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La révolution des logiciels musicaux

La révolution des logiciels musicaux

Les ordinateurs se sont rendus indispensables au monde de la musique, mais cette révolution s’est faite par étapes. Voici tout ce que vous devez savoir sur l’avènement des logiciels musicaux !

Avant, la musique, c’était compliqué : un groupe de rock qui voulait sortir un maxi devait enregistrer ses morceaux dans un studio professionnel et faire chauffer les bandes. La musique électronique, elle, a commencé avec des boîtes à rythmes pleines de boutons et des synthétiseurs sur-câblés. La profusion continue de nouveaux sons telle qu’on la connaît aujourd’hui (pour le meilleur et pour le pire) n’aurait pas été possible dans ces conditions : il y a 30 ans, pour produire son art, il fallait braver une tonne d’obstacles. Aujourd’hui, un peu de patience et de créativité suffisent pour s’y mettre.

L’informatique personnelle n’a pas uniquement révolutionné le quotidien des comptables, elle a rendu possible quelque chose d’impensable au siècle dernier : amener la création musicale dans toutes les chambres d’ados. Votre petite soeur vient de se lancer dans le post-dubstep industriel ? Il a fallu deux décennies d’innovation pour rendre ça possible. Petit passage en revue des “révolutions logicielles” qui ont démocratisé la M.A.O., pour Musique Assistée par Ordinateur.

Cubase / Pro Tools

Deux séquenceurs mythiques, qui ont entériné la première étape de l’invasion informatique dans le monde de la musique : la transformation des studios. Sortis tous deux en 1991 dans leur première version, ils ne sont pas les premiers essais de leurs éditeurs respectifs en la matière. Cubase, par exemple, possède une lignée de parents bien plus rudimentaires, sortis sur Commodore 64 ou sur Atari ST (en clair : à l’âge de pierre). L’intérêt de ces logiciels ? Pouvoir enregistrer plusieurs pistes sonores, qui s’alignent les unes au dessus des autres à l’écran, et agir sur ces dernières pour leur rajouter des effets, rajouter des basses ou des aigus, etc. Bref, Il est désormais possible de “voir” des morceaux entiers, et de travailler autant avec les yeux qu’avec les oreilles ! Les versions les plus récentes de Pro Tools et Cubase, avec leurs similitudes et leurs différences, continuent à squatter bon nombre de studios.

Le système VST

On a vu plus sexy comme nom. VST, ça veut dire Virtual Studio Technology. Il s’agit d’un protocole créé par Steinberg, la société qui développe… Cubase. On explique : Si vous avez un logiciel qui fonctionne avec le système VST (c’est le cas presque tout le temps), vous pouvez “rajouter” des choses dedans : des effets sonores, de nouveaux synthétiseurs… qui se retrouvent derrière le nom générique de “plug-ins”. De très nombreuses sociétés éditent ces plug-ins, qui vont, petit à petit, donner de l’identité à votre armada logicielle. Le plus fun dans tout ça ? Tous ces additifs comprennent le langage MIDI (courage, ce paragraphe est bientôt fini), qui permet à des machines de communiquer entre elles, ou de diriger des logiciels avec des boutons bien réels, branchés à votre ordinateur. Parce que faire de la musique avec une souris, encore une fois, c’est plutôt pas sexy.

Un plug-in historique : l’Auto Tune. fait un paquet de dégâts dans le monde de la pop depuis 1997.

eJay

On entend déjà crier les puristes. eJay n’a jamais été un logiciel de qualité. Il a juste servi, à la toute fin des années 90, à officialiser une idée. Ses boucles musicales pré-mâchées, ses options musicales médiocres et son style général résolument tourné vars la dance bon marché ont au moins le mérite de viser large. Et c’est bien ça le plus important : la série de logiciels et de jeux édités par eJay ont crié au monde “vous aussi, vous pouvez le faire”. Et nous l’avons fait. Sans eJay.

Dans la même idée : Music, sorti sur PlayStation (première du nom) simplifie à l’extrême la composition musicale et la rend ludique. Impossible de créer quoi que ce soit de bon avec ça, mais le mal est fait : la musique informatique, ça devient fun et démocratique.

