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Félix de Givry : "'Eden' plaira aux gens de ma génération"

Félix de Givry : "'Eden' plaira aux gens de ma génération"

A l'occasion de la sortie aujourd'hui en salle d'Eden, film sur les joies et peines d'un DJ en pleine période French touch, on a rencontré Félix de Givry, l'acteur principal. On a discuté cinéma, musique de Pain Surprises (le collectif dont il fait partie) bien sûr, mais il nous a aussi offert une playlist entre sons d'hier et d'aujourd'hui... Parfait pour occuper son trajet vers le ciné ce soir !

Félix de Givry, 22 ans, n'aime pas les cases. Pas du tout. Ce n'est pas parce qu'il est à Sciences Po qu'il ne peut pas s'impliquer dans Pain Surprises, le collectif qu'il a fondé avec des amis il y a 3 ans. Et ce n'est pas parce qu'il joue Paul, personnage inspiré de Sven Love, dans Eden, qu'il ne va plus se consacrer qu'au cinéma. Non, l'acteur-organisateur de soirée-étudiant n'a pour l'instant aucune envie de choisir. On parlera donc d'un peu de tout, alors qu'Eden sort aujourd'hui, attablés dans le café de l'Hôtel Amour à Paris. 

Green Room Session : Commençons pas le commencement : comment t'es-tu retrouvé embarqué dans le projet Eden

Félix de Givry : Un de mes meilleurs amis rêve d'être acteur, il est allé à un casting d'un film d'Olivier Assayas et je l'ai accompagné. La directrice du casting était la même que sur le film de Mia Hansen-Love, et elle m'a rappelé pour Eden parce que je lui avais parlé de Pain Surprises et que ça résonnait bien avec le thème du film. 

Tu connaissais le son que passait Sven Love avant d'être pris ? 

Je connaissais de nom, via les soirées Respect. Mais au final, je me suis rendu compte que c'était assez proche de nos soirées assez disco de Pain Surprises. Même si c'est moins gospel, j'ai ressenti une sorte de filiation, notamment de par l'utilisation du piano. 

Comment as-tu appréhendé tes débuts au cinéma ?

Plutôt bien, on a passé beaucoup de temps ensemble avec Mia et Sven, donc ça c'est passé plutôt naturellement. Quand la directrice de casting m'a recontacté, j'étais à Los Angeles pour ma troisième année de Sciences Po. Pendant ce temps-là, j'avais un ami acteur qui passait le casting pour le rôle de Stan : j'étais sûr que c'était ça le premier rôle. Alors quand Mia m'a dit "tu seras Paul", je pensais que c'est un second rôle, j'ai bien été surpris quand j'ai vu Paul écrit partout ! Mais on a tellement lu le scénario, rencontré des gens, écouté de la musique... Qu'au moment du tournage, il n'y avait plus de pression. 

Le film sort aujourd'hui. Stressé ? 

Un peu oui, aussi parce que je fréquente beaucoup de gens qui sont liés de près ou de loin au film... Beaucoup l'attendent, peut-être que certains seront déçus. Mais moi j'en suis très content, je le trouve fidèle à son ambition première et réussi. Après oui, c'est forcément angoissant, je me dis qu'il y aura pas mal de haters parmi les gens de mon âge (rires)

EDEN 5

Pour toi, en quoi Eden peut toucher les jeunes sachant qu'il parle d'une époque révolue ? 

Il y aura trois types de spectateurs pour moi. Déjà, ceux qui ont vécu cette période-là : soit ils adoreront et seront nostalgiques, soit ils vont complètement rejeter le film parce qu'ils n'ont pas vécu cette période avec le même angle de vue. Les très jeunes pourront se retrouver dans l'aspect festif et l'émancipation vis-à-vis de ses parents, d'autant qu'ils découvrent totalement cette musique (alors qu'à ma génération, on avait encore un lien avec ce style). Eden plaira je pense encore plus aux gens de ma génération. Pour les gens de mon âge, entre 20 et 30 ans, on est les plus à même de se retrouver dans le film, entre euphorie et mélancolie : on est en train de vivre ces années d'excitation mais on appréhende aussi ce qu'est l'âge adulte. On a plus d'opportunité qu'à cette époque même si on ne vit pas cet âge d'or là. 

Est-ce que, via Pain Surprises, tu te retrouves dans les personnages très utopistes du film, décidés, en bande de copains, à changer la musique, le regard porté sur l'électro, organiser des soirées... ? 

On est plus responsable, moins hédoniste et carpe diem, on arrive plus à structurer et entreprendre -- quitte à être plus angoissés aussi. Eux vivaient vraiment au jour le jour, ils dépensaient tout leur argent... Nous on a vraiment envie de construire quelque chose sur la durée avec Pain Surprises, et toujours être pluridisciplinaires, sans ne faire que des soirées. On veut en faire une vie, pas simplement un passage de jeunesse. Mais on est évidemment très utopiques, heureusement !

Quels sont les projets chez Pain Suprises ? Tu n'as pas peur de perdre les gens à être si pluridisciplinaires ? 

On aime bien que l'idée d'un individu appartienne à tout le monde, qu'on puisse tous dire "on". On a envie de perdre le côté identitaire et individualiste de notre société, et de se séparer de ce côté très français de mettre les gens dans des cases. On a un projet de série télé et un documentaire sur les vrais gens qui ont inspirés Eden,  assez centré autour des soirées Respect, prévu plutôt pour 2015. Sinon on développe notre label, en ayant signé Grand Soleil pour nous sortir un peu de Jabberwocky uniquement. On a aussi notre marque de vêtement, aussi plutôt pour 2015, qui s'appellera Cactus, ainsi qu'un projet de magazine, Shut Magazine, qui intéressera à "tout ce qui se passe derrière la porte".

