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Le mystérieux William Onyeabor, pionnier du synthé africain, donne sa première interview en trente ans

Le mystérieux William Onyeabor, pionnier du synthé africain, donne sa première interview en trente ans

Il est l’un des hommes les plus mystérieux du monde de la musique. Redécouvert l’année dernière grâce au label américain Luaka Bop, William Onyeabor, pionnier du synthé en Afrique dans les années 70, a enfin donné sa première interview en trente ans. Il refusait jusque-là tout contact avec les journalistes.

L’album a débarqué en 2013, comme sorti de nulle part, judicieusement intitulé Who Is William Onyeabor ?. Une question qui allait rapidement hanter les critiques musicales à travers le monde après l'écoute de cette compilation rassemblée par le label Luaka Bop, à l’origine de la redécouverte de la musique lumineuse dudit William Onyeabor. Depuis, Damon Albarn, Caribou et Four Tet entre autres rendent un hommage régulier à l'inventeur d’un genre mêlant funk et musique électro. Pionnier du synthé en Afrique dans les années 70, le chanteur et compositeur, aujourd'hui sexagénaire, était jusque là inconnu hors de son pays, le Nigéria.

Depuis plusieurs décennies, la musique était derrière lui. Plus question d’en parler, de répondre aux curieux, d’expliquer sa démarche, sa découverte des synthétiseurs. L’énigmatique William Onyeabor ne voulait plus parler que de Dieu après avoir arrêté la musique au début des années 80 et disparu de la circulation, calfeutré dans sa maison. Il a finalement fait une exception, accordant un entretien à la journaliste Lauren Laverne diffusé cette semaine dans une émission de BBC radio. En parallèle un mini documentaire réalisé par Noisey revient sur son son parcours et le contexte dans lequel William Onyeabor a émergé.

Jusqu’à présent, peu de choses avaient filtré de sa vie, si ce n’est qu’il avait étudié le cinéma en URSS, qu’il pressait lui-même ses vinyles - huit au total entre 1978 et 1985 qui lui ont valu quelques heures de gloire au Nigéria - et disposait d’un studio ultra perfectionné à une époque où le matériel, notamment les synthés, était impossible à trouver en Afrique. Aura pleine de mystère, pas de lives, Onyeabor est devenu une sorte de mythe, à l’instar d’un Sixto Rodriguez. Sa musique a même donné lieu à une tournée, Atomic Bomb! The Music Of William Onyeabor, encore une fois sans lui, dirigée par le jeune chanteur et compositeur américain Sinkane.

L’interview de la BBC n'apporte pas de révélations fracassantes sur le musicien - on apprend tout de même qu'il vient d'un milieu défavorisé et a commencé à apprivoiser ses machines à Stockholm, dissipant une partie du mystère - mais permet de mieux appréhender ce personnage à la fois mystique et plein d'humour, qui estime "composer uniquement de la musique qui peut aider le monde".