Fruity Loops

LE logiciel pour les bidouilleurs un tant soit peu ambitieux qui ont voulu se lancer au tournant des années 2000. Premier point, et pas des moindres : Fruity Loops (aujourd’hui nommé FL Studio) est développé pour Windows, et pas pour Mac ! Un détail extrêmement important, puisqu’il ouvre la possibilité à une immense foule de musiciens en herbe à s’essayer à la production. Très typé électro, Fruity Loops fonctionne avec un principe de “patterns” (“modèles” en anglais) à placer ensuite dans une playlist. On peut évidemment y enregistrer des instruments, mais ce n’est pas sa fonction première : ce logiciel est conçu pour créer des morceaux en partant de rien, grâce à une banque de sons (de batterie, de boîtes à rythmes), des plug-ins et plein d’options pour rendre une composition à peu près cohérente. Mal considéré par l’élite pendant longtemps car pas assez “pro”, FL Studio reste l’un des logiciels les plus importants de l’histoire de la musique sur ordinateur, car c’est l’un des premiers à associer fun et professionnalisme.

Le saviez-vous ? Des artistes plutôt balèzes utilisent FL Studio. Skream, dans le camp des gentils, et Martin Garrix, dans le camp des méchants, en sont deux exemples.

Reaktor

Un mot sur la compagnie qui édite Reaktor : Native Instruments est l’un des piliers de l’informatique musicale. On lui doit Traktor (un logiciel de DJing ultra-utilisé), des tonnes de synthés digitaux, et même un ampli guitare virtuel. Mais Reaktor est l’une de ses plus belles inventions, qui va apporter sa petite révolution au monde de la musique : cet outil est un créateur de synthés ! Bah oui, un son de synthétiseur, c’est une somme d’ondes sonores qui forment un son, joué à différents niveaux. Avec Reaktor, l’utilisateur peut créer ce qu’il veut, en partant de zéro. Pas simple, mais parfait pour fantasmer au son de synthé ultime, que même Bob Moog n’aura jamais réussi à imaginer !

Reason

Développé par la société Propellerhead Software (ce nom vous rappelle quelque chose ?), Reason s’est vite imposé comme l’une des meilleures solutions pour produire de la musique à un niveau professionnel. Il se présente comme un empilement de machines, que l’on relie par des câbles une fois passé en mode “vue de derrière”. Cette façon de procéder, qui paraîtra ardue pour bon nombre de débutants, est pourtant son atout : Reason est modulable, et surtout extrêmement stable. Ce qui va rapidement en faire un bon outil pour le live, pour lequel un logiciel comme Fruity Loops n’a jamais excellé. Il ne lui a manqué qu’un peu de facilité d’usage pour dominer le monde, mais il continue de faire des émules et de nouvelles versions sortent régulièrement.

Fun Fact : Always Outnumbered, Never Outgunned de The Prodigy a été intégralement composé sous Reason. Pas le meilleur album du groupe, mais une preuve indéniable qu’en 2004, déjà, il ne fallait pas prendre les logiciels musicaux à la légère.

Live

Le nouveau roi. Aujourd’hui, il n’y a pas un MacBook de producteur électro qui n’ait Live d’installé quelque part. Ce logiciel développé par Ableton corrige certaines lacunes de ses concurrents. Pour ce qui est de la composition, Live n’est pas le mieux doté : vous avez intérêt à avoir une armada de VST en stock (on parle chinois ? Remontez quelques paragraphes). Par contre, il s’avère parfait pour orchestrer des lives efficaces, d’où son nom. Les boucles musicales préparées dans ce séquenceur se jouant toujours les unes après les autres sans fausser le rythme, le musicien n’a plus qu’à “jouer” en déclenchant les parties de son morceau qu’il souhaite lancer. De Fakear à Guetta, ils l’utilisent tous sur scène, et parfois même à la maison. Les DJ’s qui ne veulent pas s’embêter d’une solution dédiée au mix peuvent aussi y trouver une alternative. Sa simplicité d’utilisation est donc son point fort, mais il reste dépendant de forces extérieures (voire même… de vrais synthétiseurs) pour devenir une bête de composition. Flying Lotus l’utilise en symbiose avec… Reason.

Bonus : GarageBand

Que vient faire le logiciel de création musicale “tous publics” d’Apple dans cette liste ? Parce qu’il est justement l’exemple parfait de cette révolution. Perfectible, possédant peu d’options mais très simple d’utilisation, il sert souvent de première étape pour les bidouilleurs en herbe (bon, il faut un Mac à la maison…) et s’avère très efficace comme “cahier de brouillon” pour les artistes plus aguerris qui veulent sauvegarder une idée. Bah oui, les génies d’aujourd’hui n’ont plus de carnets dans les poches, que voulez-vous.