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Tarantino, histoire d'une passion pour la série B

Tarantino, histoire d'une passion pour la série B

Le réalisateur américain à l’univers complètement foutraque s’est fait connaître grâce à un style mêlant ultraviolence, humour et références flagrantes aux films de genre, notamment de série B. Green Room Session revient sur les obsessions cinéphiles de Quentin Tarantino.

Voilà c’est fini. Quentin Tarantino a annoncé il y a quelques jours vouloir mettre fin à sa carrière après la sortie prochaine de son dixième film The Hateful Eight. "La réalisation doit être un truc de jeune", justifie-t-il. Mais doit-on vraiment croire à cette annonce fracassante ? En attendant une hypothétique retraite, le réalisateur de Pulp Fiction - qui a chamboulé le 7e art il y a 22 ans avec le génial et glaçant Reservoir Dogs - est toujours aussi présent dans l’actu. Trailer et casting de Hateful Eight dévoilés, diffusion de scènes coupées de Pulp Fiction, Tarantino fait encore vibrer le coeur des squatteurs de salles obscures.

Sa recette ? Un mélange savant de références cinéphiles, d’humour noir, de violence et de kitsch, sans oublier une inspiration puisée dans l’univers de la série B. Green Room Session vous explique comment ce sous-genre et plus généralement le cinéma de genre sont devenus le moteur de l’oeuvre de Quentin Tarantino.

La série B ou une certaine idée de la liberté au cinéma  

Le terme de série B évoque souvent un film mal réalisé, mal joué et complétement débile. Mais l’expression désigne au départ les "B movies" apparus dans les années 30, à savoir des films projetés en seconde partie de soirée au cinéma. L'idée était de proposer une double projection au prix d’une, afin d’attirer plus de monde. Pour que la stratégie soit rentable, on tourne des films plus vite, avec une narration basique et le tout pour moins cher. Sorte de "gonzo cinéma", il donne plus de liberté aux réalisateurs qui se laissent aller à toutes les folies. Un vent de fraîcheur souffle sur ces oeuvres. Le genre devient très populaire et le réalisateur Roger Corman - que Tarantino devrait interpréter dans un film encore en préparation - en est l’une des grandes figures. Son film La Petite Boutique Des Horreurs, sorti en 1960, est resté culte.

Dans son premier film, le huis clos de malfrats Reservoir Dogs sorti en 1992, les références au genre sont légion. D'abord au Quatrième Homme, de Phil Karlson (1954) mais aussi aux Pirates du Métro de Joseph Sargent (1974), où les personnages sont aussi désignés par des couleurs : Mister Brown, Mister Blue etc. 

L’hommage vibrant à la Blaxploitation

Les années passant, Tarantino reste toujours autant influencé par les sous-genres mais glisse de l’un à l’autre au gré des films qu’il réalise. Jackie Brown sorti en 1997, avec la flamboyante Pam Grier, est un hommage vibrant aux long-métrages de la Blaxploitation, sexy, violent et baigné dans la funk et la soul.

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L’actrice principale n’est autre qu’une ancienne star du mouvement, rendue célèbre grâce au film Foxy Brown, l'histoire d'une redresseuse de tort à New York.

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Tout comme il remettait au goût du jour la série B avec son premier film en lui redonnant une vraie place dans le panthéon du cinéma, il permet à des millions de personnes de redécouvrir ce genre oublié et empreint de l’esprit de lutte d’une époque : les années 70 aux Etats-Unis. La Blaxploitation visant à donner des rôles de premier plan à des acteurs noirs, dans une démarche militante.

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Le summum de sa référence au cinéma de genre viendra avec le diptyque Grindhouse en 2007 - Boulevard De La Mort de Tarantino et Planète Terreur de Robert Rodriguez -, sanglant, gore mais drôle à la fois, qui rappelle les road movies bas de gamme des années 70. Spots projetés avant le film, faux raccords, mauvaise mise au point… Les défauts des films underground et petit budget de l’époque sont repris avec précision par le cinéaste, spectateur averti et pointilleux qui connaît tout des ficelles des films qu’il affectionne. Il rend ainsi hommage à toute une production qui s’est construite en parallèle de ce qui se faisait dans le cadre du "Nouvel Hollywood", mouvement devenu une référence qui cassait lui aussi les codes des grands classiques américains.

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Les films de kung-fu et Kill Bill

Avec Kill Bill en 2003, Tarantino passe à un autre genre : le film d’action, inspiré cette fois par le cinéma de série B chinois. Oui ça a l’air très pointu mais cela donne surtout un chef d’oeuvre en deux volets qui a marqué les esprits. Avec ces deux longs-métrages, Tarantino s’empare des codes des films produits par un célèbre studio hong-kongais, le Shaw Brothers, spécialisé dans les films de kung-fu.

L’hirondelle d’or de Kin Hu (1966), l’histoire d’une jeune fille qui part chercher son frère dans la Chine médiévale, l’a fortement inspiré pour les combats chorégraphiés. Mais d’autres films, cette fois-ci japonais, l’ont également influencé, comme La Femme Scorpion de Shunya Ito, sorti en 1972, histoire là aussi de la vengeance d’une femme. La musique du générique, "Urami Bushi", est d’ailleurs reprise par Tarantino dans Kill Bill.

Le Western Spaghetti et l’esclavage

Avec Django Unchained en 2012, Tarantino se frotte à un genre inédit pour lui : le western et en particulier le sous-genre du western spaghetti. "Je suis très influencé par Leone, mais comme je ne fais pas de westerns, je m'approprie son style", a expliqué Tarantino aux Cahiers du cinéma. Si Sergio Leone, maître du western, et son compositeur Ennio Morricone restent des références incontournables pour le réalisateur, Tarantino s’est aussi largement inspiré de ce pendant italien du western américain. Et en particulier Django (1966) de Sergio Corbucci.

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Dans Django Unchained, les deux figures tutélaires du western américain et italien sont présentes pour donner un film tout à fait à part puisqu’il prend pour thème l’esclavage avec dans le rôle du héros un Noir, pas vraiment le sujet habituel d’un film de cow-boy. Une manière comme toujours de se réapproprier les genres - film de voyous, road-movie, film de kung-fu etc. - tout en y apposant sa signature et une lecture très personnelle. 

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Crédit photo : Mark Seliger