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Où faire du shopping autrement ?

Où faire du shopping autrement ?

Faire les magasins, oui, mais étouffer dans un centre commercial à néons, hors de question. Petit tour des néo-boutiques qui changent notre manière de faire du shopping. 

Plus que trois semaines avant la fin des soldes le 17 février. Même pas : vingt petits jours pour aller se faire écraser les pieds, renifler la poussière des aérations de centre commercial et supporter chaleur, foule et bip-bip des douchettes. Une certaine idée de l'enfer. Pourtant, les soldes, c'est bien pratique, personne n'ira dire le contraire. Alors quoi ? On ne fait plus les magasins ? Si, mais autrement. Panorama de ces néo-boutiques, où le client est littéralement chez lui et où on choisit sa nouvelle table basse avachi dans un sofa de créateur. 

Le modèle des concept-stores

Rien de nouveau là-dedans, le premier concept store français (colette) ayant ouvert ses portes en 1997. Mais tout de même, il est temps de remettre les choses au clair : toutes les boutiques un peu branchées ne peuvent pas s'appeler "concept-store". Ainsi, un magasin où n'est vendue qu'une seule marque n'a rien d'un concept store, c'est tout simplement... Un magasin qui surfe sur la mode. Ceci-dit, depuis l'ouverture de la pionnière colette rue Saint-Honoré (qui mêle vente d'art, de parfum, de design, de mode et compte un bar à eau et des dizaines de collaborations, le tout dans une boutique de 700² réalisée par l'architecte Arnaud de Motigny), plein de bébés concept-store sont nés dans les rues de Paris, comme Merci, créé par Marie-France Cohen, la cofondatrice de Bonpoint.

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Merci n'est pas un store comme les autres. L'idée, dans cet espace aménagé comme un appartement, c'est d'être solidaire. Envers le client d'abord : les pièces y sont souvent moins chères que dans les boutiques des marques. "Nous avons réussi à convaincre des maisons comme Isabel Marant, Azzaro, Stella McCartney, Kris Van Assche, Paul Smith et d'autres de créer pour Merci, et sans marge, une silhouette ou une pièce unique, vendue de 30 à 40 % moins cher que dans leurs boutiques", expliquait Marie-France Cohen, quand, en 2009, elle était interrogée par L'Express. "La maison Goutal a accepté de vendre quatre de ses parfums dans des flacons de laborantin afin que l'étudiante comme la mère de famille au budget serré puissent s'offrir l'une de ces fragrances un tiers moins cher que son prix d'origine", poursuit-elle. Solidaire également envers la planète, puisque Merci privilégie, si possible, les matières recyclables et à faible empreinte environnementale. Et enfin, solidaire tout court : 100 % des bénéfices sont reversés, via une fondation, à une association aidant les femmes et les enfants de Madagascar. 

La nouvelle génération de concept-store pense à la solidarité, agence ses magasins comme des appartements, fait que le client se sente rassuré. On les appellerait volontiers des "appartements-boutiques", d'ailleurs. Paris n'a pas l'apanage : à New York, par exemple, se cache The Apartment by The Line, cocon chic et lumineux où tout est à vendre. Du côté du Erastudio Apartment à Milan, la partie "concept" prend plus de place dans le concept-store. Organisé comme un semblant d'appartement mais invivable et froid, cette galerie d'un autre genre est pensée pour mettre en valeur les designs de prototypes d'artistes italiens, dans un esprit minimaliste et moderne. Et c'est beau : 

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Aussi pour les petites bourses

C'est beau mais ce n'est pas donné. Heureusement, cinq adresses parisiennes proposent le même concept mais avec des prix plus adaptés aux petites bourses :

  • Lekker

Rue des Trois Frères, en plein quartier de Montmartre. "Lassées des boutiques élitistes et aseptisées où l’on n’ose pas rentrer", Sophie et Solène ont aménagé Lekker, un concept-store où comme souvent tout est à vendre, de la sélection de vêtements uniques de créateurs, pour hommes comme pour femmes, à du mobilier ou des oeuvres d'art présentées par un jeune artiste différent tous les trois mois. Et, bien sûr, la possibilité de grignoter de bons petits plats où se mélangent références françaises et touches exotiques.  

