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On a parlé tatouages avec Tin-Tin

On a parlé tatouages avec Tin-Tin

Le Mondial du Tatouage reprend ses quartiers à la Grande Halle de la Villette à Paris du 6 au 8 mars. Son fondateur, Tin-Tin, tatoueur tatoué qu'il est devenu  inutile de présenter, nous parle de cet évènement exponentiel.

Qu'est-ce qui t'a poussé à créer le Mondial du Tatouage ?

Les deux premières éditions datent de 1999 et 2000. A cette époque, je faisais beaucoup de conventions dans le monde et il n'y en avait pas à Paris. La scène était vraiment plus petite qu'aujourd'hui, il y avait une centaine de tatoueurs qui tournaient, c'était toujours les mêmes, on se connaissait tous. C'était l'âge d'or, la profession n'avait pas été galvaudée comme aujourd'hui. En revanche, ces conventions avaient souvent lieu dans des endroits tout pourris, des vieux gymnases dans lesquels le même CD tournait tout le week-end. C'était organisé d'une manière assez glauque et déplorable. J'avais besoin d'apporter ma brique à l'édifice.

Mes deux premières éditions ont eu lieu au Bataclan et au Trianon. Elles sont restées mythiques dans la mémoire collective. Certains ont même dit qu'elles sont devenues les deux meilleures conventions mondiales de toute l'histoire ! J'ai arrêté d'en faire durant treize ans car cela demande beaucoup de travail, il faut connaître les bonnes personnes et puis je suis tatoueur avant tout, pas organisateur d'évènements. Mais à force que l'on me tanne en me disant de refaire des nouvelles éditions, j'ai fini par changer d'avis.

Affiche Mondial 2015 par Alix Gé crop

Comment as-tu sélectionné les 340 artistes présents cette année ?

Je ne les connais pas tous. Il y en a même dont j'ignorais le nom il y a encore six mois. Il y a tellement de nouveaux talents que c'était difficile de choisir, j'ai dû en éliminer pas mal. Il y a plein de super bons tatoueurs ! Parfois, il y a trop de super tatoueurs d'une même nationalité et je suis obligée d'en refuser car il ne peut pas y en avoir autant d'une seule et même origine. Il y a 340 bons tatoueurs au Mondial du Tatouage mais je peux te dire qu'il y en a bien plus dans le monde ! Pour beaucoup, pouvoir inscrire le Mondial sur son CV c'est un super truc. Mais cela ne veut pas dire que tu es mauvais si tu n'y vas pas.

Je suis là pour être équitable dans la répartition des styles donc je me dois de mettre en avant le style japonais, le trash polka (représenté par exemple par Volko & Simone) qui est de l'hyperréalisme mélangé à de l'écriture, il faut que les spider murphy soient là aussi (néotribal). Je ne peux par exemple pas prendre dix personnes qui font de l'hyperréalisme. Il y en a qui vont aimer le tribalisme, il faut du tribal polynésien, même si, à titre personnel, je ne m'en ferais pas tatouer. Je ne me souviens même plus qui j'ai accepté !

Quels sont tes coups de coeur cette année ?

J'en ai 340 !

Logo noir crop

Quelles sont les nouveautés pour cette édition du Mondial 2015 ?

Des nouveautés en termes d'emplacement, de capacité d'accueil, d'organisation au niveau des stands. On a placé un bar en hauteur et créé de la place pour faire du chill out. De même, au niveau de la musique, on axe pas mal sur les Djs cette année. Il y aura The Shoes, ce n'est pas rien. On a aussi Jennifer Cardini samedi, Madj & Viktor Coup?K et Fred Quota dimanche. Toute la journée du vendredi sera consacrée aux DJ Ghunter Love & Moche Pitt (Airnadette) (photo ci-dessous).

DJs crop

On cherche encore plus à avoir une ambiance club-festival fantastique !

Quel est l'intérêt pour un visiteur de venir au Mondial ?

Pouvoir observer ce qu'il se fait de mieux sur le marché ! Tu peux tout à fait venir au Mondial même si tu n'aimes pas les tatouages car l'ambiance va être cool. Il y en a plein qui y vont comme tu irais en boîte. Le but initial est d'en prendre plein les yeux.

Quelle est la place de la musique dans ce Mondial ?

Elle est nécessaire, personne n'a envie d'avoir une musique pourrie ! C'est hyper important, c'est comme le plan de table des tatoueurs, ils faut qu'ils se sentent bien entre eux, qu'ils soient potes. C'est la vie et il faut lui mettre des paillettes autour pour que cela soit bien.

Que penses-tu de la crème pour effacer les tatouages ?

C'est un hoax. Le mec qui prétend inventer cela est un escroc, il vend des trucs qui n'existent pas.

Où en est-on de la polémique concernant la fin de l'utilisation de l'encre de couleur ?

Il n'y en a plus. L'Etat a juste sorti un texte super alarmant concernant des pigments interdits. Or, les pigments que l'on possède ne sont pas dans les pigments interdits. De plus, il n'y a jamais eu de souci sanitaire liés aux tatouages. Il peut certes y avoir des complications mais elles sont rarissimes et finalement jamais dramatiques. Les médecins feraient mieux de s'occuper des maladies nosocomiales qui tuent deux fois plus de personnes que les accidents de la route !

Nicolas Duvauchelle, Da Silva, Tété...Comment choisis-tu les parrains du Mondial du Tatouage ?

Cela fait un peu people, ça plaît aux gens. Tété a d'ailleurs fait une série Tattoo by Tété. Avoir des parrains, ça fait parler les journalistes ! Cela donne une belle image du Mondial du Tatouage.

Le tatouage peut-il encore être synonyme de culture underground ?

Il l'a été, indéniablement. Il ne faut pas cracher dans la soupe, comme ceux qui aiment un groupe de musique mais le détestent dès qu'ils se mettent à vendre plein de disques. Forcément il y a des dérives depuis que le tatouage est devenu populaire. Tout ce qui a du succès est jalousé, mais on ne peut pas aller à l'encontre de tout ça. Chacun emmène cet art vers sa destinée personnelle. Parmi les dérives il y a par exemple les types qui se font tatouer le blanc des yeux. On ne peut pas les juger. Qui suis-je pour juger ceux qui se font tatouer le blanc des yeux alors que mes détracteurs avaient les mêmes arguments quand je me faisais tatouer le blanc des bras ? Je ne suis pas la parole bénite !

Photo d'illustration : © Julien Lachaussée