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Clubs mythiques : mais au fait, ça vient d'où la house ?

Clubs mythiques : mais au fait, ça vient d'où la house ?

Le 2 janvier, les enceintes du club intimiste de l'est londonien, le Plastic People, tremblaient une dernière fois. Après vingt ans d'existence, ce lieu mythique a dû fermer ses portes. Avant lui, d'autres ont connu ce sort après avoir permis la naissance de plusieurs courants musicaux qui font aujourd'hui partie de notre paysage : techno, house ou disco, pour ne citer qu'eux. Où sont nées ces différentes composantes de la musique électronique ?

Le disco au Studio 54

Une faune fantaisiste à dominante pailletée et chatoyante se presse à l'entrée du Studio 54. Installé à New York sur la 54ème rue dans un ancien théâtre, ce club inauguré en avril 1977 a vu naître la disco. Steve Rubell, un des deux propriétaires du lieu, estime que "la clé de la réussite pour une fête est d'inviter des personnes plus intéressantes que toi". Le mot d'ordre pour les invités est non pas leur popularité mais plutôt leur beauté. En témoignent les clichés en noir et blanc du photographe Tod Papageorge qui a capturé de nombreux oiseaux de nuits errant dans ce lieu singulier. Il se souvient d'un endroit "terriblement excitant emplit de musique palpitante".

On y croise qui ? 

Parmi les invités de marque du Studio 54 se trouvent Bianca Jagger, qui avait eu l'honneur pour son trentième anniversaire de chevaucher un cheval blanc à l'intérieur du club, Andy Warhol ou Michael Jackson. Après avoir récolté plus de six millions d'euros en l'espace d'un an, la musique a dû cesser en décembre 1979. Des sacs remplis de billets ont été découverts planqués dans tout l'immeuble, à la suite d'une descente du fisc. Pour sa dernière soirée, en février 1980, le Studio 54 a fait appel à la prêtresse du disco, Diana Ross.

La house au Warehouse

Créé par Robert Williams, ce club ouvre à Chicago, dans l’Illinois, en 1977 avant de disparaître cinq ans plus tard. Au sein de cet immeuble en briques est née la house. Le club était, à l’origine, réservé à une clientèle gay et afro-américaine mais a, fort de son succès, rapidement atteint une clientèle blanche. C'est aussi le premier club d'after à Chicago. Professor Funk, un habitué des lieux à l'allure excentrique, se souvient : “C'était complètement fou. Il y avait trois salles remplies de danseurs avec des costumes zebrés et des lunettes ridicules”.

On y croise qui ?

Frankie Knuckles. En 1977, ce DJ américain originaire du Bronx à New York devient un résident. Il avait l’impression d’y avoir son "propre petit coin de paradis", tel qu’il l’a décrit au Guardian. Pour lui, la house représente "un large échantillon de la musique" et non pas, comme "la plupart des jeunes le pensent à l’heure actuelle, four to the floor (rythme répétitif en 4X4, ndlr.), 130bpm, les mains en l'air". Il quitte le Warehouse en 1982 pour fonder son propre club, le Powerplant. Derrick May, inventeur de la techno et basé à Détroit, a par ailleurs reconnu s'être inspiré de la musique qui passait au Warehouse.

Le garage au Paradise Garage

pgTout tient dans le titre : au Paradise Garage, on s'en doute bien, est né le garage, cette house-disco chère aux soirées Respect du Queen (reconstituées dans le film Eden), à Kerri Chandler et aux amateurs de funk. Ce style solaire est pourtant créé bien loin des tropiques. C'est à New York que le Paradise Garage (le club a été nommé ainsi parce qu'installé dans un ancien parking) s'est implanté en 1977, pour fermer dix ans plus tard, avec un style propre sous l'impulsion du DJ résident Larry Levan.

On y croise qui ?

Des VIPs disco ou arty : ici, on n'est pas là pour draguer, mais uniquement pour danser après avoir été inscrit sur une liste select. C'est aussi une des toutes premières fois que le DJ est le centre de l'attention du club. On pouvait y croiser Diana Ross, une petite jeunette se faisant appeler Madonna (son premier clip, « Everybody », a même été tourné là-bas) ou la queen du disco Gloria Gaynor. 

