JE RECHERCHE
On a parlé Trans Musicales avec Alphaat

On a parlé Trans Musicales avec Alphaat

C’était l’un des principaux espoirs électro à passer dans la Green Room. Alphaat, on le sait désormais, a réussi son job avec les honneurs, mais il n’était pas si sûr de lui quelques heures avant de monter sur scène. Ce qui ne l’a pas empêché d’être lucide et d’avoir une analyse pertinente de la planète électro sur laquelle il évolue rapidement...

Green Room Session : À la fin de la dernière décennie, tu étais étudiant à Nantes et tu faisais de la radio. Aujourd’hui, tu joues aux Trans Musicales. Il s’est passé quoi, exactement ?

Alphaat : Pas mal de choses, tu t’en doutes. À cette époque déjà, je composais du son dans ma chambre, ça s’est un peu professionnalisé depuis. J’ai été repéré par Southern Fried, le label de Fat Boy Slim, sur lequel j’ai sorti 2 EPs. Le suivant est sorti sur le label marseillais Château Bruyant en 2013, et puis encore un autre en autoprod qui vient de sortir il y a quelques semaines. Le prochain est pour février. J’ai également eu la chance de jouer à Astropolis et d’avoir quelques dates cool en France. Et d’être là, évidemment !

Tu es du coin, ça représente quoi pour toi, les Trans ?

J’ai compris que Jean-Louis Brossard (le directeur de Trans Musicales depuis les débuts du festival, ndlr) marchait vraiment à l’affect, du coup ça me fait d’autant plus plaisir d’apprendre que ce que je fais ait pu lui plaire. Et puis bon, les Trans’, j’en entends parler depuis un paquet d’années, je suis super content de pouvoir rencontrer le public rennais, d’autant que les Bretons en général donnent beaucoup d’eux-mêmes lorsqu’ils sont sur le dancefloor… Par contre, j’aimerais bien te donner des souvenirs du festival, mais figure-toi que c’est ma toute première année ici, j’ai mis les pieds au Parc Expo hier seulement ! Ce qui m’a permis de découvrir la Green Room un peu avant, ce qui n’est pas plus mal parce que cette scène est sacrément imposante.

Tu as déjà joué dans une configuration comme ça ?

Jamais, mais il y a un côté presque “chaudron” qui impressionne, et avec un système son comme ça, on peut jouer sur la pression (rires).

Tu peux nous en dire plus sur ce qui va se passer ce soir quand tu vas jouer ?

Bon, je sais que peu de gens me connaissent et c’est ça que je trouve cool ! Après, ce n’est pas parce qu’on est aux Trans’ que j’ai voulu préparer un set archi-différent. Je ne connais pas le festival, du coup ça serait complexe pour moi de réfléchir à quelque chose qui colle… Du coup, ce sera un set travaillé, mais qui reflète avant tout ce que je fais et ce que j’aime. Il y aura de la techno, mais aussi des choses plus house ou bass music, c’est important de ne pas se poser de limites selon moi.

Que peut-on tisser comme liens entre tes jeunes années radio et ce que tu fais aujourd’hui en tant qu’artiste ?

Complètement oui ! Avoir passé du temps à la radio nantaise Prun’, ça m’a aidé à m’ouvrir musicalement, bien davantage que si j’étais resté à farfouiller tout seul sur le Net. Il y a tellement de trucs à écouter (et je ne parle pas que d’électro), du coup la radio est un super moyen de sortir de sa zone de confort. Ensuite, j’ai pu rencontrer des artistes que j’aime, avec qui je suis parfois resté en contact, ce qui m’a permis de progresser dans ma réflexion et d’avoir des contacts avec le monde de la musique.

Hier, N’to a retourné le dancefloor dans la Green Room. Tu as vu ça ? Que penses-tu de cette vague techno mélodique qui domine bien des scènes de festival en ce moment ?

Alors autant N’To, j’aime beaucoup ce qu’il fait, autant Bakermat ou Klingande, qui sont encore plus au coeur de cette scène que tu évoques, je ne peux pas. Ils ont réussi à me faire détester le saxophone ! (rires) Je ne comprends pas comment cette mouvance arrive à avoir une telle notoriété. Quand on repense à “The Man With The Red Face” de Laurent Garnier, ce morceau a une âme de dingue et le saxo y est pour beaucoup… Là, c’est complètement vide.

Tu envisages comment ton lundi matin ?

J’y pense déjà. Je vais me réveiller, je vais me dire “Wow, j’ai joué aux Trans”, et juste après ça va faire “OK, c’est déjà fini”. Après, ce que ça va amener, on va voir. Ce soir, il y a un côté quitte ou double, j’imagine que si je m’en sors bien, cela pourra m’apporter de bonnes vibes pour l’avenir, mais je préfère ne pas trop y penser et me concentrer sur ce que je sais faire.

La musique électro est au top depuis quelques années, elle prend maintenant un tiers de la prog’ des Trans… On ne risque pas d’overdose un jour ?

Aujourd’hui, cette profusion rend le truc plus dur pour tout le monde. Je le ressens au niveau des labels, c’est difficile pour un artiste d’arriver à taper dans l’oreille de quelqu’un parce qu’ils reçoivent des tonnes de démos, ils sont submergés. La démocratisation des DJ-sets “laptop” et des outils de production veut ça, mais en même temps, il y a toujours moyen de se démarquer en travaillant tes morceaux le mieux possible. C’est un défi plus grand, disons, mais c’est toujours possible de le relever.

On parle album, ou non ?

Honnêtement, je pense que le format album n’est plus vraiment adapté à la musique électronique d’aujourd’hui. Tu vois, il y a peu de temps j’ai regardé les morceaux que j’avais en stock pour composer mon EP, j’en avais 12. Techniquement, ça faisait un album. Mais je trouvais plus pertinent de condenser le propos et de le rendre plus cohérent avec une sortie EP, surtout que je navigue entre plusieurs styles, ce qui rendrait l’exercice un peu bordélique. Aujourd’hui, la durée de vie d’un morceau électro est tellement courte, il faut savoir rendre les choses plus concises, plus directes. Et Laurent Garnier, avec sa série d’EPs sortis en 2014, a prouvé qu’on pouvait toujours raconter une histoire sur la longueur, il a juste réfléchi autrement et il a réussi quelque chose de superbe. Donc voilà, il ne faut jamais dire jamais, mais pour l’instant, les EPs, ça me va très bien.

Alphaat - Equidae EP

target="_blank">soundcloud.com/alphaat