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Musiciens et réalisateurs, une histoire qui dure

Musiciens et réalisateurs, une histoire qui dure

Alors que Johnny Jewel des Chromatics a sorti deux morceaux extraits de la BO qu’il a composée pour Lost River, le premier film de Ryan Gosling en tant que réalisateur, Green Room Session fait le point sur les collaborations entre musiciens et cinéastes. L’occasion de revenir sur cette longue et vieille histoire d’amour entre musique et cinéma. 

L’amour dure-t-il toujours ? Une question qui en taraude plus d’un mais à laquelle réalisateurs et musiciens ont depuis longtemps répondu. Pour eux c’est un grand oui. Trouver la musique qui collera le mieux aux scènes filmées par un cinéaste, parvenir à trouver l’accord parfait entre univers musical et univers visuel, telle est la tâche ardue des musiciens qui s’attellent à la BO d’un film. Green Room Session revient sur ces collaborations pas du tout éphémères.

Céline Sciamma et Para One, des bancs de la Fémis à Bande de Filles

Cela fait un bon bout de temps que c’est deux-là se connaissent et s’apprécient. Les deux trentenaires se sont connus à la Fémis, la prestigieuse école de cinéma située dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Ils étaient dans la même promo. Jean-Baptiste de Laubier, de son vrai nom, compose la BO pour chacun des films de la réalisatrice, précédemment Tomboy en 2011 et Naissance des Pieuvres en 2007.

Pour le dernier long-métrage de Céline Sciamma, les deux amis étaient d’accords depuis le début sur le fait qu’il n’y aurait pas de hip hop dans ce film consacré à des jeunes filles de banlieue, pour éviter les clichés et tomber dans la facilité, comme le confiait Para One à Libération : «Céline vient de la banlieue et moi je viens du rap. Si on s’était lâchés on aurait fait la Haine au féminin».

Résultat, une musique électronique planante qui s’accorde parfaitement aux images très léchées de cette cité morne et graphique où évoluent les personnages. «Même si l’environnement où évolue l’héroïne est brutal, je voulais qu’on comprenne son intériorité par la musique, confiait Para One. C’est une musique d’élévation, qui l’emporte au-delà du béton». Et le Versaillais - nommé cette année aux César dans la catégorie Meilleure musique de film pour Bande de Filles - s’inscrit dans la lignée de ces compositeurs de musique de film qui ont aussi une carrière solo. A l’époque de La Naissance des Pieuvres, Para One est musicien à part entière, coproducteur des deux premiers albums de TTC et cocréateur du label Institubes. Il a depuis sorti quatre albums dont le dernier, Passion, a embrasé les foules cet été.

David Fincher et Trent Reznor, trois films et deux Oscars

Et dans les films sortis récemment et s'appuyant là encore sur une collaboration de longue date, il y a Gone Girl de David Fincher, relatant  la sombre histoire d'Amy, femme manipulatrice qui tente de maintenir son mariage à flot par les pires moyens. Derrière la musique, on trouve Trent Reznor de Nine Inch Nails qui a plusieurs fois travaillé avec le cinéaste et a lui aussi une vision très précise de la musique qui doit s'accoler à un film. Le défi avec Gone Girl était de restituer son ambiance angoissante : "Souvenez-vous de cette musique insupportable, celle que l’on entend dans les salons de massage, a-t-il expliqué. La façon qu’elle a de vous faire croire, de manière artificielle, que tout va bien. Imaginez maintenant la façon dont elle pourrait se défaire, se décomposer". Une démarche qu'il explique ici.

Et entre David Fincher - au CV long comme vos deux jambes : Alien 3, Se7en et Fight Club, Zodiac ou encore créateur de la série House Of Cardset Reznor c'est une affaire qui roule. Ils ont travaillé ensemble sur trois films : The Social Network, Millenium et Gone Girl. Lors de leur première collaboration, Trent Reznor est bien sûr un artiste confirmé depuis longtemps, avec huit albums à son actif sous la bannière de Nine Inch Nails. Il a composé les BO des films de Fincher avec Atticus Ross, membre de son groupe de rock How To Destroy Angels depuis 2010, fondé avec sa femme Mariqueen Maandig. Une collaboration qui a plus que porté ses fruits puisque les deux musiciens ont obtenu en 2011 le Golden Globe de la meilleure musique de film ainsi que l'Oscar de la meilleure musique de film, pour la BO de The Social Network

Wes Anderson et Devo, l'excentricité comme credo

Difficile de ne pas succomber au charme volontairement suranné et loufoque des films de Wes Anderson. Le réalisateur américain oscarisé travaille pour la première fois avec celui qui allait devenir un collaborateur de premier plan - Mark Mothersbaugh - sur Bottle Rocket en 1996, film sur trois jeunes types décidés à devenir des cambrioleurs. Pour le musicien, composer de la musique de film c'est "trouver des artistes pour qui on a de la sympathie, ou qui comprennent ce que tu essaies de faire, et dont tu aimes l'esthétique".

Avant de travailler avec Anderson, Mothersbaugh menait déjà une carrière de musicien : il fait partie du groupe d'électro-punk Devo fondé dans les années 70 avec deux autres potes de l'université et connu notamment pour des déguisements complètement loufoque. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur les trois films qui suivront (Rushmore, La Famille Tenenbaum et La Vie Aquatique), le réalisateur américain collaborera ensuite avec une autre pointure de la musique de film : Alexandre Desplat, indissociable du travail du réalisateur français Jacques Audiard. 

Tim Burton et Danny Elfman, 30 ans d'entente

Au-delà de leur réalisateur, Tim Burton, les films Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent, L’Etrange Noël de Mr Jack, Mars Attacks, Sleepy Hollow, Alice ou encore Frankenweenie possèdent une chose essentielle en commun : leur compositeur, Danny Elfman. Ce musicien américain, ancien chanteur du groupe de new wave Oingo Boingo, partage la vie cinématographique du réalisateur déjanté depuis près de 30 ans. Danny Elfman a expliqué au micro de France Culture qu'il avait rencontré Tim pour la première fois lorsqu'on l'a contacté pour la musique de Pee-Wee.

« Je me souviens de la première projection du film Mars Attacks avec l'invasion des soucoupes, poursuit le compositeur. C'est la première fois qu'en voyant un générique, j'ai entendu la partition dans ma tête avant même de l'avoir écrite. Je suis sorti aussitôt de la salle pour aller dans le hall avec mon magnétophone. J'ai fredonné chacune des notes que j'avais en tête. En rentrant chez moi, j'ai tout joué exactement comme je l'avais entendu.» La musique de Danny Elfman se caractérise par un goût prononcé pour les choeurs, les carillons ainsi que les percussions, un intérêt qu'il tire de ses nombreux voyages, notamment en Afrique. Ils viennent de collaborer sur le film Big Eyes, qui devrait sortir en France fin mars.

 Le Grand Rex à Paris accueillera un concert exceptionnel de Danny Elfman le 10 octobre prochain, pour célébrer les 30 ans du cinéma de Tim Burton.

Sofia Coppola et Air, électro douce

Leur histoire a commencé sur Virgin Suicides. Bon nombre d'entre vous ont encore en tête les doux accords entremêlés à la trompette du morceau « Playground Love ». Pour son film sorti en 1999, la réalisatrice américaine Sofia Coppola collabore avec le jeune duo versaillais Air.

Ils remettent ça quatre ans plus tard sur Lost In Translation. Plus récemment, en 2006, ils se sont retrouvés sur Marie-Antoinette.