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Le Transbo : "On essaie d’avoir une programmation intelligente à l’échelle de la ville"

Le Transbo : "On essaie d’avoir une programmation intelligente à l’échelle de la ville"

En 1989 ouvrait le Transbordeur, sur un concert de New Order. Épique, raconte la légende, sur fond de bagarre de rock stars et d'instruments qui volent dans la foule. 25 ans plus tard, le Transbo est toujours l'une des salles qui façonnent la vie culturelle lyonnaise. On a discuté avec David Fontaine, directeur adjoint de la salle. 

Green Room Session : Comment la salle a évolué depuis 25 ans ?

David Fontaine : L’équipe actuelle est là depuis 2010. L’idée était de réinsuffler une nouvelle énergie dans la programmation de la salle. On a voulu se reconnecter avec une programmation contemporaine, un peu plus indépendante aussi. On est revenu au fondamentaux de ce qu’était le Transbo à son ouverture avec une culture rock, hip hop, beaucoup d’électro aussi.

D’où vient le nom et quel est l’ADN Transbo ?

Le transbordeur est un système technique, des sortes de grues. Le bâtiment, avant de devenir une salle de concert, était une usine de traitement des eaux. Le pont transbordeur était un énorme outil utilisé dans le bâtiment pour transporter des cuves d’eau qui pesaient plusieurs tonnes. Cet appareil là est resté en mémoire du passé industriel du lieu. Surtout, toute l’architecture scénique s’est construite autour de ce système. Toutes les accroches lumières, son, tout le cadre de scène a été une adaptation de l’ancien système du pont transbordeur. C’est pour ça que le lieu a pris ce nom là.

transbo1L'intérieur du Transbordeur.

Vous n’êtes pas installé dans Lyon même mais à Villeurbanne. Est-ce que ça change quelque chose ?

On a une forme de tranquillité et de liberté d’action du fait que l'on n'ait pas à se bagarrer avec des voisins récalcitrants en permanence.

Surtout, ça accentue la dimension de lieu d’événement. Le public qui se déplace chez nous vient pour une raison précise. On n’est pas un lieu de centre-ville où il y a du passage permanent et où il suffit d’allumer la lumière pour attirer le chaland. Chaque date est un petit événement, quasiment un one shot. Il n’y a pas de semaine type. C’est l’artiste qui prime plutôt qu’un mode de sortie de fin de semaine.

Lyon est une ville qui bouge de plus en plus. Il y a le festival des Nuits Sonores, 10 ans déjà, mais aussi de nouvelles salles qui s’imposent, comme Le Sucre. Concurrence ou émulation ?

C’est une émulation. Les lieux ont chacun leur spécificité. On est plutôt dans une logique complémentaire qu’autre chose. On est dans une communication permanente entre les différents lieux ce qui fait qu’on arrive à pas trop se marcher les uns sur les autres. On essaie d’avoir une programmation intelligente à l’échelle de la ville plutôt que d’être chacun tourné sur son propre lieu et de ne pas s’occuper de ce qui se passe autour.

Il y a aussi la Maison Mère qui a ouvert cette année - un petit café concert de centre-ville, qui peut accueillir 200-300 personnes - il y a des bateaux, il y a pas mal de choses. Le fait que tout le monde soit dans une proposition permanente et de qualité - on se contente pas du DJ résident du coin il y a une vrai logique de programmation - ça a plutôt un effet d’entrainement, sur le public local et en terme d’ouverture sur l’extérieur. On le constate de plus en plus : tous les week-ends, des gens qui ne sont pas lyonnais viennent pour des concerts ou pour des soirées club.

maison mèreLe bar de la Maison Mère

Il y a de nouveaux quartiers, comme la Confluence, quelques uns des meilleurs disquaires de France, une scène locale foisonnante. Ça se sent au quotidien ?

On est dans une ville en mouvement, clairement. Depuis les 10 dernières années, la ville a mutée. Il y a eu de profonds aménagements urbains qui ont véritablement donné un nouveau visage à la ville. C’est cool à vivre, c’est agréable et ça a remis au cœur du sujet toute la vie nocturne, les quartiers de restos etc.

Quelle importance a la scène locale dans votre programmation ? 

Elle est au centre. Pour nous c’est primordial d’avoir un ancrage et une connexion directe avec notre ville et du coup avec ses acteurs. On retrouve des propositions sous forme de cartes blanches à des artistes locaux, ou bien ils sont présents en première partie ou sur les soirées.

Mais ce n’est pas que les artistes, c’est les acteurs au sens large : c’est aussi tout ce qui est petits collectifs, labels, à qui on donne la clé du lieu régulièrement pour construire avec eux des propositions. On a eu par exemple un groupe de pop qui s’appelle Salmon Fishers, on a un collectif plutôt électro, Haste, qui a une résidence ici depuis trois saisons, qui mène une programmation et qui emmène des artistes aussi. Prochainement on fait une release party pour le collectif local Art Feast.

Un groupe lyonnais à suivre ?

Un groupe que j’aime beaucoup, qu’on a fait jouer plusieurs fois, c’est Pethrol. Ils sortent un deuxième EP cet automne. C’est un duo à la compo et trio sur scène, à la croisée du rock, de la now wave et de l’électro avec une imagerie très noire, très sobre. C’est vraiment hyper classe, très maitrisé sur scène. Les compos sont supers, la chanteuse a énormément de présence et je pense qu’ils ont encore un bon petit bout de chemin devant eux.

Depuis 2 ans, vous organisez les Summer Sessions. C’est votre festival maison ?

C’est ce qui ponctue la saison de Transbo. Traditionnellement, la salle avait tendance à laisser la place aux festivals d’été à partir de fin juin. On s’est dit que c’était dommage. Chaque année, il y a des choses qu’on n'a pas pu montrer, pas pu faire. On est sur une jauge plus restreinte, 300-350 personnes, ce qui nous permet de faire pas mal de chose qu’on a du mal à faire le reste de la saison. On travaille quand même majoritairement dans une salle de 1800 places, il y a plein d’artistes qu’on ne peut pas se permettre de faire jouer dans ce cadre là.

On peut faire jouer soit des coups de cœur qu’on a envie de revoir mais qui ne sont pas encore capables de remplir la grande salle, soit des repérages pour la saison à venir ou des choses importantes à nos yeux en terme de proposition artistique mais qui sont encore trop pointues ou très alternatifs. La saison passée, dans ce registre, on a eu des artistes comme Shigeto ou Meridian Brothers.

Un meilleur souvenir de concert ?

La grosse claque ça reste Jack White.

La plus grosse galère ?

Quand on eu a la joie d’avoir un ingé lumière absolument fan de fumigènes qui en a mis tellement que toutes les alarmes incendies se sont déclenchées et tout s’est s’arrêté. C’est The Bewitched Hands qui en a fait les frais. C’était la panique et assez drôle !

Qu’est ce qui s’annonce de beau pour la suite ?

Sur la fin de saison, dans les gros rendez-vous, on a Etienne Daho qui vient poser ses amplis. Black Strobe vient de confirmer ; on est très content, on apprécie beaucoup le travail de Monsieur Rebotini et on n’avait pas eu l’occasion de le faire jouer sur ce projet là. The Kooks reviennent, Christine and The Queens s’annonce comme le carton de la saison prochaine. Et encore pas mal de choses en cours de confirmation.

Toute la programmation ici