JE RECHERCHE
Band Aid 30 : la bonne action qui ne fait pas l'unanimité

Band Aid 30 : la bonne action qui ne fait pas l'unanimité

1984, Bob Gedolf créait Band Aid, premier groupe à vocation caritative – avant USA For Africa ou Les Enfoirés. Entouré de Bono, Paul McCartney, George Michael et autres superstars, il sortait « Do They Know It's Christmas » pour lutter contre la famine en Ethiopie. 30 ans plus tard, le titre réapparaît. Ses polémiques aussi.

Band Aid 30 (band-aid voulant dire pansement en anglais) réunit cette fois-ci Chris Martin, Robert Plant, Ed Sheeran, One Direction et, toujours, Bono. Entre autres. Leur nouveau combat : Ebola.

Déjà à sa sortie, le groupe pansement avait, malgré un succès commercial retentissant, essuyé les critiques. En cause, les paroles considérées paternalistes et misérabilistes, à commencer par son titre « Savent-ils que c'est Noël ? ». La pochette, deux enfants squelettiques en noir et blanc greffés sur l'opulence rouge et or du Noël des enfants occidentaux n'avait rien fait pour améliorer les choses.

bandaid

Band Aid version 2014

Cette année, les paroles ont été légèrement modifiées pour refléter la lutte contre Ebola. Ainsi, lorsque les chanteurs évoquent « un monde d'effroi et de peur », ils ne parlent plus de là « où la seule eau qui coule est la piqûre amère des larmes » mais de « lorsqu'un baiser d'amour peut tuer et où la mort est en chaque larme ». Aussi, on ne dira plus « Dieu merci, ce soir ce sont eux plutôt que nous », mais « Ce soir, nous nous adressons à vous et espérons vous émouvoir ». Le refrain, qui appelle à nourrir le monde (« Feed the world », disent les paroles), n'a en revanche pas été changé.

Pas suffisant pour les critiques. Et à groupe de stars, détraqueurs stars. Lilly Allen et Damon Albarn font partis de ceux qui ont refusé de prendre part au projet. Pour la première, il y a « quelque chose de suffisant là-dedans ». Elle préfèrera verser elle-même l'argent. Pour le second, l'amas de stars créé « une frénésie médiatique dans laquelle se perd l'essentiel de la communication ».

De son côté, Slate soulève le choix étrange d'une vidéo qui s'ouvre sur le corps décharné et inanimé d'une femme, soulevé par des hommes en combinaison pour poursuivre par les flashs des paparazzis déflagrants sur les chanteurs stars. Et la référence à Noël lorsque deux des pays les plus touchés par Ebola, la Guinée et la Sierra Leone, sont des pays musulmans.

« Si vous n'êtes jamais allé en Afrique, demandez-vous pourquoi. »

C'est surement Fuse ODG, artiste britannique d'origine guinéenne, qui résume le mieux l'inconfort que l'on peut ressentir devant ce trop plein de bons sentiments. Dans une tribune publiée sur le Guardian, il explique pourquoi « il a dû refuser Band Aid ». « Je suis, comme beaucoup, fatigué de ce concept général de l'Afrique – un continent riche de ressources au potentiel débridé -, toujours vu comme malade, infesté et frappé par la pauvreté », explique-t-il. « Cette image de pauvreté et de famine est extrêmement forte psychologiquement. Avec des décennies d'une telle imagerie perpétuée, l'occidental moyen est susceptible de donner deux euros par mois ou d'acheter un single caritatif qui leur donne un chaud et flou sentiment. Mais ils sont bien moins susceptibles d'aller en Afrique pour leurs vacances, ou d'y investir. Si vous êtes en train de lire ça et n'êtes jamais allé en Afrique, demandez-vous pourquoi. »

Un site a d'ailleurs été créé pour répondre a cette image biaisée véhiculée par ces groupes caritatifs occidentaux : Weknowitschristmas (Nous savons que c'est Noël). En page d'accueil, ces mots : « Ils disent qu'il n'y a pas de paix et de joie en Afrique ce Noël, qu'est ce que vous dites ? ». On y relaie des vidéos, comme celle de "Africa Stop Ebola" de Tiken Jah Fakoly, Amadou & Mariam, Salif Keita, Oumou Sangare et autres, dont tous les profits vont à Médecins Sans Frontière. 

Au site de la BBC, l'une des fondatrices du site explique : «  Je pense que [Band Aid 30] est une initiative géniale. Mais cette douleur que j'ai ressenti quand j'ai entendu les paroles – elles ne montraient simplement pas l'Afrique de l'Ouest que je connais. La chanson est une question... et il faut qu'il y ait une réponse. Et la réponse est évidement 'Nous savons que c'est Noël' ».

1,3 millions d'euros en 5 minutes

Pour Bob Gedolf, les polémiques n'ont que peu d'intérêt. « Je ne vois pas où est le paternalisme, ni le misérabilisme, a-t-il répondu au quotidien Ouest France. La chanson dit surtout que Noël est le moment pour penser à ceux qui souffrent. De toute façon, qu'importe si vous n'aimez pas la chanson ou les artistes qui la chantent. C'est l'occasion de faire un geste utile. (…) Tout est question de chiffres. C'est une démarche totalement pragmatique. »

Et côté chiffre, le Band Aid s'est trouvé être une arme redoutable. On estime à environ 190 millions d'euros les retombées du titre « Do They Know It's Christmas » il y a 30 ans, entre les ventes de l'album et les donations suite à la diffusion des concerts. Cette année, le titre à rapporté plus de 1,3 millions d'euros dans les cinq premières minutes de sa mise en ligne. Le titre s'exporte désormais, et Carla Bruni a écrit la version française – disponible dés aujourd'hui. De quoi rapporter quelques deniers bien utiles dans la lutte contre cette maladie qui a déjà fait près 7000 morts en Afrique.