JE RECHERCHE
Rémy Baiget, Mercredi Production : "les jeunes qui sortent en club sont des encyclopédies"

Rémy Baiget, Mercredi Production : "les jeunes qui sortent en club sont des encyclopédies"

Ils vous ont fait danser toute l'année, on a voulu savoir ce qu'ils avaient dans le ventre. Rencontre avec Rémy Baiget, co-fondateur de Mercredi Production. 

Green Room Session : Mercredi Production, c’est quoi ?

Rémy Baiget : J’ai créé Mercredi Production en 2010 alors que j’étais encore directeur artistique au Rex Club parce que j’avais besoin de faire des événements où je pouvais m’exprimer de A à Z. On fait des fêtes, on vend du rêve, on vend des moments à des personnes. Créer quelque chose et être tributaire d’autres personnes, ça peut créer des flops et des déceptions.

Tu n’es plus au Rex Club ?

Non, j’ai arrêté il y a une quinzaine de jours, après 14 ans. Je suis passé par tous les postes : j’ai été barman puis je suis passé manager, technicien, responsable de nuit, j’ai fait de la porte, j’ai fait un peu de comm et je suis arrivé à la programmation que je gérais depuis huit ans. Au bout d’un moment j’avais fait le tour, ma direction avait envie d’aller vers quelque chose qui me ressemblait moins. On a décidé d’un commun accord de se séparer. 

As-tu l’impression que Mercredi Production a comblé un manque, ou qu’il a créé une demande ? 

Des gens qui font des fêtes il y en a toujours eu. Les plus belles fêtes que j’ai eu c’est avec We Love Art, et leurs fêtes sont toujours un modèle : elles sont toujours très réussies et leur intégrité dans leur direction artistique musicale est intéressante. 

J’ai une approche très radicale de ce qu’est la fête, ce qu’est la musique et ce qui est pour nous légitime d’être sur scène ou non. On a aussi un public clairement identifié mixte gay/hétéro. C’est quelque chose qui est important pour nous parce que dans l’équipe on est pas mal à être gay. Sans être gay power, on avait l’impression que le public gay à Paris n’avait pas beaucoup de soirées de bon goût musical et certains clubs n’aiment pas avoir un public gay. L’idée était donc d’être radical musicalement tout en étant identifié dans la culture queer. 

Musicalement, quelle est votre ligne éditoriale ?

Elle est assez large. Radicale mais large. Je vais prendre l’exemple de Nicolas Jaar : la première fois qu’il est venu, je l’avais booké au Rex Club pour un live. Après on a fait un Cabaret Sauvage. Toute la sauce a pris autour de Nicolas Jaar, on s’est dit qu’il allait partir vers de plus grosses plateformes mais non, on bosse encore ensemble, on a fait un Olympia avec lui. Nicolas Jaar, c’est un peu l’exemple : il n’est pas si radical mais il y a une intégrité dans sa musique, dans l’émotion. 

Je pense que Paris est en train de se découper en familles d’artistes. Il y a des artistes comme Ben Klock, Nicolas Jaar, Pantha du Prince, quand on les voit sur des line-up, on se dit qu’il y a Mercredi Production derrière. Si on voit un Dixon, Âme, on va penser à Haïku. Je pense qu’on fait confiance à notre noyau qui introduit de nouveaux artistes. Par exemple, grâce à Ostgut Ton on a découvert Dystopian, qui a amené Rodhad et toute la famille. On est très proche des artistes avec qui on bosse.

Quand tu étais encore au Rex, j’imagine que tu programmais parfois les mêmes artistes au Club que pour Mercredi Production… 

C’était un win/win. Certains artistes étaient devenu trop gros pour la capacité du Rex et ses budgets. Mais on pouvait leur proposer une année complète avec le Rex, Nuits Sonores – parce que José [Lagarellos, co-fondateur de Mercredi Production, ndlr] s’occupe de Nuits Sonores – puis un Cabaret Sauvage et peut être un Electric. Du coup, ils ont eu l’impression que le Rex était toujours leur maison.

Avec 14 ans d’expérience au Rex et quatre ans à Mercredi Production, comment as-tu vu évoluer le public ?

Dans un premier temps, les programmateurs et les promoteurs se sont professionnalisés. Aujourd’hui c’est le public qui se professionnalise. J’en suis étonné. Je ne veux pas parler comme un vieux con mais les jeunes qui sortent en club maintenant sont des encyclopédies. Leur kiffe c’est de rester près du bar et de discuter « ça c’est le remix de Peterson… ». Ça devient un peu intellectuel tout ça. 

En quatre ans d’activité, y a t-il une leçon que vous avez apprise ?

Je pense qu’il ne faut pas voir trop gros. On a lancé un festival « Rendez-vous ». Les deux premières éditions se sont super bien passées et on a voulu pour la troisième édition proposer un festival multi-salles entre le Trianon, le Rex et le Cabaret Sauvage. Quelque chose de beaucoup plus cossu, avec des concerts. C’était un très beau projet mais la même année Wheather est arrivé, We Love et beaucoup d’autres festivals. La leçon c’est que peut-être on a vu trop gros. Mais si on n’avait pas tenté on aurait pu se le reprocher. 

Votre meilleure soirée de l’année ?

Ça sera la prochaine !

MP

Un artiste que vous aimeriez faire jouer et que vous n’avez pas encore réussi à booker ? 

Je n’ai pas cette frustration grâce au Rex. J’aurais aimé faire Caribou en live, je l’ai fait en DJ set mais jamais en live.

Un artiste que tu es fier d’avoir présenté au public parisien ? 

Le projet Pantha du prince & The Bells Laboratory était génial. On a perdu de l’argent mais avec le sourire. C’était sublime, un grand moment.

Vos visuels avec ces visages blancs, ça veut dire quelque chose ?

On aime les choses arty, on a pris le parti depuis trois ans d’humaniser nos visuels parce que c’était aussi donner une dimension humaine à nos événements. L’idée c’était d’avoir des gens complètement différents mais unifiés à la fin. Ce qu’on partage en musique, et en soirée, c’est de faire tomber plein de barrière : être hétéro, être gay, black, blanc…

CollageMP

Pour finir, un moment fort de l’année 2014 ?

La fin de mon contrat au Rex. Ça a été émouvant.