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Pas de pitié pour les pirates

Pas de pitié pour les pirates

Alors que l'ancien porte-parole du site de torrent The Pirate Bay a été libéré le 10 novembre après 7 mois d'emprisonnement, où en est-on dans la lutte contre le piratage ? 

96% des Français craignent le piratage quand ils font un paiement en ligne par carte bleue. Mais il y a piratage et piratage : même les plus farouches défenseurs de la propriété intellectuelle conviendront qu'il y a une différence entre dépouiller le compte en banque d'un internaute (ou lui piquer ses données personnelles) et télécharger illégalement un album. C'est ce dernier délit qui nous intéresse aujourd'hui. De quoi ne plus lancer µTorrent de la même manière. 

Pirate, es-tu là ? 

Ils tombent comme des mouches. Si Peter Sunde, surnommé brokep et ancien cofondateur et porte-parole de The Pirate Bay aujourd'hui reconverti dans le militantisme politique (ce qui n'est pas si éloigné, Sunde s'étant toujours battu pour le libre accès aux biens culturels), a été libéré après sept mois de prison, ce n'est pas le cas de ses amis. Autre fondateur, Friedrik Neij, dit TiAMO, s'est fait arrêter à la frontière lao-thaïlandaise après quatre ans de cavale. Il a été reconduit en Suède pour être jugé. Gottfrid Svartholm, troisième créateur du site de partage de liens, a été condamné le 31 octobre à trois ans et demi de prison au Danemark. Et cette fois, ce n'est pas dans le cadre de ses activités sur The Pirate Bay : il a été jugé pour une intrusion dans les services informatiques d'une entreprise américaine. Il a plaidé non coupable, ses avocats avançant la thèse du complot (un hacker aurait pris le contrôle de son ordinateur pour s'infiltrer dans la dite entreprise américaine). 

Autre pirate célèbre, Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, a encore fait parler de lui cette semaine : le patron de feu Megaupload s'est plaint d'être totalement ruiné, lui qui a pris l'habitude d'un train de vie plutôt... confortable (manoir en Nouvelle-Zélande, hélicoptère privé, voitures de collection mais 10 millions de dollars dépensés en frais juridiques depuis la fermeture du site en janvier 2012). Ses avocats ont réussi à repousser encore et encore son extradition aux Etats-Unis. En attendant, Kim Dotcom s'est lancé dans la politique (The Internet Party, en Nouvelle-Zélande), et a créé Baboom, une plateforme de musique à la demande poussant les artistes à être plus libres, qu'il a dû assez rapidement quitter -- toujours dans la démesure : 

 

"Au revoir Baboom. Je te tirais vers le bas. L'industrie de la musique me déteste. Tu seras mieux sans moi. Bonne chance mon amour".

Des gérants de gros sites accusés de piratage rattrapés par la loi ? Le phénomène s'amplifie, mais rien de bien étonnant non plus. Sauf qu'ils ne sont plus les seuls visés : au début du mois de novembre, deux Anglais liés au forum Dancing-Jesus (fermé en septembre 2011, où on trouvait quelques 22 500 liens de direct download d'albums, souvent avant leur sortie officielle) ont été condamnés pour "mise à disposition illicite d’œuvres protégées". Le premier s'appelle Kane Robinson, 26 ans et propriétaire du site. Il a été condamné à deux ans et huit mois de prison. Le deuxième, Richard Graham, a 22 ans. Il n'est ni le créateur, ni le porte-parole de Dancing-Jesus. C'est un contributeur -- à hauteur de 8000 liens tout de même --, et il a écopé d'un an et neuf mois d’emprisonnement. Une sanction lourde et qui étonne : comme l'explique le site spécialisé NextINpact"en France, ce sont avant tout des administrateurs de sites « pirates » qui ont été condamnés à des peines de prison ces dernières années, pour des durées moins longues, mais aussi – bien souvent – avec sursis".

Il est sûr que les pirates sont plutôt en sécurité en France. Les Russes ne peuvent plus en dire autant, souvent montrés du doigts pour les nombreux hackers retracés jusqu'à Moscou ou St. Petersburg. Ainsi, le gouvernement Poutine vient d'adopter une réforme des plus drastiques : tout site soupçonné de fournir des liens de téléchargement illégal ou même de les relayer (réseaux sociaux et blogs principalement) peut être fermé, définitivement. La loi a été votée le 25 novembre (mardi donc) et sera appliquée dès mai 2015, rapporte le Moscow Times. En outre, les internautes, dès lors qu'ils créent un site, ont pour obligation de renseigner leurs vrais nom, adresse postale et adresse mail. Ou comment se sentir fliquer et avoir peur des délations. 

La France, pays de rêve pour télécharger illégalement ? 

Hadopi, beaucoup en rient : administration dépassée, avertissements sans lendemain, dépenses inutiles... Pourtant, et on ne le sait pas vraiment, mais Hadopi sépare ses activités en trois axes : informer (à savoir sensibiliser les internautes à ce qui est légal ou non), inciter (pour rediriger les lecteurs vers les offres légales via son label ou le site dédié offrelegale.fr) et dissuader avec les fameuses sanctions dont personne ne sait vraiment en quoi elles consistent. Sa présidente Marie-Françoise Marais explique qu'en 2014, sur 3,7 millions de premières recommandations envoyées, 159 ont donné lieu à une transmission au procureur de la République et 19 ont abouti à une condamnation. Entre les 3,7 millions d'internautes visés et les 19 condamnés, que se passe-t-il ? Ils arrêtent de télécharger ? Pas sûr : selon une étude publiée début novembre par Hadopi lui-même, le premier mail est "peu dissuasif". La faute, pour Mme Marais, à un budget beaucoup trop petit. Et ça ne va pas s'arranger, l'allocation 2015 s'élevant à 6 millions d'euros, montant insuffisant selon elle. Dans la même étude, les cadres du département Recherche, Etudes et Veille d'Hadopi ont en outre réalisé un petit graphique pour comprendre l'incidence de la fermeture des sites de téléchargement sur les utilisateurs... Les fermetures de site non plus ne serviraient pas à grand-chose : 

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Cerise sur le gâteau : plusieurs organisations majeures du cinéma, dont le groupe Gaumont, ont critiqué la Haute Autorité dans une lettre adressée à Fleur Pellerin. Ils reprochent à Hadopi de trop souvent regretter le manque d'offre légale et de rejeter la faute non plus sur les pirates, mais sur les ayants-droits eux-mêmes. 

Pas de pitié pour les pirates... Sauf ici, finalement.