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  • Wait

Waiting For The Sun s'intéresse au design d'accessoires à partir de matières brutes (des lunettes de soleil en bambou, par exemple) et a été créé par les surfeurs Julien Tual et Antoine Mocquard. Au départ un collectif, maintenant un beau nom invité à squatter les corners de plus gros concept-stores (ça marche un peu comme les poupées russes), Waiting For The Sun a également son pied-à-terre, Wait, dans le 3ème arrondissement de Paris, et propose une sélection éclectique entre produits maison et jeunes créateurs. Comptez dans les 45 euros pour un tee-shirt. 

  • L'Avant-scène

avant scèneSonia et Jérôme ont créé L'Avant-scène, 99 rue du chemin-vert à Paris, afin d'offrir une vitrine à de jeunes créateurs, encore étudiants pour certains. « Souvent, ils viennent directement avec leurs valises à la boutique et on y trouve des petites merveilles. C’est ce côté frais et spontané qu’on aime », racontaient-ils à Télérama en décembre dernier. 

  • Mr Fish

Situé rue de Martyrs, Adrien Poisson, alias Mr Fish, table sur des gadgets et autres objets inspirés de la pop culture pour sélectionner les produits de son concept-store. Figurines à 25 euros, ghetto blaster pour smartphones à 65 ou vêtements dans les 40. Abordable et fun. 

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  • Salon Rouge Le Lab

Le Salon Rouge Le Lab, lancé par l'étudiant Ronan Evaux Arnoult, gravite lui entre la soirée entre copains debout à parler fort, et le très feutré et intimidant vernissage. C'est sûr qu'il est facile de se sentir mal à l'aise dans ce genre de cocktails, où tout le monde a l'air très beau, très riche et très cultivé. Pas de snobisme au Salon Rouge Le Lab, où Ronan Evaux Arnoult organise des vernissages dans des appartements privés prêtés par des connaissances. "Lors de nos soirées, la moyenne d'âge est de 25 ans. Les étudiants et les jeunes actifs payent 5 euros l'entrée, boivent un verre, discutent. Les œuvres sont au milieu et cela créé un engouement", expliquait Ronan Evaux Arnoult à CultureBox en novembre dernier. L'art à portée de main : les œuvres ne dépassent pas les 100 euros. 

"Je suis chez moi, j'ai un vernissage" 

Dans des ordres de prix plus élevés (entre 500 et 10 000 euros l'oeuvre), mais autrement plus chic, The Secret Art Place n'est pas si secrète que ça... Tout simplement parce que ses créateurs Jean-Baptiste Bex, ancien galériste, et sa femme Stéphanie Tiby, vivent dans cet appartement lyonnais, tous les jours. Seulement, huit jeudis dans l'année, ils invitent des inconnus chez eux à venir admirer de nouvelles oeuvres à un vernissage tout en intimité. Pour les achats, il faut prendre rendez-vous ensuite : la discrétion est de mise. 

Chez moi, l'extrême intimité

S'il y en a un qui va jusqu'au bout de choses, c'est bien Jean-Baptiste Charpenay-Limon. Le concept de Chez moi est simple : on est vraiment chez lui ! Le jeune entrepreneur mange, dort et travaille dans cet appartement au rez-de-chaussée de la rue Hérold (Paris 1er). Tout y est à vendre, des poignées de porte aux magazines qui traînent sur la table basse... Tout, sauf lui !

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Une énième barrière franchie entre la consommation et l'intimité : aux Etats-Unis, les malls se vident, et en France les achats sur internet se font de plus en plus nombreux. Les grands centres commerciaux arrivent à la fin de leur ère, ou du moins de leur réputation d'endroits "cool". Il faut dire que l'intimité fait vendre. Par gentil voyeurisme, mais aussi par besoin de proximité : à votre avis, pourquoi le clip ''7/11'' de Beyoncé a autant marché et fait parler de lui ? On y est plongé dans le quotidien de Queen Bey. On a tous envie de faire partie de la vie de ces prescripteurs de tendances, que ce soit en visitant leur appartement-concept-store où on s'occupe de nous à grands coups de tasses de café et macarons, ou posséder ce qu'a le voisin. La villa et les fêtes de Jay-Z et Beyoncé peuvent rentrer dans cette dernière catégorie.

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Comme toute la semaine, la photo (et donc les cartoons) tout en haut de cet article ont été réalisés par Troqman, créateur du projet Cartoon Bombing. Pour tout savoir sur son travail, c’est par ici

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