La techno au Music Institute

Antre de la techno, le Music Institute à Détroit, dans le Michigan, a ouvert ses portes en 1987 pour les fermer...deux ans plus tard. Pour Kai Alce, embauché à l'âge de seize ans pour s'occuper des lumières, le Music Institute représentait à la fois “une petite famille soudée d'avant-gardistes de la mode” et “un attrait pour tous ceux qui ne faisaient pas partie de ce monde”. Le “MI” est apparu comme une alternative aux clubs garage et house qui officiaient à la même époque.

On y croise qui ?

Une clientèle afro, jeune, créative. Ce public a été supplanté par des jeunes plus branchés hip-hop.

Le balearic au Ku, puis au Shoom

Aujourd'hui, le Ku s'appelle le Privilege Ibiza (ci-contre) et est inscrit au Guinness Book comme étant la plus grande boîte de nuit au monde (avec une capacité de 10 000 personnes et une piscine intérieure, tout de même !). Mais jusqu'en 1994, cette usine à gaz porte le bizarre nom de Ku et faisait également restaurant. Et, aux côtés des autres mastodontes que sont le Pacha ou l'Amnesia, le Ku est le terreau de la balearic house, mélange de house, de pop et de dance calibré pour les touristes venus clubber à Ibiza (dans les Baléares donc).

On y croise qui ?

Ibiza-privilege

Des anglais en vacances, comme Paul Oakenfold, en congés sur l'île en 85. Il y découvre le balearic et décide de ramener le style dans sa valise pour l'importer à Londres en fondant le Funhouse... C'est un échec, le club ferme au bout de six mois. Qu'a cela ne tienne, l'Anglais retourne à Ibiza, invitant le DJ Danny Rampling à fêter son 26ème anniversaire. De retour à Londres, il retente l'expérience balearic en 87 en créant le Project Club. Et ça y est, ce style bariolé séduit les clubbeurs anglais, d'autant que le Project organise des afters privées pas forcément légales – et du coup prisées. Rampling (le DJ de l'anniversaire cité plus haut) a lui aussi tenté l'aventure en créant le Shoom, temple du balearic et de l'acid-house installé dans un ancien gymnase de Londres. Ou comment la folie d'Ibiza s'est exportée en quelques allers-retours de gros fêtards.

>>> Pour en savoir plus, n'hésitez pas à consulter notre article « L'histoire secrète d'Ibiza »

Le dubstep au Plastic People

Enfant du 2-step et du UK garage, le dubstep serait plutôt né dans un type de soirées que dans une salle à part entière : les nuits Forward>>. Ammunition Productions est au commande, et ils sont les premiers à utiliser le terme dubstep vers 2002 (les créateurs du genre, El-B, Oris Jay ou Zed Bias lançaient les premiers sons dubstep aux alentours de l'an 2000). Les Forward>> se déroulaient d'abord aux Velvets Rooms du Soho à Londres, puis tous les jeudis au Plastic People, club cher à Four Tet et fermé en ce début d'année 2015.

On y croise qui ?

Le line-up originel des Forward>> pour commencer, composé de Youngsta, Kode 9, Zed Bias, Oris Jay, Hatcha, Slaughter Mob, Jay Da Flex et Slimzee, entre autres. A tout ce petit monde s'ajoutaient Skream, Plastician, ainsi que l'équipe de Rinse FM, la radio pirade des Forward>> (aujourd'hui la radio n'a plus rien de confidentiel et a même ouvert une antenne française !). On ne sait pas si Skrillex, Britney Spears ou Muse y ont déjà mis les pieds. Pourtant, les trois se revendiquent par moment sous la bannière du dubstep. Le Plastic People doit se retourner dans sa toute fraîche tombe.  

La tecktonik au Metropolis

Se rendre au Metropolis est une aventure en soi. Le “complexe de discothèques” tel que décrit sur son site, se situe à Rungis, dans la lointaine banlieue sud de Paris, entre deux cimetières et près du marché. On ne s'y retrouve pas par hasard mais l'aventure en vaut la peine.

On y croise qui ?

Ce générateur géant de divertissement comporte six salles aux “ambiances” différentes. “Le loft” propose de la “dancefloor music” quand l''“Hacienda” passe un agglomérat de musiques du monde, “afro, zouk et latino”, histoire d'être sûr de plaire au plus grand nombre. Surtout, au milieu de cette usine à danser déambulent, au début des années 2000, des centaines d'adolescents affublés de vêtements moulants aux couleurs fluo, une crête sur la tête pour la plupart. Regroupés en cercles, ils réalisent des battles de danse aux mouvements particuliers : la Tecktonik est née.

tecktonik

Clémence Meunier et Virginie Le Borgne.