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On était à la soirée d'ouverture Green Room Session du Pitchfork festival au Trabendo

On était à la soirée d'ouverture Green Room Session du Pitchfork festival au Trabendo

Pitchfork est un peu au rock indé ce que Denzel Washington est au film d'action senior : une valeur sûre. Du coup tout mélomane qui se respecte attend chaque année (depuis quatre ans) son ouverture en trépignant. On y a dansé et on vous dit tout.

ambiance

Ce qui est bien avec le festival Pitchfork, c'est que le spectacle n'est pas seulement sur la scène, mais aussi dans le public. Pedro Winter, le programmateur des Eurockéennes, l'équipe du festival et du site américain, des filles ultra lookées aux airs de mannequins qui parlent dans toutes les langues, des mecs avec des lunettes bizarres et de belles casquettes, des robes à paillettes et des chemises chatoyantes égaient la rétine avant même que l'ouïe soit sollicitée. Ce soir, le plaisir sera aussi auditif, pour une programmation homogène à la coloration pop-électro-funk romantique et sensuelle.

shura

Les festivités commencent en douceur un peu avant 20h avec la très chou Aleksandra Danton alias Shura. A 23 ans seulement, cette blondinette en casquette à l'envers (oui mais rien à voir avec Sexion d'Assaut), chemise oversize et slippers, ressemble à la petite sœur de la chanteuse de London Grammar. Entourée de deux garçons mignons - l'un aux synthés, l'autre aux percus électroniques - l'Anglaise d'origine russe incarne le renouveau de la jeune scène R&B d’Outre-Manche, évoquant un mélange de Sade, des Cocteau Twins et de Jessie Ware. Sa musique éthérée aux consonances pop 80's fait rêver les premiers arrivés, déjà nombreux, et parvient même à les faire s'agiter gentiment vers la fin du set. Un bon début.

all we are

Quelques minutes après, c'est le trio All We Are de Liverpool qui lui emboîte le pas, en l'accélérant gaiement. Le groupe se détache par le charisme de l'Irlandais Richard 'O Flynn (batterie/voix), sosie parfait de Brian Austin Green période Berverly Hills (avant le relooking par Megan Fox). En l'écoutant, on pense parfois à George Michael qui aurait repris la tête d'une formation indie pop moderne teintée de funk. Leur pop synthétique sexy qui a récemment séduit en première de London Grammar au Palais des Sports, donne quelques fourmis dans les jambes et fait bouger les corps des danseurs (et surtout des danseuses) au milieu d'une foule de plus en plus compacte. Sur le dernier morceau, trois blondes en short montent sur scène pour se trémousser avec eux. Une petite victoire pour la formation qui possède déjà un tube, le mi-disco, mi-planant « I Wear You ».

kelela

Un passage sur la terrasse pour saluer quelques connaissances, et c'est la très belle Kelela Mizanekristos qui monte sur scène en séduisant dès les premières secondes un public hypnotisé. Accompagnée d'un DJ, et magnifiée par une combinaison noire futuriste et de longues tresses épaisses (un peu Mia Frye sur les bords), elle pousse sa voix avec une justesse et une émotion qui en font déjà une star, alors qu'elle n'a qu'une mixtape à son actif, l'addictive Cut 4 Me. La salle connaît déjà par cœur « Go All Night » et « The High », mais accueille aussi avec joie de nouveaux morceaux plus dark et mutants comme « The Message » qui fait songer à un Tricky au féminin. Petite protégée de Solange Knowles, Kelela fait partie du renouveau du R&B, complexe, downtempo, minimaliste, vicieux et électronique. D’origine éthiopienne, née à Washington et basée à L.A, elle a commencé à chanter du jazz dans des cafés, ce qui explique son exceptionnelle puissance vocale ce soir. Elle a en tout cas prouvé qu'on pouvait faire danser la fosse en proposant autre chose que du R&B de stade.

kindness

Il se fait désirer Kindness, alors que c'est lui ce soir que tout le monde attend. Mais son entrée en scène en casquette portant l'inscription « true », veste de costard cintrée et chemise graphique noir & blanc se révèle fracassante. Cette grande liane qui ressemble à un croisement entre Boy George, Goofy et Nick Cave sait bouger comme personne. Accompagné de deux choristes ultra sexy habillés comme dans les années 80 (ou le début des 90's) et de son groupe, le sémillant Anglais Adam Bainbridge rappelle avec son énergie communicative ce qui a séduit Philippe Zdar, qui a produit son premier album. L'excellent World, You Need a Change of Mind (2012) est bien représenté ce soir avec des petits bombes funk comme « That's alright » ou « Swinging Party » qui mettent les auditeurs en transe. Les titres de son nouvel album, qui vient de sortir, emportent moins l'adhésion, mais Adam donne tout. Il saisit deux portables parmi le public (dont un modèle très récent et très convoité) pour se filmer ainsi que la foule, monte sur des enceintes, fait de longs speechs entre les morceaux. Arrogant par moments, il peut aussi se montrer très attachant sur des ballades R&B sensuelles, mélancoliques et plus posées. La barre s'annonce dans l'ensemble placée assez haute pour les trois jours de festivals à venir, qui s'avèrent des plus excitants.

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(Crédit photos : Michela Cuccagna)