JE RECHERCHE
Pitchfork 2014 : l'essentiel du jour 1

Pitchfork 2014 : l'essentiel du jour 1

Pitchfork an 4, action. C'est parti depuis hier 18h et dès le premier soir on en a eu plein les yeux. Sur scène James Blake, qui divise le public en deux, les fans d'un côté, ceux qui s'ennuient un peu de l'autre ou le show très cinématographique de l'Anglais Jon Hopkins ont forcément compté parmi les temps forts. Dans la salle, comme toujours à Pitchfork il y en a aussi pour tous les goûts. Green Room Session vous dit ce qu'il faut retenir de cette première journée.

Le concert du jour : Mogwai

24(Crédit photo : Michela Cuccagna)

Un peu de contexte : cela fera 20 ans l’an prochain que Mogwai aura allumé les amplis. Si on faisait une infographie du kilométrage de chaque groupe présenté au Pitchfork cette année, le gang de Glasgow tiendrait évidemment la première place (à égalité avec The Notwist tout de même), la concurrence pouvant encore compter ses poils au menton. Et après des wagons d'albums, on aurait pu s’attendre à une prestation « diesel », avec une bonne set-list en mode best of. Naïfs, nous sommes. Le fait que Mogwai n’ait plus de secret pour nous en live n’a pas empêché notre système pileux de réagir dès les premières notes de guitares de Stuart Brainwhite, même si l’entame du concert est plutôt conciliante avec les amplis du groupe. Il faut juste attendre le second morceau pour que ce fameux grésillement auditif, qui annonce une quasi saturation du tympan (qu’on aura préalablement équipé de bouchons), déclenche le levier « adrénaline ». Impossible de ne pas succomber, tant l’expérience corporelle prend le pas sur l’esprit. Dans une ambiance studieuse et d'une haute qualité musicale, comme celle qui règne au Pitchfork Music Festival, se prendre une telle machine émotionnelle en pleine poire est évident. Ces types ont beau ressembler de plus en plus à des tontons ventripotents, ils font partie des mecs capables de se pointer comme ils sont, et de balancer la musique la plus forte du monde. Dans tous les sens du terme.

La rencontre du jour : Ebba et Ebba

21(Crédit photo : Michela Cuccagna)

L’espace foodtruck du Pitchfork Music Festival c'est une peu la tour de Babel. On y croise toutes les nationalités, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne… Les spectateurs déambulant dans les larges allées extérieures sont venus comme chaque année de toute l’Europe. C’est ainsi qu’on a rencontré Ebba et Ebba, des Suédoises qui ne partagent pas que leur prénom : c’est deux-là font tout ensemble. « On s’est rencontré en summer camp, depuis on est meilleures amies. En plus, on vient toutes les deux du même quartier de Stockholm. On fait tous les festivals ensembles, comme le Way Out West et le Emmaboda en Suède ». Niveau goûts musicaux, par contre, ça se corse. Si l’Ebba en robe longue est venue à Paris pour Belle & Sebastian (elle les a vus il y a 4 ans en Suède et ne s’est jamais remise), sa copine en crop-top préfère Jamie XX, qui passera samedi. Au moment où on leur demande si une seule chose les a chiffonné pendant ce premier jour – les deux affichent un sourire à toute épreuve --, la réponse étonne : non.  Ebba et Ebba ne sont pas du genre à râler pour tout, contrairement à  beaucoup de Français il faut bien le reconnaître. Ah si quand même, un truc les a froissées: « On a été un peu choqué par les ateliers de masques d’inspiration indienne, en forme d’oiseau. Ça ressemble quand même beaucoup à de l’appropriation culturelle. Les jeunes en Suède sont sensibilisés et pensent beaucoup à ce genre de sujets : la culture, le féminisme… On ne verrait pas ce genre de stand à Stockholm sans que des festivaliers soient choqués. » Outre la musique, c’est aussi ça la beauté du Pitchfork : rencontrer et apprendre.

