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DumDum Records : "L’idée c’est de raconter le monde avec la musique"

DumDum Records : "L’idée c’est de raconter le monde avec la musique"

La fine équipe de DumDum, le site musical découvreur de pépites, lance DumDum Records et sa compil' hebdomadaire. Un projet qui souffle un vent de fraîcheur et de liberté, reléguant au placard les playlist pâlichonnes de certains labels. DumDum Records balancera chaque semaine à partir de ce jeudi une compilation inclassable, qui parlera de scène indé chinoise, de villes du sud de l’Australie ou encore de l’univers de Mac DeMarco.

La petite friandise hebdo sera chaque fois imaginée par un journaliste de la rédac de DumDum et comprendra entre 7 et 12 titres, autour d’une thématique bien précise. Pour ne pas dire ultra pointue. Le tout sera accessible en ligne, moyennant un abonnement de 8 euros par mois. A l’occasion du lancement de la plateforme avec une compil' sur la musique underground chinoise, Green Room Session a rencontré Anthony Mansuy (photo de Jacob Khrist), l’un des fondateurs et rédacteurs en chef du site pour parler du projet, des riot grrrl et de musique africaine. Et en cadeau, une compil' rien que pour Green Room Session à écouter ci-dessous.

Ça fait plus de deux ans que vous planchez sur cette offre de compil hebdo. Tu peux nous parler un peu de l’esprit de DumDum Records ?

Le but de ces compilations ce n’est pas simplement de balancer de la musique à nos lecteurs mais surtout de raconter à chaque fois une histoire. Ce projet est comme un pied de nez à ceux qui disent que tout a été fait en musique, que la création actuelle est inférieure à celle du passé. Je découvre des choses tout le temps, absolument mortelles, dans tous les pays ! Ce qui était important pour nous c'était de mettre en avant des gens dont la musique résonne vraiment avec le monde dans lequel on vit, qui nous informe sur la nature humaine. Et le principe est de ne pas parler d’artistes que l’on connaissait déjà, pour avoir 100% de découvertes.

dum

Justement, la première compil' est consacrée à la musique psyché chinoise, c'est assez inattendu. Comment a émergé l'idée ?

C’est Adrien Toffolet, l’un des fondateurs du site, qui s’en est occupé. C’est un grand spécialiste de rock psychédélique, il adore ça ! Il a commencé à s’intéresser à la scène psyché chinoise à partir du moment où l’un des groupes qui en est issu est venu jouer à Paris. Il a découvert de fil en aiguille qu’il y avait plein de formations, qui chantaient en anglais ou en français, des labels aussi. Il y a même quelques groupes occidentaux psyché qui se sont implantés là-bas, notamment les deux Américains d’Alpine Decline.

Elle a quoi de si incroyable cette scène indé chinoise ?

Il y a une vrai contre-culture derrière ce mouvement, ce n’est pas simplement de la musique pour eux. C’est presque dangereux de faire ça, parce qu’ils n’ont pas le droit de réunion. Ils jouent dans des endroits qui changent tout le temps, quasi clandestins et cela peut vite être assimilé à de la dissidence. Avec cette compil et les autres, nous voulons montrer que la musique peut, à un certain niveau, raconter le monde, raconter l’endroit dans lequel elle est faite. C’est pour ça qu’un petit texte accompagnera chaque compil'.

indie-china

Et quelles sont les autres compilations que vous avez dans les tuyaux ?

On a prévu une ville de l’Ouest de la France, du sud des Etats-Unis, de l’Australie, mais aussi des thématiques plus larges comme une compilation qui réunit 9 groupes féminins, un peu badass, des riot girrrls. Donc les thèmes seront très variés, ça peut être aussi des inédits d’un groupe connu. J’aimerais bien faire rapidement une compilation africaine, mais c’est compliqué parce que l’accès Internet n’est pas constant comme ici et que les musiciens ne cherchent pas à faire de l’audience. Ils sont donc plus difficiles d’accès, il faut des gens sur place. On voudrait rebondir sur l’actu aussi avec certaines compil' et d'autres seront imaginées par des guests, comme Mac Demarco.

2012_00_16 Mac DeMarco

Comment s’est passé le travail de compilation avec lui ?

Je l’avais déjà rencontré trois fois pour des interview. On avait publié un assez long article sur lui à la sortie de son dernier album (Salad Days, ndlr). Le journaliste Romain Herreros avait interviewé aussi son label, sa famille etc. et ils s’étaient très bien entendus. D’ailleurs l’interview sur Skype s’est déroulée alors que Mac Demarco venait de se réveiller, sa meuf était à côté dans le lit, c’était sympa ! Donc on lui a envoyé un mail pour lui proposer de participer, en lui expliquant qu’il n’avait rien à y gagner, et il nous a envoyé une liste de morceaux.

Et à terme, l'idée serait de produire des artistes avec DumDum Records ?

Oui, on aimerait bien dans le futur, on a déjà un répertoire de 150 ou 200 groupes qui nous plaisent et qu’on a contactés mais on veut être sûr d’avoir les moyens de le faire. Au départ DumDum Records devait être lancé en même temps que le site DumDum mais le développement du projet a été homérique, reporté deux fois à cause de problèmes de budget. On a même failli jeter l’éponge ! Donc là, on est super content de la plateforme, et on attend de voir comment ça se passe avec les compilations avant de se lancer sur autre chose. 

Pour finir, quelques conseils pour un digger qui voudrait découvrir des raretés sur Internet ?

Prendre des RTT d’abord ! Et pendant ce temps, tu vas sur bandcamp et tu cliques. Ça c’est la version la plus longue, il te faut plusieurs journées pour trouver deux morceaux cool. Après évidemment il y a les blogs, et puis on a une technique qui est encore plus chronophage mais qui permet de cibler un peu plus et de faire de belles trouvailles... Mais je ne la dévoilerai pas parce que c’est notre botte secrète !

Retrouvez la première compilation de DumDum Records ici. Et pour fêter le lancement, voici une autre playlist toute fraîche imaginée spécialement pour les lecteurs de Green Room Session, sur la ville de Brisbane en Australie.
Ecoute et explication d’Anthony Mansuy juste ici :

"Il faut savoir qu'à Brisbane, en ce moment, c'est l'été. Du coup, tant par vengeance que par goût, j'ai décidé de me concentrer sur l'aspect plus froid et synthétique de la scène locale. Les grandes villes australiennes sont de véritables mines d'or, pour tout ce qui touche à la guitare et aux synthés, du moins. Le pays est en pleine santé économiquement, et les petites salles, festivals et autres acteurs (surtout mineurs) de la musique bénéficient d'aides importantes. Brisbane est souvent oubliée, c'est un peu pour ça que j'ai décidé de me concentrer dessus : ses groupes donnent souvent l'impression d'avoir quelque chose en plus, quelque chose à prouver à ceux de Sydney et Melbourne, notamment"