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Fritz Kalkbrenner : "Je sais faire des grosses basses et des kicks, mais je n’aime pas vraiment ça"

Fritz Kalkbrenner : "Je sais faire des grosses basses et des kicks, mais je n’aime pas vraiment ça"

Figure tutélaire de la scène berlinoise, Fritz Kalkbrenner sort aujourd’hui son quatrième album, Ways Over Water. L’occasion pour nous de rencontrer le cadet, et le plus calme, de la fratrie Kalkbrenner.

Green Room Session : Ton album vient de sortir, comment tu te sens ?

Fritz Kalkbrenner : Plutôt bien et assez sûr de moi. Comment ça pourrait être autrement ? J’ai eu beaucoup de travail et le moment de la promo, de la sortie de l’album, c’est l’occasion pour moi de prendre du recul par rapport à ma musique, ce qui est plutôt bien. Ce n’est pas la première fois que je passe par là, et j’ai été longtemps en studio cette fois-ci, je ne veux plus écouter mes morceaux ! C’est plutôt logique. Quand on va commencer la tournée, je pourrais redécouvrir mes morceaux, ce qui est assez agréable.

ways over water

Sur Ways Over Water on peut entendre beaucoup d’influences jazz et soul, dans quel état esprit tu étais quand tu as composé ?

L’idée était de ne pas rester encore à la même place, ne pas refaire exactement la même chose, aller de l’avant. J’aime vraiment tous ces genres de musique et je me suis dit « qu’est ce que je peux faire et expérimenter ? Quels sont les instruments dont je ne me suis pas servi avant ? » Je me suis mis à travailler avec des clarinettes, des flûtes, des trompettes… Je pense que ça a plutôt bien fonctionné. Le titre de l’album est une métaphore. Tous les jours, des gens comme toi et moi doivent gérer des sérieux problèmes, pas des petits tracas. Et au départ tu as l’impression que tu ne t’en relèvera pas. Un peu comme un vagabond du 6ème siècle qui se retrouve au bord de la mer : il ne sait pas marcher sur l’eau, il doit trouver un moyen. Ways Over Water c’est exactement ça.

Tu as toujours été un grand romantique ?

Je pense oui. Pendant un temps je ne l’ai pas assumé mais ça doit bien vouloir dire quelque chose.

Le groove de tes morceaux est plutôt discret, tu n’aimes toujours pas quand ça tabasse ?

Non. Mais est-ce que mes morceaux sont vraiment « smooth » ? C’est la question. Je sais exactement ce que ça veut dire de faire un morceau punchy, avec des grosses basses et des kicks, mais je n’aime pas vraiment ça. Je veux mélanger ça avec le son un peu sale des vieux vinyles. La plupart du temps les morceaux sont tellement propres que je peux entendre les prises, ce n’est pas mon genre.

C’est difficile de trouver une balance entre les deux ?

Totalement. Un coup c’est trop violent, un coup trop soft. Et puis j’avais envie d’amener de nouveaux instruments comme la clarinette ou la flûte. Sauf que tu écoutes les morceaux et tu te dis « oh mon dieu, c’est beaucoup trop cheesy ». Tu te demandes comment les utiliser sans sonner comme ça. Je me suis posé ces questions en plein milieu de la production. La moitié des morceaux étaient faits et j’ai été obligé de retravailler dessus pour retrouver un côté dancefloor qui avait disparu. Les morceaux étaient un peu cheesy, soft, et je ne voulais pas sonner comme ces compilations qu’on connait tous.

Où et quand devrait-on écouter cet album ?

Quand tu veux ! Je n’ai pas vraiment d’endroit en tête. Ca serait génial si ça pouvait être autant à la maison qu’en club ou à extérieur. Mais non, je ne donnerai pas d’indications comme « il DOIT être écouté comme ça ».

Tu chantes beaucoup sur cet album, c’est quelque chose que tu as envie d’explorer ?

Ca fait partie de ma musique. Je me dis que je suis un producteur qui chante, pas un chanteur qui produit. D’abord il y a la musique, la production. Ça peut même être un instrumental quand j’arrive à me taire ! Mais d’un autre côté, le chant fait vraiment partie de ma musique. C’est une part importante et je ne chante pas juste « chalalala » ou « dance and move ».

Tu vis toujours à Berlin, et tu y a enregistré l’album. Comment tu décrirais la ville aujourd’hui ?

Ça a un peu changé. J’y suis né et j’y ai grandi. Pour moi il y a trois époques. D’abord mon enfance, avant la réunification, où tout était vraiment vraiment différent. Quand j’y repense ça a vraiment l’air irréel. Mais pour moi ça ne vaut pas la peine de trop revenir dessus. Ensuite il y a eu la période chaotique des nineties, où personne n’avait de boulot, où on avait des skinheads et où tout le monde se demandait d’où ils venaient. Aujourd’hui la ville a trouvé un nouveau rôle. C’est un peu une rengaine pour les Berlinois de dire « c’était mieux avant » mais c’est des conneries. A la fin de la journée, il y a beaucoup plus de bonnes que de mauvaises choses qui sont sorties. Les gens continuent à venir à Berlin que ce soit pour la musique ou pour l’art contemporain, et la ville reste accessible. Les loyers sont toujours bas. En comparaison, louer quelque chose à Paris est beaucoup plus difficile, les prix sont tellement aberrants. Tu es obligé de louer un lieu à plusieurs et tu n’as plus rien pour t’acheter du matériel. Ça devient plus difficile à Berlin mais c’est toujours possible, et j’en suis plutôt content.

Tu pourrais quitter Berlin un jour ?

Là tout de suite, je dirais non. Mais ne jamais dire jamais. Quand je serais vieux, je voudrais être proche de la mer. Je ne suis pas juste Berlinois, je suis aussi Prussien. Je connais la langue et il y a une frontière maritime. Un jour viendra peut être où je me trouverai une petite maison, mais ce n’est pas pour tout de suite !