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Eurovision : le kitsch a droit de cité

Eurovision : le kitsch a droit de cité

La 60ème édition de l'Eurovision aura lieu le 23 mai prochain à Vienne. Retour sur un évènement qui laisse de marbre la majorité des citoyens français mais relève en revanche de l'incontournable dans les contrées plus au Nord et à l'Est du globe.

Hildur a sorti sa robe bustier rouge des grands jours. En cette tiède soirée du mois de mai, elle accueille, tout sourire, ses amis en bas de l'immeuble pour les conduire dans une pièce au premier étage. La chaleur grimpe soudainement. Des dizaines de chaises alignées font face à un écran déroulé pour l'occasion, au plafond des guirlandes multicolores sont accrochées. De jeunes et pâles garçons et filles crient des noms obscurs. Leurs voix sont rapidement recouvertes par celle, caverneuse, du chanteur à l'écran. Nous sommes à Reykjavik, Islande, un soir d'Eurovision. Hildur, à l'image de ses copines et des trois quarts des citoyens de l'île volcanique, ne raterait cet évènement pour rien au monde. Un chapeau circule, dans lequel sont jetés les papiers sur lesquels sont inscrits les paris.

Incontournable

Lilja, 28 ans, confesse : "J'adore passer l'eurovision avec mes amis dans un esprit de rigolade. Ensuite, on sort en ville et la chanson qui a gagné est diffusée dans tous les bars. C'est vraiment une chouette ambiance, et l'occasion de découvrir nos voisins européens!" A ceux qui posent sur l'Eurovision un regard méprisant, cette Franco-Islandaise répond "qu'il ne faut pas prendre cela trop au sérieux, c'est juste fait pour s'amuser. En Islande, on suit l'Eurovision depuis toujours, c'est un passage obligé, une tradition presque". Lilja a eu le temps de se forger un avis critique sur la question et "trouve dommage que chaque pays ne soit pas obligé de chanter dans sa langue". Ce qui la pousse à rebaptiser l'évènement "l'Anglovision !". Cette année, l'Islande envoie un candidat que Lilja juge "moyen et trop pop".

Sans commune mesure avec l'engouement qu'elle et ses amis ont par exemple porté à Sébastien Tellier et sa prestation gonflée en 2008. Moqué en France, le chanteur barbu s'est en revanche attiré les faveurs de nos confrères nordiques.

Histoire

Pour la partie historique, rappelons que l'Eurovision, dont la prochaine édition aura lieu le 23 mai à Vienne, a été créé en 1956 par l’Union européenne de radio-télévision. Le premier concours a eu lieu à Lugano, en Suisse, et seuls sept pays étaient en compétition. Chacun de ses représentants devait interpréter deux chansons. Lys Assia, représentante de la confédération helvétique, a remporté le concours avec son dégoulinant "Refrain". La chanteuse a remis ça en portant les couleurs de la Suisse aux éditions 1957 et 1958 de l'Eurovision.

Souvent décriée dans l'Hexagone, l'Eurovision remporte un franc succès dans les pays du Nord et de l'Est. Peut-être parce que leurs candidats repartent souvent vainqueurs. A moins que ce ne soit parce que le public originaire de ces pays vote en masse - depuis 1997, les téléspectateurs ont voix au chapitre, en plus du jury officiel. Ces dix dernières années, les pays nordiques ont remporté quatre fois le concours, de même pour les pays de l'Est. A titre de comparaison, depuis 1990, seuls trois pays du Sud - Grèce, Turquie, Italie - ont remporté le concours. La France a, de son côté, gagné cinq fois dans toute l'histoire de l'Eurovision, la dernière fois remontant à 1977. Le pays qui comptabilise le plus de victoires, sept, demeure l'Irlande.

Pépites

Cette cérémonie se révèle pourtant une grande pourvoyeuse de pépites. Des moments d'exception souvent offerts par des chanteurs au look improbable, les Finlandais du groupe heavy-métal Lordi, les Ukrainiens de Verka Serduchka, travestis pour l'occasion, ou, un peu plus loin dans le temps, en 1973, le duo disco-kitsch belge Nicole Josy & Hugo Sigal. Duo aurait peut-être mieux fait de se retenir puisqu'ils ont fini derniers de la compétition.

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L'Eurovision, c'est aussi de grands moments d'humanisme. Une cérémonie qui semble faire peu de cas de la question du genre, Conchita Wurst, ou de celle de la "normalité", la Finlande envoie cette année un  groupe punk PKN (Pertti Kurikan Nimipaivat) trisomique et autiste, lui préférant la performance musicale. Dernier moment humaniste en date, vendredi dernier, lorsque le candidat allemand, Andreas Kümmert a refusé en direct à la télévision de représenter l'Allemagne, jugeant que Ann Sophie, arrivée en seconde position à l’issue du concours de sélection pour l’Eurovision, était plus qualifiée que lui. L'histoire a fait la une de la presse allemande. Sous le kitsch, l'humain.