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Empire, le nouveau phénomène de la télé US

Empire, le nouveau phénomène de la télé US

Une sombre histoire de succession dans l’industrie musicale hip-hop américaine, des membres d’une même famille qui se tirent dans les pattes, c’est le point de départ de la nouvelle série que toute l’Amérique regarde.

Les séries musicales ont plutôt la cote aux Etats-Unis ces temps-ci ! Après la très jazzy Treme ou Mozart In The Jungle, qui explore les coulisses de l’orchestre philarmonique de New York (Gael Garcia Bernal en héros, Roman Coppola et Jason Schwartzman à l’écriture) et avant une série rock chapeautée par Mick Jagger et Martin Scorsese, le pays de l’oncle Sam n’en a que pour Empire, un drame sur le milieu du hip-hop.

Créée par Lee Daniels et Danny Strong, Empire a fait très fort : le 17 janvier, dix petits jours après le lancement de son épisode pilote, la chaîne qui la diffuse, la Fox, la renouvelait pour une deuxième saison. Il faut dire que le duo avait déjà de belles références. Daniels avait notamment réalisé Precious, gros succès pour un petit film au sujet difficile (l’adolescence d’une jeune fille illétrée et à l’obésité morbide), diffusé dans seulement dix-huit salles à son lancement. Strong, lui, fut d’abord connu pour un rôle dans la série Buffy avant de coécrire le scénario des deux films de clôture de The Hunger Games.

Un soap à grosses ficelles 

Empire est avant tout un drame familial : Lucious Lyon, ancien voyou, s’est sauvé de la rue en rappant et en bâtissant un empire du hip-hop (la maison de disque Empire, justement). Sa vie se complique quand son médecin lui annonce qu’il a la maladie de charcot, qui le paralysera peu à peu et le tuera avant trois ans. La série tourne autour d’une guerre de succession orchestrée chez Empire.

Lucious a trois fils : Andre, le plus vieux, le plus sérieux, déjà haut placé dans l’entreprise mais sans carrière artistique. Jamal, le fils du milieu, qui commence une carrière dans le R&B. Et Hakeem, le plus jeune, rappeur petit con. Chacun des trois fils (photo ci-dessous) a son gros secret : le premier est bipolaire et a tendance à oublier de prendre ses cachetons. Le second est gay, à moitié dans le placard et en conflit ouvert avec son père homophobe. Le troisième est ingérable, n’a d’yeux que pour le succès et cumule les liaisons, notamment avec des femmes plus âgées. Tout se complique encore avec le retour de leur mère, Cookie, sortie de dis-sept lourdes années de prison, prête à tout pour récupérer une part du butin, elle sans qui Lucious n’aurait sûrement jamais tant réussi.

PicMonkey Collage

Loin des élégantes voire arty Treme ou Mozart In The Jungle, Empire est une série de network (comprenez les grosses chaines nationales) alors que ses cousines sont des oeuvres cablées plus sérieuses. La seule série qui lui ressemble vraiment c’est Nashville, qui nage dans le milieu de la musique country. Les deux sont de vrais soaps : les ficelles sont grossières, la crédibilité de l’action pas toujours évidente, les querelles exagérées, tout est affaire de meurtre, de trahison, de coucheries etc. Pas de rythme lent, pas de construction délicate des personnages et des situations, tout est visible et appuyé. Un cocktail explosif qui a donc outrageusement séduit le public américain : après un lancement plus que correct, les chiffres n’ont cessé de grimper alors que les séries chutent habituellement fortement après leur pilote, jusqu’à un étourdissant taux de 4,6% sur la cible préférée des annonceurs, les 18/49 ans. La Fox se régale.

Une musique signée Timbaland

Et il faut avouer que si vous ne cherchez pas la finesse à tout prix, Empire a des qualités à revendre et un potentiel addictif certain. L’argument principal c’est la présence de Taraji P. Henson, ancienne de la série Person of Interest, qui joue ici l’impressionnante Cookie. A peine libérée de prison elle se positionne sur tous les fronts. Elle renoue (par intérêt uniquement ?) les liens avec son ex-mari et grand amour Lucious, est en guerre ouverte contre la nouvelle femme de ce dernier, frappe son plus jeune fils qui ne l’a quasiment jamais connu et la méprise, prend celui du milieu sous son aile pour faire exploser sa carrière quitte à gêner celle du dernier, est mêlée à d’étranges affaires avec le FBI... C’est elle, le centre de la série, le centre de la plupart des problèmes et son actrice campe le personnage à merveille. L’autre vrai succès de la série c’est la musique, qui s’en sort étonnamment bien pour les morceaux originaux de hip-hop et de R&B, grâce à la présence de Timbaland - le grand Timbaland ! - à l’origine des carrières de Missy Elliott, Aaliyah ou Justin Timberlake.

Pour continuer à faire le buzz, la série met en avant quelques guest stars de choix : Naomi Campbell a récupéré un petit rôle un temps promis à Macy Gray, alors que Cuba Gooding. Jr apparaît lui aussi, comme un ancien flirt de Cookie et que Courtney Love est annoncée. Le succès devrait continuer à croître, même si la France ne sera peut-être pas aussi sensible à ce sujet très nord-américain.