Et enfin, le projet qui me tient vraiment à coeur : on a pris des grands bureaux à Montreuil, et on a un studio. On aimerait bien le prêter à des artistes, connus ou pas connus. L'idée c'est de leur faire faire des morceaux très différents de leur style habituel, qu'Etienne Daho fasse un titre techno par exemple. On sortirait les morceaux sur une plate-forme sans préciser le nom de l'artiste, et les gens voteraient pour leur son préféré, sans étiquette de style ou de notoriété. Les quatre morceaux les plus votés seront pressés sur vinyles collector -- ce ne sera qu'à ce moment-là qu'on révélera le nom de leur auteur, et uniquement sur ces quatre morceaux-là : si la techno d'Etienne Daho ne fonctionne pas du tout, ça restera anonyme ! 

Revenons à nous moutons : est-ce que tu as eu un coup de coeur dans la BO d'Eden ?

"Sunshine People". Au départ, ça devait être "1999" de Cassius, mais c'était compliqué de l'intégrer au film à cause des nombreux samples (et du coup des droits d'auteur). Du coup, ça m'a permis de découvrir ce "Sunshine People" de Cheek remixé par DJ Gregory. Un excellent morceau pour un DJ c'est un titre qui contient déjà de la dynamique. C'est totalement le cas dans celui-là. 

Et puis, bien sûr, "Sueno Latino" de Derrick May : 

Toujours prompt à faire (re)découvrir de bons sons, Félix de Givry nous a également concocté une playlist spéciale French touch, avec 5 titres de 1983 à 2001 puis cinq héritiers d'aujourd'hui. Il explique ses choix ci-dessous. 

1983: Peech Boys - "Life Is Something Special"

"J'ai découvert ce son avec les playlist de la BD Le Chant de la Machine écrite par David Blot et dessiné par Mathias Cousin. Il raconte notamment l'époque dorée du "Paradise Garage" et on se projette facilement avec ce son produit par Larry Levan au petit matin en train de reprendre les paroles en coeur."

1988 : Inner City - "Big Fun"

"Un classique que j'écoutais déjà beaucoup avant le film et qui pour moi annonce déjà ce qu'il peut y avoir de "pop culture" dans la musique électronique alors que le morceau date de 1988. En écoutant les gros hits pop des 20 années qui ont suivi, on reconnait parfois des formes d'hommage à ce morceau."

1989 : Joe Smooth - "Promised Land"

"Ma vraie découverte garage du film pour ce côté hymne, cette rythmique entraînante et surtout ces paroles qui résonnent. Comme si les années 90 avaient été un "trou noir", un moment entre parenthèse entre la chute du mur de Berlin et des guerres idéologiques et la chute des tours le 11 septembre. Douze années avec la sensation de pouvoir rejoindre la terre promise depuis chaque dancefloor."

1992 : MK - "Burnin'"

"C'est la face A d'un autre morceau de Mark Kinchen qui est dans le film MKappella. La face positive, et surtout le gros tube de ce producteur avec Nightcrawlers. Ce morceau est intemporel et continue de porter cette magie, cette joie d'une autre époque dans le clavier répétitif dont on ne se lasse pourtant jamais jusqu'à la fin."

2001 : Octave One - Blackwater (Octave one strings vocal mix)

"Un son que j'ai découvert grâce au film. Il date de 2001 qui est une date charnière pour cette génération, entre l'euphorie de la montée et la mélancolie de la descente. Le morceau se tient juste sur un fil. C'est d'ailleurs pas un hasard je penses qu'il ouvre le début de la deuxième partie du film."

2014 : Jamie xx - "Sleep Sound"

"Peut-être le nouveau producteur qui réussit cette combinaison entre pop et house. Ce que j'adore dans ce morceau c'est qu'il nous surprend en permanence sans jamais avoir un élément en trop. Tout se combine parfaitement."

2009 : Rone - "Bora Vocal"

"J'admire énormément Rone. Il arrive a digérer beaucoup d'influences et transmettre une émotion comme peu d'artiste savent le faire aujourd'hui. Maintenant que la musique électronique est partout je trouve ça génial de l'utiliser comme moteur pour faire passer des messages, et ici il accompagne juste un texte superbe sans jamais se mettre en travers. J'ai hâte de découvrir son nouvel album."

2013 : FKJ - "Instant Need"

"Gros gros coup de cœur pour FKJ qu'on connaît assez bien avec Pain Surprises puisqu'on est proche de Roche Musique. Un vrai musicien qui joue de tous les instruments et qui, à l'instar d'un Saint-Germain dans les années 90, prend beaucoup de tendances actuelles à contre-pieds en mettant une vrai touche jazz/funk dans ses morceaux."

2014 : Jabberwocky - "Pola (Grand Soleil remix)"

"Un remix de notre nouvelle signature sur notre label sur le dernier single de Jabberwocky, qui était notre première signature. Deux frangins qui ont été énormément influencés par les années 80/90. J'aime beaucoup de côté un peu Siriusmo du morceau et en même temps léger."

2014 : Jungle - "Lucky I Got What I Want"

"A l'inverse des années 90, on sent un vent de fraîcheur qui vient de l'Angleterre. A mon avis XL Recordings est probablement le meilleur label du monde à l'heure actuelle."