Le stand du jour : les nœuds papillon Messieurs-Dames

27(Crédit photo : Michela Cuccagna)

Pour hommes, pour femmes ? Les nœuds papillons Messieurs-Dames, créés par la Marseillaise Elodie Soldaïni, conviendront autant aux plus féminines qu’aux grands bonhommes avec leurs attaches entièrement réglables et leurs motifs à la fois mignons et originaux. Son préféré ? Un modèle graphique noir et blanc avec une pièce métallique en forme de cerf. « Il a beaucoup de caractère », raconte la créatrice avec un léger accent phocéen. « Être créative sur si peu de tissu, c’est un challenge ». Autrefois styliste-modéliste, Elodie s’est lancée dans le « papillon » quand un ami lui a commandé un pantalon sur-mesure : elle cherchait un accessoire original. Une affaire qui décolle depuis la loi sur le mariage gay, alors que plusieurs couples vont la voir pour leur costume de noces. Elle s’est aussi mise à la construction de broches en papier enduit, type origami, et est très enthousiaste à l’idée de vendre ses petits nœuds au Pitchfork : « L’organisation de Klin d’œil (le collectif en charge du market du festival) est super ! ». Ce week-end, elle vend ses créations entre 30 et 50 euros, moins cher que dans ses deux points de vente (au Village dans le 10ème arrondissement de Paris et à la Mandragore à Bordeaux) : profitez-en !

La bonne surprise du jour : The Notwist

7m(Crédit photo : Michela Cuccagna)

Il faut être honnête personne ne comptait vraiment sur les Allemands mélancoliques de The Notwist pour secouer cette première journée du Pitchfork. En quinze ans d’une carrière à éclipses, marquée par de longues périodes de silence durant lesquels chacun des membres s’active en solo, le groupe des frères Acher n’a que rarement apprécié les coups d’éclat. Malgré leur discrétion, ces vétérans du mariage entre le rock indé et l’electronica sont éminemment respectés par le petit monde de la musique. Après des disques en demi-teinte, Close to the Glass, sorti au début de cette année, est enfin arrivé comme le beau post-scriptum que méritait leur chef d’œuvre de 2002, Neon Golden. Et sur scène hier soir, ils ont réussi à transcender la dimension intimiste de leur musique pour donner un souffle inattendu à leur indietronica souvent trop neurasthénique pour briller sur scène. Pour une fois ils n’avaient pas l’air perdus, maitrisant le son et l’espace, avec force et assurance. Une bonne surprise, tout simplement.

L’interview du jour : Mobile Vinyl Society

31(Crédit photo : Michela Cuccagna)

Ils sont trois, ils portent la blouse blanche de ceux qui connaissent leur sujet, et leur boulot est de graver des vinyles. Et ce week-end, ils produisent des maxis carrés en plexiglas pour le compte de Converse, dans le bar privé où se rencontrent artistes, journalistes et « gens du métier ». Rencontre express avec les savants fous de la Mobile Vinyl Society.

Green Room Session : C’est quoi, votre job ?

Erwann : Là, on grave des mini-compilations pour les gens qui veulent repartir avec un souvenir. Ils peuvent choisir parmi une playlist d’une vingtaine de morceaux, avec des artistes du festival. Avec ces deux machines que tu vois autour de nous, on crée le sillon directement sur du plexiglas, dans l’absolu on peut travailler plusieurs matières mais pour cet événement on a pensé que le format plairait !

Et dans la semaine, vous gravez des vinyles aussi ?

Cyril : Oui, là on travaille en partenariat mais on fait ça aussi pour plein d’occasions. Si tu as un petit groupe de punk qui démarre et qui veut faire un tirage limité, on peut essayer de travailler ensemble. Parfois aussi, on nous appelle pour graver des enregistrements de lives de release parties, pour que les spectateurs repartent avec un objet qu’ils seront presque les seuls à posséder… Le but, c’est de proposer nos services aux amoureux de la musique et de l’objet, avec les contraintes qui sont les nôtres parce que ça nécessite un travail de mixage particulier en amont, mais au final on défend un support qui nous tient à coeur.

Et là, vous en êtes à combien ?

Erwann : On en a fait 70, 80… Je sens que samedi le chiffre va grimper en flèche.

Le sandwich du jour : Paperboy

25(Crédit photo : Michela Cuccagna)

Entre hot-dogs, burgers et fish & chips, il y en a un qui nous a particulièrement intrigué. Peut-être est-ce parce qu'il est servi dans un papier kraft qui empêche à quiconque autre que son heureux détenteur de savoir à quoi ressemble ce fameux Paperboy. Peut-être aussi parce qu'il a le nom d'un film bien étrange qui avait mis à l'affiche Nicole Kidman et l'ex-Disney Zac Efron. Mystère résolu : Paperboy est un sandwich aux saveurs de New York dans une baguette bien française. Un joli combo fait de viande fumée (on dit plutôt Smoked Meat du côté du Canal Saint Martin), de gerkhins, de moutarde et de miel fait maison. Simple et efficace.

La photo du jour : "Hey les gars, vous vous êtes trompés c'est Pitchfork ici, pas le Hellfest."

32(Crédit photo : Michela Cuccagna)