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Roche Musique : "La culture club rend le lancement d'un label moins difficile"

Roche Musique : "La culture club rend le lancement d'un label moins difficile"

Malgré la morosité de l'industrie du disque, la scène musicale électro vit un second souffle qui titille nos oreilles et démange agréablement sous les stroboscopes des dancefloors. En témoigne la programmation des clubs parisiens, conquis par une vague house irrésistible et revigorante. Dans ce bain musical bouillonnant, certains font le pari fou de lancer leur label, c'est le cas de Jean Janin, 27 ans, également DJ sous le blaze de Cézaire.

Il a débarqué il y a deux ans et demi sur le ring avec sa petite mais épatante structure, target="_blank">Roche Musique. Dans son écurie, on trouve huit artistes, dont les Français Kartell et FKJ (French Kiwi Juice pour être précis), et d'autres pour des collab' ponctuelles comme le Français Darius et l'Anglais Karma Kid. Green Room Session l'a rencontré.

Green Room Session : Peux-tu nous parler de la genèse de Roche Musique ?

Jean Janin : Cela s'est un peu fait par hasard et en même temps la création du label répondait à un vrai besoin chez moi ! J'avais déjà bossé avec deux autres labels - Man & Man et Zappruder Records – me donnant une petite expérience dans le milieu. Je gérais aussi à Tours, dont je suis originaire, un blog de musique "La boule à facettes", qui m'a permis de rencontrer beaucoup d'artistes dont Kartell (Thomas Thierry de son vrai nom, ndlr). Ensemble on a sorti un premier EP en juin 2012 qui a super bien marché et a confirmé mon envie de me lancer dans la musique. Et puis il y a aussi eu un autre élément déterminant : une blessure que je m'étais faite à l'époque, alors que j'étais en sport études pour devenir basketteur professionnel. Je me suis retrouvé sur un lit pendant deux mois, forcé de réfléchir à mon avenir. J'ai commencé à faire ma musique et finalement je suis parti à Paris pour des études d'ingé-son.

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Jean Janin (centre) lors d'un DJset

Lancer un label aujourd'hui, c'est un pari complètement fou, non ?

Les choses ne sont plus les mêmes qu'il y a six ans, lorsque je suis arrivé à Paris. Aujourd’hui il y a énormément de clubs qui programment de l'électro, avec Le Social Club, le Badaboum, le Faust et d'autres. L'offre s'est beaucoup développée et la demande aussi. Ce contexte est parfait pour nous qui sommes issus de cette culture club et rend peut-être le lancement d'un label moins difficile. D'autant que désormais on peut se faire connaître grâce au web et donc tourner très rapidement à l'étranger. Mais avec Roche Musique, je ne gagne pas d'argent. Alors en parallèle, je bosse sur d'autres projets parce qu'il faut bien que je paie mon loyer, que je mange, que je fasse la fête et que j'invite des copines au ciné ! J'ai donc plusieurs casquettes : je fais du booking, je suis DJ, je fais de l'organisation de soirée et je travaille aussi comme manager avec Kartell et FKJ.

Le terme de funk-house revient souvent pour définir Roche Musique. Comment décrirais-tu ton univers musical et celui du label ?

J'ai un univers très funky, c'est vrai. J'écoute beaucoup de soul, d'artistes de la Motown, de rap mais aussi de deep house. Ces influences là, on les retrouve dans Roche Musique où on essaie de produire un son groovy et joyeux. Pour définir clairement cette identité du label, j'ai écouté énormément de musique, l'idée étant de me faire une culture musicale solide qui me donne une légitimité dans ce milieu. C'est comme ça que j'ai pu établir des liens entre les différents genres et comprendre aussi mes propres goûts.

Il y a quand même une ligne directrice qui se détache : la French Touch...

Cette étiquette nous est tombée dessus sans qu'on cherche à s'en revendiquer. Mais c'est vrai que notre volonté de produire une musique très travaillée, très soignée, comme de la haute couture se rattache à une façon de travailler très française et qui s'exporte bien. On nous a classés dans la catégorie "French Touch 3.0" sans qu'on le cherche vraiment et j'en suis franchement très content ! Globalement, on cherche à faire une musique assez sexy, d'où le nom du label qui vient du morceau "Roche" de Sébastien Tellier (sur l'album Sexuality, ndlr).

Comment fonctionne le label et comment sélectionnes-tu les artistes signés sur ton label ?

En ce qui me concerne, je fais un peu de tout dans le label : je suis le seul gérant, mais je fais aussi le DA et je gère les lancements de projets. Le reste de l'équipe ce sont des free-lance : par exemple pour tout ce qui est visuels je travaille avec Charley Dupont et Renaud Morin, pour les clips je bosse avec le collectif Pain Surprises et j'ai aussi un stagiaire pour m'aider. On essaie de maintenir une identité visuelle – le soleil, la nature, l'été. En ce qui concerne les artistes, l'important c'est d'avoir des gens proches de nous géographiquement parce que c'est plus simple pour travailler, même si cela ne nous empêche pas de signer des artistes qui viennent d'ailleurs comme des des Hollandais ou des Allemands. Et pour les genres, ça va de la house à la funk en passant par le hip hop.

Quelles sont les prochaines sorties prévues chez Roche Musique ?

Nous sommes en train de recruter target="_blank">Plage 84 (jeune DJ de 19 ans originaire de Tours, ndlr) et target="_blank">Chloé Martini (productrice de 21 ans originaire de Pologne). Darius prépare aussi de nouvelles choses. En tout nous avons déjà sorti 13 EP !

Un conseil pour ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure ?

C'est sûr que ce n'est pas le moyen le plus facile de gagner sa vie mais l'important c'est d'être passionné.