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Wax Tailor fête ses 10 ans de carrière : l'interview et la vidéo de 'B-Box on Wax' en exclu

Wax Tailor fête ses 10 ans de carrière : l'interview et la vidéo de 'B-Box on Wax' en exclu

En 2004, Wax Tailor, représentant français du hip hop orchestral, sortait son premier album, Tales of the Forgotten Melodies, et son indétrônable tube "Que Sera". Pour fêter sa première décennie, il créé le projet "Phonovisions Symphonic Orchestra", une relecture de 27 titres issus de ses quatre albums jouée par un orchestre symphonique et mise en images par une dizaine de réalisateurs. L'occasion pour Green Room Session de rencontrer ce créateur hyperactif. 

Green Room Session : Pourquoi as-tu décidé de réinterpréter tes morceaux en version symphonique ?

Wax Tailor : On m'a proposé de faire un projet articulé autour de la scène et des nouvelles technologies. Le projet me paraissait super excitant mais ce n'était par forcément le bon moment : je sortais d'une grosse tournée et j'avais plutôt envie de retourner en studio. Je me suis dit : la seule chose qui pourrait me motiver serait de le faire en symphonique puisque c'est quelque chose que je voulais retravailler depuis longtemps. Je leur ai proposé en pensant qu'ils ne voudraient pas et ils m'ont dit oui.

Y a-t-il eu des morceaux qui ne se laissaient pas retravailler, ou au contraire qui ne demandaient que ça ?

Il y a des morceaux que j'ai écarté parce que je n'avais pas d'évidence ou au contraire parce que j'en avais trop. Certains morceaux sont très connus mais ce n'est pas pour ça qu'il faut les condamner. « Que Sera » par exemple, pourquoi ne pas le refaire alors que j'ai plein d'idées et que j'ai un vrai plaisir à le jouer en live ? Ou il y a des morceaux que tu n'as jamais joué en concert parce que l'occasion ne s'y prêtait pas. Là, j'ai une proposition différente puisque je joue dans une salle assise - ce que je ne fais pas habituellement. C'est un luxe, comme un plaisir de fin gourmet. Je peux aller dans les nuances, on a le temps.

Tu as travaillé avec des chercheurs de CNRS et d'autres laboratoires. Qu'avez-vous fait ?

L'idée était d'explorer le champ des possibles. Ce n'était pas de dire « il faut absolument qu'on ait des choses » mais je voulais prendre le temps de voir ce qui existe. Je ne voulais surtout pas m'obliger à utiliser des technologies sur lesquelles je n'ai pas d'idée, des technologies creuses. Je suis allé voir des chercheurs qui travaillent sur les textiles innovants. Je voulais faire contrôler des tenues en photoluminescence par mon éclairagiste. On l'a fait développer, on l'a essayé et je me suis dit que ça faisait sapin de noël donc on ne l'a pas fait. On a essayé la vidéo 3D mais ça faisait too much avec les 50 musiciens. Et c'est là que ça a fait "tilt" : les musiciens, c'est ça le cœur du spectacle. Du coup on a recentré sur la partition visuelle. J'ai monté une équipe d'une dizaine de réalisateurs et je leur ai dit de ne pas attaquer avant qu'ils aient reçu tous les arrangements, toutes les orchestrations. C'est ce qu'il faut raconter : l'exécution, les 50 musiciens qui interagissent. Les lumières, les installations, c'est un écrin.

Tu as quand même gardé certaines technologies ?

On a gardé quelques trucs. C'est assez gadgets pour être honnête. Par exemple à Lille on a donné des brassards au public pour qu'ils écrivent quelque chose avec et qu'ils interagissent. Ça a marché un soir, le deuxième soir ça n'a pas marché et le troisième soir j'ai dit « on arrête ». Ça marche quand tu es Coldplay et que tu fais le stade de France. Mais je revendique le droit de me tromper.

Et du coup, qu'as-tu mis en scène avec ton équipe de réalisateurs ?

Il y a rien de véritablement narratif parce qu'on en sortait avec Dusty Rainbow From The Dark et je voulais vraiment aller vers quelque chose de beaucoup plus abstrait, mais qui servaient le propos. L'idée était d'avoir des interactions: quand tu envoies un son, il se passe quelque chose de visuel, une vrai concordance. Tout a été pensé autour de ça; avec des axes très différents: il y a des choses très graphiques, d'autres plus poétiques, des images filmiques, beaucoup de jeux avec les lignes qui font résonance avec des lumières. Ça joue vraiment sur le sensoriel.

Tu parlais de trouble des sens : mettre le son en image et l'image en son...

Oui. Phonovisions. D'ailleurs c'est un titre de Dusty Rainbow. C'est un peu comme un spin-off. Il n'y a pas d'histoire à proprement parler sur Phonovisions mais je suis parti de ce moment de l'album où l'enfant est dans sa quête de son Dusty Rainbow et est dans cette fatigue trouble. Je jouais avec les mots : entendre les images et voir les sons. J'aimais ce trouble là, l'idée qu'il y ait une force d'évocation dans la musique, qu'elle t'évoque des images. Pour moi, c'est l'idée de Phonovisions.

Comment s'est déroulé le projet ? Ça ne doit pas être facile de travailler avec autant de monde.

C'est véritablement un projet en deux temps : le projet personnel et l'expérience collective. C'est-à-dire qu'il faut que tout soit méticuleusement articulé, préparé. C'est une grosse machine, on était 78 sur la route avec l'équipe technique, tu ne peux pas laisser de place au hasard. Il y a beaucoup de travail en amont.

Tu as passé ta carrière en indépendant. Pourquoi ce choix ?

Je n'arrive pas à me désolidariser de la chaîne. C'est une démarche d'artisan : tu ne donnes pas seulement de la musique, c'est un projet complet, une image et il faut que tu puisses en être garant. Même si c'est chronophage.

10 ans de carrière. Quel est ton bilan, de quoi es-tu le plus fier ? 

Si je devais retenir une chose c'est d'avoir tenir la barre 10 ans en tant qu'indépendant, sans concession. Après, il y a plein de choses géniales. C'est 10 ans à 200 à l'heure avec des tonnes de projets que je n'aurais jamais rêvé de faire. 10 ans, c'est magique et je suis vraiment fier d'avoir fait ça et de l'avoir fait comme ça. Quand tu as tout fait tout seul, qu'au début tu as mis 2000 euros sur la table – sans vouloir faire ma Cosette – et que tu t'es vraiment démerdé à partir de ça, tu le vois et le savoure différemment.

Quels sont tes projets pour la suite ? 

Ce projet Phonovisions est vraiment le plus important pour moi. Anecdotiquement, la réédition de Tales of the Forgotten Melodies début 2015, ça me fait plaisir et c'est un album qui compte pour moi. Et surtout, dès le mois de décembre le projet est de retourner en studio. Sans impératif, sans speed, mais ça fait trois ans que je n'ai pas pu me concentrer sur la musique et ma casquette de musicien.