JE RECHERCHE
Paris, Les Témoins, Virage Nord… : les séries françaises à ne pas manquer en 2015

Paris, Les Témoins, Virage Nord… : les séries françaises à ne pas manquer en 2015

Longtemps critiquée pour son manque d'imagination face à sa consoeur américaine, la création audiovisuelle française en matière de séries rattrape peu à peu son retard sur les pays anglo-saxons ou nordiques, avec des fictions toujours plus audacieuses. Et intelligentes. L’année 2015 sera ainsi marquée par la diffusion de six nouvelles séries made in France. Polar, thriller, comédie de moeurs, Green Room Session vous en dit plus sur ce qu'il ne faut surtout pas louper.

Il semble loin le temps où la télévision française offrait pour seules séries les aventures fadasses d’une commissaire rousse ou de son homologue masculin au nom se terminant en "o" sur TF1. Pour ne citer qu’eux. Alors qu'Engrenages a repris du service sur Canal+ qui tourne actuellement la seconde saison des Revenants, que France 2 fête le succès de la sixième saison de sa série humoristique Fais pas ci fais pas ça ou encore que France 3 se démarque depuis 2009 avec sa série historique Un Village Français, l’année 2015 confirme que l’Hexagone est entré – en douceur certes – dans la cour des grands.

Virage Nord, polar dans le milieu du foot, Paris, série chorale sur 24 heures dans la vie de Parisiens, Trepalium et sa critique du monde du travail ou encore la série policière Les Témoins et culinaire avec Chefs, autant de nouveaux programmes qui débarquent sur le petit écran. Et au programme, des histoires audacieuses, perturbantes, et surtout finement racontées. "Le changement s’est opéré au milieu des années 2000 avec une vague venue des Etats-Unis et des séries de grande qualité telles que Les Soprano, Six Feet Under, Sex & The City ou encore Mad Men et qui se démarquaient du pur divertissement", analyse Pierre Sérisier, journaliste et auteur du blog "Le Monde des Séries".

Jongler avec les formats sur Arte

Et si Canal+ fait souvent figure de pionnière dans une offre française plus palpitante, Arte se place peu à peu en concurrente de taille, cousine éloignée d'une BBC aux programmes aventureux. Cette année sur les six nouvelles séries attendues, quatre sortent des fourneaux de la chaîne franco-allemande. 

Paris écrite par Virginie Brac et réalisée par Gilles Bannier, dont la diffusion est prévue les 15 et 22 janvier à 20h50, adopte ainsi un format original, avec une plongée de 24 heures dans le quotidien d’habitants de la capitale. Sur le modèle du film choral, la série de six épisodes de 52 minutes fera se croiser plusieurs trajectoires au cours d’une journée où bascule la vie de chacun des personnages : Premier ministre, journaliste, mauvais garçon, transsexuel, agent de la RATP etc. Au casting, on verra Eric Caravaca, Florence Pernel et même Kool Shen.

"Il n’y a pas de ligne commune si ce n’est de faire de bonnes séries, explique Pierre Sérisier qui fait également partie du comité éditorial d'Arte. L’idée est de prendre les spectateurs pour des gens intelligents qui peuvent comprendre des problèmes complexes et cherchent le divertissement mais aussi des fictions qui font réfléchir". Avec l’énorme succès l’année dernière du P’tit Quinquin de Bruno Dumont qui a attiré 1,4 millions de téléspectateurs, Arte choisit donc de prendre des risques. 

La mini-série Paris témoigne du goût de la chaîne pour le format court que l'on retrouve avec Virage Nord. Ce polar réalisé par Virginie Sauveur (qui a tourné quelques épisodes d'Engrenages) a obtenu le prix de la Meilleure série au Festival de la fiction TV de La Rochelle. Dans une petite ville française, un supporter est assassiné dans les tribunes lors d’un match. Un fait divers qui bouleverse la commune et sur lequel Alex, originaire de la région, enquête, plongée dans un univers où chacun n’a d’yeux que pour le ballon rond. Diffusion des trois épisodes de 52 minutes prévue début janvier.

France 2 lorgne du côté de Canal+

Arte mise aussi sur la critique sociale avec Trepalium qui devrait être diffusé fin 2015/début 2016 et dont le tournage a commencé en octobre. Série d’anticipation créée par Sophie Hiet et Antarès Bassis et réalisée par Vincent Lannoo, elle déroule une intrigue qui a pour cadre une société ultra capitaliste dans un futur proche. Dans ce monde déshumanisé, 80% de la population est sans emploi et vit dans la "zone". Face à eux la minorité des actifs constitue une nouvelle classe dominante, une élite qui vit séparée des premiers, derrière un mur équipé d’un check-point.

