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Chateau Marmont : "On voulait faire quelque chose de frais"

Chateau Marmont : "On voulait faire quelque chose de frais"

L’ancien quatuor électro devenu duo revient deux ans après son premier album avec un nouvel opus, Sound Of Shambala, dont un deuxième extrait est sorti lundi. Rencontre.

Cela fait une bonne décennie que Chateau Marmont mène sa barque dans le milieu électro sans se soucier des modes, balançant entre pop et house. Le quatuor créé en 2005 et récemment devenu duo avait sorti en 2013 un premier album exigeant et inventif, intitulé The Maze. Raphaël Vialla et Julien Galinier reviennent avec un nouvel opus qui "bounce" aux dires des intéressés, Sound Of Shambala, et sortira le 30 mars. après "A.T.T.Y.S", ils ont dévoilé un second extrait lundi, "Nothing to Hold Back", l’occasion de les rencontrer pour parler nuggets, instruments vintage et piscine sous le soleil californien.

Vous pouvez me parler un peu de la création de Chateau Marmont ? La rencontre et comment vous avez "basculé" dans la musique électronique...

Julien : On n'a pas réellement basculé dans la musique électronique, on est dedans depuis la fin des années 90. A l'époque du premier EP on était déjà influencé par les pères du style, JMJ, Klaus Schulze ou Kraftwerk pour ne citer que quelques pointures, aujourd'hui on regarde plus vers l'avenir. On a l'impression d'avoir suffisamment exploré cette période de la musique… On avait juste envie de faire autre chose. Tu manges le même plat tous les jours toi ? Nous on en a eu marre des nuggets. (rires)

Raf : Ben t'as tout dit, j'ai rien à ajouter...

Le fait de venir de province, loin d'une certaine "hype" parisienne, vous pensez que c'est un plus ? Que cela conduit à une manière différente d'aborder la musique ?

Raf : On descend rarement en province, dans la région où on a grandi (Tarbes, Midi-Pyrénées, ndlr)… Peut-être une fois par an, voire une fois tous les deux ans pour voir notre famille. On préfère voyager pour aborder l'écriture de manière différente. La production c'est notre métier à plein temps, de la même manière qu'un plasticien, on n'est pas tout le temps en train de faire des "pièces" mais on y réfléchi 24h sur 24h. Quand tu restes trop longtemps dans un milieu, t'as des œillères qui poussent, certes tu deviens précis et pointu, mais tu as tendance à te déconnecter de la réalité.

Julien : Pour palier tout ça, nous on voyage, on rencontre des gens, on fait beaucoup d'échangisme (rires). On fait aussi des activités plus manuelles, on bricole, on fait des travaux dans nos maisons, ça nous permet de rester les pieds sur terre.

Quelle était votre intention avec ce nouvel opus ?

Raf : On voulait faire quelque chose de frais, de spontané en opposition à The Maze qui est plus dans la recherche. C'était l'idée de départ, ensuite la partie house est arrivée dans les morceaux de manière plus insidieuse, on a laissé faire et on s'est rendu compte qu'on était à l’aise dans ce style.

Julien : On écoute de la house depuis longtemps, on en a fait beaucoup sur notre travail de remixes. Sur Sound Of Shambala on s'est approchés du club tout en essayant de rester dans la pop qui est notre fer de lance depuis toujours.

Raf : On a fait un album de before…

Julien : Imagine : 18h, bord de piscine, idéalement à Los Angeles (mais on peut faire ça a côté de n'importe quelle piscine tant qu'il y a du soleil), un petit verre à la main, des jolies filles mais aussi de jolis hommes vu qu'on y sera sûrement (rires)… Bref … le reste de la soirée, c'est toi qui voit. L'album c'est un peu ça.

La mélodie est-elle toujours aussi importante dans votre travail ?

Julien : Oui bien sûr ! On a toujours apporté beaucoup d'importance à l'harmonie. La plupart des morceaux du disque même si ça s'entend pas vraiment on été composés au piano. On a écrit des grilles très simples, minimales, et on a construit autour. L'idée c'était de pas trop faire de décorum.

Raf : Dans le jeu de cartes de Brian Eno, "Oblique stratégies" (jeu de cartes élaboré par Brian Eno et Peter Schmidt délivrant des conseils pour le travail créatif, ndlr), tu as une carte qui dit "enlevez tous les éléments qui ne sont pas indispensables". C'est une règle qu'on a appliqué sur tout l'album.

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Pour The Maze, vous aviez travaillé dans votre Studio des Buttes-Chaumont, vous avez fait la même chose pour le nouvel album ?

Julien : Pour Sound Of Shambala on a déménagé, on a trouvé une ancienne cabine de mastering des 70's dans le 17eme. On va bientôt en partir vu qu'on fera le prochain album dans un nouveau studio.

Raf : On aime changer à chaque fois, ça nous fait travailler différemment, on perd nos repères, on s'en fait de nouveaux, c'est en rapport avec ce qu'on disait dans le début de l'interview à propos de changer d'air pour découvrir de nouvelles choses.

Vous avez beaucoup bâti votre réputation sur les remixes, qu'est-ce qui vous plaît là-dedans ?

Julien : Les remixes, c'est de la production "pure", tu as tout devant toi, tu prends ce qu'il te plaît et tu fais un autre morceau avec. On se sent libres quand on remixe, tant qu’on ne nous demande pas de faire un gros banger …

Raf : Généralement on ne garde que la voix et on réécrit un morceau autour.

Sept ans pour le premier album, deux ans pour le deuxième. Il y a une raison particulière à ce changement de rythme ?

Julien : Haha, les dates sont un peu exagérées !!! Trois ans de composition et de mix pour le premier, mais avant il y fait eu trois EPs, le Alizée (ils ont travaillé sur l'album de la chanteuse, Un Enfant Du Siècle, sorti en 2010, ndlr) et beaucoup de remixes. Pour Sound Of Shambala ça a duré entre huit mois et un an… On a du mal à se décider sur le véritable début du disque.

En quoi était-ce important d'utiliser des instruments des années 70 et 80 ?

Raf : Les instruments vintages ce sont nos outils. On travaillera toujours avec.

Julien : Avec un Moog Modulaire par exemple (synthé le plus utilisé sur Sound Of Shambala) tu fais ton son à partir de rien. C'est une grande liberté, tu cherches, parfois tu tombes sur exactement ce que tu veux et parfois les erreurs t'emmènent à quelque chose de complètement différent. C'est un peu comme si le synthé t'emmenait ailleurs et faisait lui-même ces propositions. Si tu ouvres tes chakras et que t’écoutes un peu ton instrument, c'est un vrai voyage.

RAf : NERD ! (rires)

Concernant les collab', on retrouve Stella Le Page mais figure aussi Alex Gopher. Vous pouvez m'en dire un peu plus sur les featurings ?

Raf : On voulait confronter notre univers à ceux des autres. Certains pour leur prod, leur manière de travailler : Alex Gopher et Twinsmatics et d'autres pour leurs voix, leurs mélodies : Bent, Steffaloo, Rouge Mary et target="_blank">Stella.

Julien : Les featurings se sont faits naturellement sur cet album, on a fait la demande directement aux artistes qu'on voulait et on a pris ceux qui ont accepté. (rires)

Pour finir, comment se sent-on à deux mois de la sortie d'un nouvel album ?

Julien : On prépare le live et on écrit de nouveaux morceaux. On essaye de ne pas s'arrêter à la sortie d'un disque, on trace…

Raph : oklm (au calme, ndlr).

Photo Barrere & Simon

Chateau Marmont sera en concert le 19 février à la Boule noire. Plus d'infos ici.

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