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Jamie Lidell :
Compass

Jamie Lidell : Compass

Ah... Le fameux "album de la maturité". Cette expression désigne souvent un disque plus calme (plus chiant?), moins énergique que réfléchi. Mais compte tenu du registre musical sur lequel Lidell officie depuis 3 albums – grosso modo: soul classique et moderne funk – c'est ici la rigueur qui fout le camp la première. Et bien souvent, on a envie de dire que c’est tant mieux : des funks façon Prince ("Your sweet boom") aux rythm’n’blues éléphantesques (« You are waking »), tout le monde se met au pas d’un beat éléphantesque, sons hypercompressés et cuivres planqués dans le fond(ement) pour mieux surprendre sans prévenir. Là où hier il plagiait tout sourire Marvin Gaye, c’est avec assurance que sa voix d’or de blanc-bec anglais égale un Michael Jackson 70s ("She Needs Me") ou mieux, le Stevie Wonder grande époque ("The Ring", composé avec l'ami du petit déjeuner: Gonzales). Certes, Beatbox et cris du choeur restent bien là mais, comme rongés par le sable, ils sont rugueux et accrochent bien plus qu’ils ne se contentaient d’accompagner. Chez Lidell comme à la plage, désormais on serre les fesses.

A force de se sampler depuis dix ans, super Jamie est devenu son propre backing band.


Jamie s'assume et se permet des écarts plus grands pour offrir un album de producteur avec les dangers que cela comporte : album en assiette anglaise déconcertant, expérimentations longuettes ou lassantes (le chevrotant 8 bits d’ « I Can Love Again »), il a malgré tout l’avantage de ne pas faire dans la redite, comme le prouve « Big drift », apocalyptique blues couvert de suie. Guest à la production parmi tant d’autres, Beck laisse encore trop sa marque, tel le sillage attribué aux limaces, sur des plages qui ne sont pas les siennes. D’ailleurs certains titres pâtissent de l’expérience du passage au Record Club (le side project artisanal de Beck, avec ses nombreux invités) de Jamie Lidell. Mais magistrale contrepartie, le titre éponyme du disque marque le cœur au fer rouge. La sécheresse de bois flotté d’une gorge qui s'accorde aux arpèges craquants et osseux, on ne peut aller chercher un tel précédent que sur le dernier Portishead. Des égarements intimistes adultes qui font de Compass l’idéal de Lidell.

Jamie Lidell // Compass // Warp (Discograph)

H.P.