, MCDE, Still Music et Hypercolour). D’apparence indépendants les uns des autres ces disques ont en réalité été pensés pour former une fois réunis un album à paraitre sous forme de box, la Home Box. Composée de quatre vinyles, d’un CD et d’un poster, cette sorte de best-of annuel est étudiée pour satisfaire tous les profils, du DJ qui s’orientera davantage vers les vinyles sur lesquels ne sont pressées que les productions les plus clubs à l’amateur de musiques électronique qui se tournera davantage vers le CD regroupant l’ensemble des titres.

Mais attention, cette box ce n’est pas que du Laurent Garnier. En laissant une grande place aux remixes, le français offre par la même occasion une belle vitrine aux “jeunes qui montent”. Avec Voiski, Bambounou, French Fries et Traumer pour ne citer qu’eux, Laurent Garnier montre une nouvelle fois sa volonté de faire perdurer la flamme techno. Produite en série limitée, la Home Box ne sera vendue qu’à 1000 exemplaires mais sera suivie d’une version digitale reprennant le tracklisting du CD. Tout le monde pourra avoir sa dose de Laurent Garnier.

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Le plaisir de retrouver Laurent Garnier sur long format n’est pas la seule bonne nouvelle qu’apporte La Home Box. Les connaisseurs du petit monde des musiques électroniques auront noté avec émotion que ce disque sort sur F Communications. Le nom de ce label ne dira peut-être pas grand-chose à ceux qui n’ont pas connu les années 90 mais tous les autres savent quel rôle essentiel à joué cette petite maison de disque indépendante qui n’a jamais eu peur des grandes.

Retour en arrière. A l’aube des années 90, Eric Morand est le directeur artistique de Fnac Dance Division, un micro label créé au sein de la Fnac, qui rêve à l’époque de concurrencer les poids lourds de l’industrie du disque (pour en savoir plus cette histoire lisez L’histoire Secrète de la french touch). Eric Morand est un pionnier. A l’époque ils ne sont pas nombreux à avoir compris que les raves et les DJs sont porteur d’une véritable révolution musicale. Eric Morand s’est d’ailleurs fait un ami, le jeune DJ Laurent Garnier qui navigue déjà entre l’Angleterre et la France. Leurs amitiés et leur collaboration durent encore aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard.

Quand les menaces de faillite doivent faire oublier à la Fnac ses rêves d’édition discographique, Eric et son copain Laurent, qui commence à produire ses propres disques en marge de sa carrière de DJ, décident de tenter l’aventure en solo. Ainsi née F Communication en 1994. Le phénomène rave est à peine en train d’exploser en France mais les deux compères voient déjà plus loin. Ils ont compris que la house, la techno et tous ces nouveaux styles qui naissent chaque jour vont bientôt sortir des cabines de DJs pour envahir les salons et les radios les plus grand public. Ce destin de la musique électronique, ils l’inscrivent carrément dans le slogan de leur label : « After E comes F ». En clair, après l’extase du dancefloor vient F Communications. Dès cette époque Garnier et Morand ont pour référence le label anglais Warp et l’ambition de sortir, plus seulement des maxis de producteurs anonymes cachés derrières des pseudonymes interchangeables, mais de véritable albums d’artistes, sans s’interdire aucun style. C’est cette ambition et ce souci de construire une maison de disque dont les artistes sont le centre névralgique qui reste la marque de F Communications. Bien sûr, durant ses quinze ans d’activité (victime de la crise du disque F communication a été mis en sommeil en 2008) le label a connu bien des succès, a commencer par « Flat Beat », le tube mondial Mr Oizo, les magnifiques albums entre jazz et house de St Germain ou même les succès de Laurent Garnier lui-même, qui remporte la toute première Victoire de la musique électronique avec l’album 30.

Mais ce qui faisait le charme de F Communications c’est surtout la dimension familiale du label, mise en valeur lors de soirées anniversaires particulièrement courus et chaleureuses. La famille F Com c’était des musiciens aussi divers que Readymade FC, Llorca, Frederic Gallianno, Avril, Aqua Bassimo ou encore Vista Le Vie. Des artistes qui malgré leurs qualités ne sont pas tous devenus des stars mais qui ont tous joué un rôle important dans la reconnaissance des musiques électroniques tout au long des années 90.

Rien que pour ça la renaissance de F Communications est une joie pour tous amateurs de musique. Mais la joie redouble quand on apprend de la bouche même de Laurent Garnier que cette résurrection ne sera pas sans lendemain : « Il y aura d’autres sorties sur F Communications, à chaque fois des projets spéciaux en édition limitée, de beaux objets à collectionner. Nous ne voulons pas être noyés dans le flot des nouveautés mais donner une aura spéciale à nos disques ». Beau programme. On a hâte de connaitre la suite.

Crédit photo : Richard Bellia