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On a pris le taxi avec Hanni El Khatib

On a pris le taxi avec Hanni El Khatib

On a passé un peu de temps dans un taxi avec Hanni El Khatib. On en a profité pour parler de son dernier album, Moonlight, de fruits de mer et de Palestine.

La journée avait plutôt mal commencé. Hanni El Khatib, le rockeur philippino-palestinien, a quitté sa Californie ensoleillée pour quelques jours dans le gris Paris. Arrivé le jour-même, le chanteur s'est fait dérober son ordinateur à l'aéroport, a vu un pote musicien de chez H-Burns manquer de se faire renverser, a pris du retard sur toutes ses interviews. Ce qui a le don d'énerver l'équipe d'attachées presse et journalistes qui gravite autour du chanteur. Finalement, c'est bien au chaud dans un taxi entre le label et la première radio publique française qu'on a pu poser nos quelques questions à Hanni El Khatib. Qui n'a pas eu d'autre choix que celui de nous répondre.

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Moonlight est ton troisième album. Contient-il des choses que tu n'as pas pu exprimer dans les deux précédents ?

Cet album est une extension de Will The Guns Come Out et Head In The Dirt. Pour moi, les trois suivent le même courant. Moonlight correspond à un moment d'introspection personnelle qui m'a poussé à essayer des choses nouvelles et m'a conduit à faire des chansons telles que "Two Brothers" qui est assez disco, chose que je n'avais pas vraiment exploré avant. Sur cet album, il y a des trucs qui se différencient de ce que j'ai fait dans les deux précédents mais je ne l'ai pas voulu consciemment.

Dans quel état d'esprit étais-tu à ce moment-là ?

J'étais dans une situation personnelle compliquée. Qui plus est, je finissais une tournée longue de dix mois, ce qui rendrait fou n'importe quelle personne saine d'esprit ! J'ignore comment on peut ne pas devenir fou à la fin d'une tournée ! J'ai commencé à écrire les chansons de Moonlight l'année dernière à la même période et ai enregistré l'album au mois d'avril. Je me trouvais vers Palm Springs, Joshua Tree quand j'ai commencé à écrire et j'ai terminé en studio à Culver City, Los Angeles.

Y a t-il une chanson que tu affectionnes particulièrement sur cet album ?

"Two Brothers". Elle parle des deux frères de mon père décédés cette année, l'un d'un cancer et l'autre d'une crise cardiaque et ce, dans un temps d'intervalle très court . Lorsque je l'ai appris,  j'étais en tournée, à Paris d'ailleurs. Je me suis dit qu'il fallait que je leur rende hommage. Musicalement, je me suis dépassé sur cette chanson. Les paroles sont franches, c'est disco, j'ai vraiment eu le sentiment de prendre un risque en créant cette chanson, de proposer quelque chose que les gens qui m'écoutent n'ont pas l'habitude d'entendre. "Two Brothers" clôt l'album et "Moonlight" l'inaugure. En terme de signification et de musique, ces deux chansons devaient absolument figurer sur le même album et il y aurait pu y avoir n'importe quoi entre les deux, peu importe. Le fait que "Two Brothers" soit à la fin est peut-être un indice de ce à quoi ressemblera le prochain album.

Ta manière de créer a t-elle changé au fil des albums ?

Absolument.A chaque fois que je me retrouve en studio, j'apprends à me dépasser un peu plus. Travailler sur Moonlight a été comme un retour à la méthode de travail que j'avais sur le premier album car j'ai tout fait tout seul. Pour Head In The Dirt, j'écrivais les chansons, j'arrivais en studio et les montrais aux musiciens puis on enregistrait l'album ensemble. Sur Moonlight en revanche, j'ai écrit la moitié des chansons, sans vraiment savoir à quoi allait ressembler la version finale, puis je me laissais le temps de la réflexion, je revenais parfois dessus deux jours après pour écrire d'autres paroles, je décidais de changer la guitare etc. Ca s'apparentait plus à un puzzle que je tentais d'assembler.

Le premier album est une découverte. Le deuxième un challenge. A partir du troisième, il devient plus difficile de se réinventer. Est-ce quelque chose qui te fait peur, un jour peut-être de ne plus pouvoir créer ?

Pas du tout. Je serai toujours capable de créer de la musique que j'aime. Est-ce que les gens l'apprécieront, ça c'est une autre question. Quand la presse a sorti des articles au sujet de mon premier album, une part de moi-même voulait les lire, une autre non. J'ai finalement opté pour la deuxième option. En fait peut importe, ma musique est déjà faite, je ne peux plus changer la manière dont elle est reçue par le public. (Il se saisit du dossier de presse contenant des critiques de Moonlight par différents médias et rit) Je ne suis même pas capable de comprendre ce qu'il y a marqué ! En quoi cela va changer la musique que je fais ? Je n'ai pas l'impression qu'un jour je puisse être à sec d'idées pour créer. Lorsque cela m'arrive, je bosse avec d'autres personnes. C'est ce qu'il s'est passé avec Freddie Gibbs - rappeur d'Indiana, ndlr - avec lequel j'ai fait une chanson de rap et ça m'a inspiré pour pas mal de choses. J'aimerais d'ailleurs bien retravailler avec lui.

Considères-tu avoir une relation particulière avec la France ?

Oui. J'ai pas mal d'amis ici, un cercle très proche. J'ai visité plus de villes en France que certains de mes amis qui ont grandi ici ! J'aime beaucoup le Nord de la France, Saint-Malo en particulier, j'adore les fruits de mer alors ça joue ! Clermont-Ferrand et ses paysages de nature me plaisent bien aussi ainsi que Biarritz pour surfer.

Comment se porte ton label, Innovative Leisure ?

Très bien ! On a environ vingt artistes. Récemment on a signé Tropics, il vient de sortir un album très cool, Rapture.

Les Allah-Las sont signés sur ton label également ?

Oui, ils sont supers. Des vrais mecs de Californie ! Ils savent ce qu'ils font et ils en tirent beaucoup de plaisir !

Qu'écoutes-tu en ce moment ?

Tout. Je suis pas mal branché musique psychédélique donc je tente de redécouvrir des groupes des années soixante-dix. En général, tout ce qui sort je l'écoute J'ai énormément écouté les albums de Basement Jaxx, j'ignore pourquoi. J'écoute ZZ Top aussi, target="_blank">King Toby, My Bloody Valentine. .

Tu as produit le deuxième album des Français de Wall Of Death ?

Oui. Leur album - qui sort bientôt - est génial. En fait, il est même mieux que ce que j'avais imaginé !

Penses-tu déjà à un quatrième album ?

Oui. Je suis en train de réfléchir à la direction que j'ai envie de lui donner musicalement parlant. J'ai envie de me mettre dans une situation inconfortable et d'abandonner ce que j'ai l'habitude de faire.

Ton père est Palestinien. Tu as ressenti un sentiment particulier l'été dernier, lors de l'opération Bordure Protectrice lancée par Israël ?

Je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller. J'ai voulu m'y rendre par deux fois mais les évènements ont fait que j'ai dû abandonner l'idée. C'est étrange pour moi de parler de la Palestine car je n'y suis jamais allé mais peut importe qui a commencé les hostilités dans cette zone l'été dernier, la situation sur place s'avère regrettable pour tout le monde. Mon père et moi sommes d'accord sur ce point : personne ne devrait souffrir de la sorte, peu importe qui c'est.