Pierre Deladonchamps dans Trepalium © Jean-Claude Lother

Au casting, Pierre Deladonchamps, César du Meilleur Espoir Masculin en 2014 pour L’Inconnu Du Lac d’Alain Guiraudie, incarne un ingénieur en pleine ascension tandis que la prometteuse Léonie Simaga, sociétaire de la Comédie française, interprète Izia, jeune femme qui rêve d’une vie meilleure. Du beau monde complété par Charles Berling notamment. Arte l’ambitieuse a également en rayon le thriller psychologique Intrusion, réalisé par Xavier Palud, une mini série de trois épisodes de 52 minutes, à l’ambiance dérangeante : un pianiste, interprété par Jonathan Zaccaï, bascule peu à peu dans la folie ou un monde parallèle - l’intrigue se fonde sur cette incertitude -, victime de visions et hallucinations.  

intrusion

Mais Arte ne sera pas la seule pourvoyeuse de bonnes séries françaises cette année. Sont également très attendues les fictions de France 2 Les Témoins et Chefs. La première, une série policière avec Thierry Lhermitte, nous embarque dans une petite ville de Haute-Normandie. Là, des corps volés dans des cimetières sont mystérieusement disposés dans des maisons témoins. Une jeune flic obsessionnelle chargée de l’enquête va croiser la route d’un ancienne figure de la police locale, liée de manière trouble à l’affaire. "On a affaire ici à quelque chose de beaucoup plus classique, note Pierre Langlais, journaliste spécialisé séries à Télérama. C’est un divertissement de soirée mais avec un vrai savoir-faire. On ne peut pas balancer du jour au lendemain un truc complètement révolutionnaire sur les grandes chaînes françaises".

La série de six épisodes a déjà été achetée par Channel 4 en Angleterre, avant même sa diffusion en France. Ses créateurs (derrière notamment Pigalle La Nuit), le réalisateur Hervé Hadmar et le scénariste Marc Herpoux, promettent une ambiance dérangeante et du suspense sur une chaîne qui lorgne désormais du côté de ce que fait Canal+ : "Les Témoins est une série qui est largement au niveau d'une fiction de Canal+, estime ainsi Pierre Sérisier. France 2 prend conscience qu'elle a un rôle à jouer dans la création de séries et que ses principaux concurrents sont Canal et Arte, pas TF1". Ce qui contribue à tirer le niveau vers le haut.  

témoins

Un retard de plusieurs années

Quant à la série Chefs, six épisodes de 52 minutes réalisés par Arnaud Malherbe, elle entraîne le téléspectateur dans l’univers ultra compétitif de la cuisine. A l’heure où les émissions culinaires servies à la pelle séduisent toujours plus de téléspectateurs, on pourrait esquisser un léger bâillement. Pourtant non : "C’est grand public mais l’histoire est racontée sur un ton différent, avec une esthétique particulière, détaille Pierre Langlais. Avec un public plus réduit sur Arte ou d’abonnés sur Canal +, ces deux chaînes peuvent prendre plus de risques. C’est plus difficile pour France 2 et TF1 mais elles expérimentent".

Clovis Cornillac y incarne un chef impitoyable en cuisine - sorte de Dr House de la gastronomie française, aux dires de ce dernier - confronté à un jeune homme fraîchement sorti de prison qui fait la plonge dans le resto. Il va peu à peu révéler un don certain pour les fourneaux.

chefs

La date de diffusion n’a pas encore été communiquée, mais cette série vient s’ajouter à la liste déjà bien fournie de petites pépites livrées par les chaînes françaises en 2015. Reste à revoir le mode de travail des chaînes. Outre-Atlantique, les scénaristes travaillent en équipe autour d'un showrunner par exemple, et les séries ne sont pas tuées dans l'oeuf avec la diffusion en une seule soirée de 3 épisodes. "Nous avions perdu la notion de récit à épisodes et cette tradition feuilletoniste que l'on a pourtant connue avec Balzac ou Dumas, analyse Pierre Sérisier. Nous avons pris beaucoup de retard, et il faudra un temps fou pour le rattraper". Mais il y a de quoi être optimiste.