JE RECHERCHE
Cerrone : la french touch des années disco

Cerrone : la french touch des années disco

40 ans après son premier album, Cerrone revient avec une réédition de son catalogue. Retour sur la carrière d'un artiste hors du commun. 

Comment faisait-on le buzz avant l'arrivée d'internet ? Voilà une question à laquelle Cerrone peut répondre. Nous sommes au milieu des années 70 et ses morceaux ne convainquent pas les maisons de disque françaises : trop longs (son premier morceau, « Love In C Minor » fait plus de 16 minutes) et une sonorité que l'on trouve à l'époque un peu trop étrange avec ses batteries au premier plan. Dans une industrie dominée par les formats radios, la recette Cerrone ne passe pas. Il décide de se lancer seul, sans maison de disque pour faire sa promotion.

La bonne étoile

C'est là qu'un coup de pouce du destin le lancera vers une carrière internationale. Un disquaire, alors qu'il voulait renvoyer un carton d'albums défectueux de Barry White, envoie par erreur son stock de « Love In C Minor » vers New York. Peut-être est-ce la pochette, plutôt provoc pour l'époque, qui a interloqué le disquaire et DJ américain qui recevra ce carton. Il l'écoute, l'aime et le joue en soirée. Un succès : le DJ vend ses 300 albums depuis sa console, raconte aujourd'hui Cerrone.

1976 Love In C Minor

The rest is history. Le tube venu d'ailleurs fait parler. La maison de disque de Donna Summers et Giorgio Moroder se met à la recherche du fameux Cerrone. Ils le cherchent en Angleterre, d'où Cerrone enregistre ses albums et, évidemment, ne le trouvent pas. La maison de disque fera enregistrer une cover au groupe The Heart and Soul Orchestra, qui se placera dans le Top 10 des Etats-Unis. Cerrone, qui a eu vent du succès inattendu de son titre, fonce aux Etats-Unis et se présente à la plus grosse maison de disque de l'époque, Atlantic. "Ils m’ont signé et se sont battus pour que la version originale soit plus importante que la cover, raconte Cerrone. La suite vous la connaissez : c’est ressorti de manière officielle et c’est sorti un peu partout dans le monde."

Disco, sex and fun

Cerrone est arrivé à point. Aux Etats-Unis, le disco est le style en vogue. “Au départ ce n’était pas que de la musique”, précise-t-il. Plutôt un mode de vie fait de fêtes, de sexe, d'hédonisme et d'exubérance. “On faisait beaucoup de fêtes, dans des lofts, des sous-sols, dans des night clubs. On poussait le bouchon loin.” Ses partenaires de soirées s'appellent Jean-Paul Gaultier, Jean-Paul Goude ou Nile Rodgers, qu'il rencontre sur le label Cotillon, branche du label Altantic où ils sont tous les deux, partageant l'affiche avec Isaac Hayes, Quincy Jones ou Jackson 5. “Que des stars”, résume Cerrone, et des créateurs dont le leitmotiv était de “tout faire pour éviter de ressembler à quelqu’un d’autre”.

En 1977, le mythique Studio 54 ouvre ses portes dans un ancien théâtre. Au même moment, Cerrone sort son tube "Supernature". Là encore, c'est un ovni dont il accouche, rempli de synthés et accompagné d'une mise en scène totalement folle. “Atlantic ne voulait pas le sortir, d‘ailleurs. Il me disait "c’est bien dommage, c’est ton troisième album, les deux premiers étaient énormes. Tu ne peux pas tout le temps venir choquer les gens avec tes pochettes, ton attitude un peu provoc." Il a fallu que je l’impose. Résultat, ça m’a fait 5 Grammys Awards. Donc j’ai eu raison.” Et 8 millions d'albums vendus, son plus gros carton.

Un Grammy Award pour le texte aussi. Bien avant que le réchauffement climatique devienne le sujet à la mode, Marc Cerrone s'inquiète de l'état de la planète. “Le texte était important. J’étais encore marqué par le film L'île du docteur Moreau. C'était un message écologique : on est en train de foutre notre planète en l’air.

http://www.dailymotion.com/video/x28v7vn_nile-rodgers-dave-haslam-and-cerrone-talking-about-supernature_music

La chute du disco

1978, le film Saturday Night Fever sort. La disco devient ultra populaire, commerciale. “Toutes les majors du monde entier ont pris leurs artistes locaux et tout le monde s’est mis à faire de la disco, se rappelle Cerrone. En France, on a eu Dalida, Claude François…” L'apogée du disco précipite sa chute. Les sequins et les pattes d'eph seront relégués pour les décennies suivantes aux rayons du kitsh.

Cerrone, lui, en profite pour faire ce qu'il sait faire de mieux : la scène. Il organise des concerts “gigantesques et mégalos”. Comme le concert géant à la Concorde en 1989, pour le bicentenaire de la révolution française devant 600 000 personnes. Il se fait beaucoup sampler aussi, contribuant ainsi à inscrire son oeuvre dans le temps : les Beastie Boys, qui samplent "Rocket In The Pocket" dans leur morceau “Paul Revere”, The Avalanches, Sébastien Tellier, Rohff même, ou encore Paul Mc Cartney. Bob Sinclar aussi, avec son tube “I Feel For You” dans lequel il reprend des mesures de “Look For Love” et qui sortira un an plus tard, en 2001, Cerrone By Bob Sinclar, un album de remixes des tubes de Cerrone.

40 ans après la sortie du premier album de Cerrone avec son groupe The Kongas et 38 ans après le succès international de “Love In C Minor”, Cerrone célèbre sa carrière avec une réédition de son catalogue et bientôt un nouveau live. “Si 38 ans après les gens viennent toujours me voir, c’est que je ne me suis pas trop trompé”, conclut-il.