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David Bowie à la Philharmonie, itinéraire du maître du glam rock

David Bowie à la Philharmonie, itinéraire du maître du glam rock

L'exposition "David Bowie is" prend ses quartiers à la Philharmonie de Paris jusqu'au 31 mai après avoir fait une halte remarquée à Londres au printemps 2013.

"David Bowie is" avait fait grand bruit lors de son passage à Londres. Au printemps 2013, le Victoria & Albert Museum imagine une rétrospective retraçant le parcours du chanteur anglais. Deux ans plus tard, la Philharmonie de Paris accueille jusqu'au 31 mai une version repensée de l'exposition. Une présentation foisonnante qui retrace le parcours du chef de file du glam rock, plus de 300 objets à l'appui, allant des dessins, photos, partitions et documentaires audio et vidéo.

Mutations d'un enfant rétif

David Robert Jones de son vrai nom a grandi dans les quartiers populaires de Brixton, au sud de Londres. Encouragé par son père et son demi frère, il décide, son certificat de scolarité en poche, de s'inscrire au lycée technique des garçons de Bromley plutôt que de poursuivre dans la filière générale. Il se concentre alors sur l'art et principalement sur la musique. "Enfant j'adorais passer du temps dans ma chambre à lire et cogiter, confiera t-il en 2002. Je vivais énormément dans mon imagination. M'intégrer dans la société m'a demandé un effort surhumain". Ses admirateurs remercient ces instants de replis voulus ou subis qui ont engendré 27 albums parmi les plus brillants de sa génération.

En septembre 1965, il troque son nom contre le pseudo de David Bowie, qu'il emprunte au pionnier américain Jim Bowie, afin de se démarquer de Davy Jones officiant à l'époque au sein du groupe The Monkees. David Bowie sort un premier album éponyme en 1967 et enchaîne, deux ans plus tard, avec Space Oddity, dont le titre inaugural constitue un hommage au film de Stanley Kubrick 2001, l'Odyssée de l'espace. Le 20 juillet, à l'occasion de l'alunissage d'Apollo II, la BBC diffuse le morceau en question. Le titre se hissera en cinquième position des charts britanniques en moins de trois mois. David Bowie se place en orbite.

Le changement de nom marque le début d'une mutation qui durera une vie entière. David Bowie y sera tout à tour homme aux plateform boots rouges, femme, roux, blond, noir, arborant ses crins sagement gominés ou extrêmement crépus, et se dissimulera derrière divers personnages tels Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Thin White Duke ou Nathan Adler. David Bowie fait voler en éclats la notion d'identité unique pour y soustraire celle du travesti.

Loin de tomber dans l'écueil de la scolaire frise chronologique, l'exposition alterne extraits sonores, lettres, partitions, instruments et logiciels. La présence d'un générateur aléatoire de mots s'avère à ce titre digne d'intérêt. Fasciné par le hasard et refusant la signification unique dans ses chansons, David Bowie a eu de nombreuses fois recours à cet engin, en particulier dans les années 90, ainsi qu'à la technique du cut-up.

david bowie collage

Outre la partie principale de l'exposition qui recèle également la reconstitution d'un petit studio, pièce capitale dans le processus de création du chanteur, une impressionnante salle attenante est dédiée aux lives du chanteur.

david bowie is putting on a show

Collaborations et control freak

En 1972, époque cheveux roux et androgynie à fond, David Bowie détonne en interprétant "Starman", morceau extrait de son cinquième album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars dans l'émission Top Of The Pops. Vêtu d'une combinaison qu'il décrit comme "de l'ultraviolence en tissu Liberty", il introduit sa vision du glam rock, courant vestimentaire autant que musical qui consiste à ressusciter le rock des origines en l'enveloppant de paillettes.

Ce choix vestimentaire est loin d'être anodin, le chanteur a en effet toujours mis un point d'honneur à choisir avec rigueur chacune de ses tenues, n'hésitant pas à faire appel aux plus grands créateurs de l'époque. Pas moins de huit costumes du designer japonais Kansai Yamamoto sont par exemple présentés. Un peu control freak sur les bords, David Bowie crée souvent lui-même ses costumes.

david bowie manteau

Il puise par exemple dans le film Orange Mécanique de Stanley Kubrick pour réaliser l'accoutrement qu'il endossera pour Ziggy Stardust. Le chanteur aux yeux vairon collabore également avec des noms loin d'être inconnus : Alexander McQueen (cf le manteau flanqué du drapeau britannique), Natasha Korniloff, qui signe notamment le costume porté par David Bowie dans le clip d'"Ashes To Ashes", ou encore Freddie Burretti .

 

david bowie costumes araignée

Loin de se contenter du seul contrôle de ses vêtements, le chanteur dirige, plus largement, tout ce qui à trait à son image, des pochettes de ses disques à la scénographie de ses spectacles en passant par le merchandising de ses tournées. Véritable touche-à-tout, personnage intrigant et fascinant, il n'hésite pas à prendre part à des films - il interprète notamment Andy Warhol dans le film Basquiat de Julian Schnabel et Ponce Pilate dans La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese - et des pièces de théâtre - The Elephant Man, en 1980, dans laquelle il incarne John Merrick, personnage longtemps considéré comme un monstre et montré dans les foires - que l'exposition n'oublie pas de présenter. "David Bowie is" ou l'exposition nécessaire pour saisir un peu plus l'homme caméléon qui à ce jour a vendu plus de 140 millions de disques.

david bowie from time to time