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Fyfe : "Jeff Buckley est un Dieu pour moi"

Fyfe : "Jeff Buckley est un Dieu pour moi"

Alors que Paul Dixon, alias Fyfe, s'apprête à sortir son premier album, rencontre avec ce discret Anglais à la voix précieuse. 

Impossible de les rater : depuis quelques semaines, des affiches colorées et percutantes tapissent les murs. Ce jeune homme peinturluré s'appelle Fyfe, et son premier album Control (à écouter juste ici) sort la semaine prochaine, fort de plusieurs singles magnifiques. On a voulu rencontrer ce jeune anglais qui joue sur les plate-bandes d'Alt-J, James Blake ou, osons le dire, de Jeff Buckley.

collage fyfe

On l'a retrouvé dans un café du 2ème arrondissement de Paris, encombré par des caisses de matériel audio : quelques heures plus tôt, il chantait un ou deux chansons en live pour une chaîne de télévision. Pas de peinture sur son visage mais une mine fatiguée par la promo, alors que l'album était, à l'époque, loin d'être sorti. Mais finalement, aujourd'hui, on y est. Control voit le jour le lundi 9 mars, dans une semaine tout pile donc. Un disque qui porte très mal son nom, puisqu'il parle d'amour : "En fait, tout l'album est à propos du fait que l'on n'a aucun contrôle sur l'amour et les relations amoureuses. Il s'appelle Control mais pourrais aussi bien se nommer Loosing Control ou Control Doesn't Exist", avoue le jeune marié.

La veille, Fyfe était au Silencio pour un court showcase. On sent qu'il est encore vert, mais ces fragilités ne donnent que plus de charme à sa soul du future. Et ce malgré son précédent projet, David's Lyre, qui n'a plus grand-chose à voir avec ce que Paul Dixon propose aujourd'hui : "Les deux projets sont très différents. Fyfe est plus direct, j'essaye d'alterner des moments très simples et des passages un peu plus chargés, et les compositions sont beaucoup plus centrées sur ma voix. Mais je ne regrette pas du tout d'avoir fait David's Lyre, je n'en serais pas là aujourd'hui sinon".

Sans Internet non plus. Auparavant, Paul Dixon était signé chez Mercury. Mais au moment de lancer Fyfe avec son morceau "Solace", il a déjà rompu avec la maison de disque. Le titre circulera sur beaucoup de blogs indé, pour finir encensé par de plus grands médias et d'autres artistes comme Childish Gambino en 2013. Tout ça sans label donc, ni attaché de presse. "J'aurais pu rester chez Mercury. Mais aujourd'hui, le public a énormément de pouvoir quand il dit qu'il aime quelque chose. Voir "Solace" aussi bien marcher en ligne a rendu beaucoup plus simple de me rapprocher d'un label. Peut-être que j'aurais été signé sans ça, mais ça a beaucoup aidé. Et j'aime le fonctionnement de Believe, ils me laissent beaucoup de liberté", raconte-il. S'en sont suivis d'autres morceaux, de "For You" à "St Tropez", aujourd'hui réunis sur Control.

Mais le succès de "Solace" est aussi un sacré coup au culot. Quand il envoie son morceau à plusieurs blogs indé, Paul Dixon n'ajoute aucune information, simplement un photo de l'arrière de son crâne peint en blanc. Toujours ces peintures... "J'ai fait ce photoshoot avec de la peinture blanche sur ma nuque et l'arrière de ma tête il y a assez longtemps, un peu sans réfléchir. Finalement j'aime beaucoup l'idée d'obscurcir mon identité de temps en temps. Je ne veux pas forcément être dans l'anonymat tout le temps mais j'aime bien ajouter des petits éléments de mystère. Alors je suis allé voir sur Google les personnes qui peignent sur les visages (rires) ! Je suis surtout tombé sur des images de maquillage de papillon ou de tigre... Mais, au bout d'un moment, j'ai trouvé une artiste qui s'appelle Sophie Derrick, qui se peint régulièrement le visage de cette façon très abstraite".

vignette fyfeLe clip de "Solace", ci-dessus, en est une parfaite illustration, avec des plans qui ne sont pas sans rappeler le photoshoot d'un autre auteur de pop infiniment subtile et musicale : Son Lux. "Je ne suis pas le premier à faire ça, et ça ne me dérange aucunement que l'on compare ce que je fais avec quelqu'un d'autre. Evidemment que j'ai des influences ! Jeff Buckley en premier lieu, il est comme un Dieu pour moi. Et je comprends bien la comparaison avec Alt-J, puisqu'ils mélangent comme moi l'électronique avec l'indie, la pop alternative et la soul. Ce qui est génial avec la musique, c'est que c'est quelque chose de très personnel, il s'agit de toi, et uniquement toi, qui écoute une autre personne. C'est totalement stupide de mal le prendre quand ta musique évoque quelque chose à ton auditeur. Je ne possède pas ma musique, je ne peux empêcher qui que ce soit de penser à un autre artiste quand il m'écoute. Si tu aimes et que ça te fais penser à Alt-J, tant mieux, et même si je détestais Alt-J ! Je suis fier de faire partie de cette nouvelle scène pop, comme FKA Twigs, James Blake ou Aquilo et SUNNS, deux groupes que j'adore, on fait tous ce que l'on souhaite sans trop se soucier des calibrages commerciaux".

S'il y a bien quelque chose à retenir de Fyfe, c'est son humilité vis-à-vis de la musique, loin des égos surdimensionnés de jeunes artistes. Il ne fait pas de chansons vraiment dansantes, mais donne tout ce qu'il a sur scène, sans ego-trip, sans vouloir à tout prix qu'on le reconnaisse. Une discrétion pas vraiment pop-star, même s'il reprend du Kanye West en live : "j'ai commencé la musique classique très jeune, mes parents voulaient que j'apprenne le violon dès mes 6 ans. De son côté, mon frère me passait ses albums. Du coup, j'ai vraiment les deux influences, je fais de la pop mais je pense qu'on sent ma formation dans l'album, j'utilise des cuivres et des constructions typiques du classique, comme des vagues. Et je préfère écouter un concerto pour violon de Mendelson que la majorité des radios. Ma famille trouve ça très bizarre : je fais de la pop mais je n'en écoute pas." Qu'il continue comme ça, ça lui réussit.

Crédit photo : Laura Coulson