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Du flop au top : comment la TR-808 est devenue un instrument culte

Du flop au top : comment la TR-808 est devenue un instrument culte

Lancée en 1980 par Roland, le fabriquant d'instrument de musique électronique japonais, la TR-808 a été un flop commercial. Plus de 30 ans plus tard, la boîte à rythmes est entrée dans la légende, au point de faire l'objet d'un documentaire qui réunit tout le gratin de la scène électro. 

« Rien n'a le son de la 8-0-8 », chantent les Beastie Boys dans leur morceau « Super Disco Breakin' ». Aujourd'hui, on peut affirmer sans ciller que la TR-808 a changé l'histoire de la musique – à commencer par le hip-hop et l'électro. Par l'étrangeté de ses bruits, par les beats furieux que la machine a apportés et parce que la boite à rythmes, conçue pour accompagner les autres instruments, est devenue un instrument à part entière. Pourtant, ce n'était pas gagné.

Un flop commercial

Lorsqu'elle est sorti en 1980, la TR-808 a été un désastre commercial. A cause, en premier lieu, de ce qui fait son succès aujourd'hui : ses bruits si particuliers. Face à elle était la LM-1 Drum Computer, conçu par l'américain Roger Linn, aux sons beaucoup plus réalistes. A une époque ou l'électro n'existe pas encore, l'argument porte : la LM-1 – ou plutôt la LinnDrum, sa version améliorée - terrasse la TR-808, malgré un prix près de quatre fois supérieur.

Trois ans après sa mise sur le marché, Roland arrête la fabrication de ses 808 pour lancer l'année suivante la TR-909, malheureuse héritière qui connaîtra le même destin que son aînée : à peine 10 000 exemplaires seront fabriqués.

Afrika Bambaataa, Marvin Gaye : Succès chez les précurseurs

Malgré ses sons clairement électroniques, bien trop éloignés des sonorités naturelles pour plaire à une génération plus férue de rock que de techno, la TR-808 trouve son public. Le premier groupe a utiliser la boîte à rythme est le Yellow Magic Orchestra, pionniers du synth-pop japonnais.

Kraftwerk, Juan Atkins, Egyptian Lover, Carl Craig... tous ont déclaré leur amour à la machine. Mais c'est Afrika Bambaataa, DJ américain mythique à qui l'on doit la musique hip-hop, qui a contribué à populariser la bizarroïde 808, avec son tube interplanétaire « Planet Rock ». Suivi de près par Marvin Gaye, avec « Sexual Healing ».

Paradoxalement, c'est l'échec commercial de la machine qui fera en partie son succès. Délaissée par ses rares acquéreurs, les quelques 12 000 exemplaires produits fleurissent dans les magasins de seconde-main pour des prix dérisoires. Une aubaine pour les producteurs sans le sous de la new-wave des années 80 qui remettent les sons de la 808 au centre de leurs compositions.

Et la légende fût...

Aujourd'hui, la TR-808 est devenu légende. Chez les fanas de matos déjà, qui ont accueilli avec fébrilité la Roland Aira TR-8, combinaison de la TR-808 et de sa petite soeur, la TR-909 (seule différence, et de taille pour les puristes : la TR-8 n'est pas analogue). L'originale, elle, a le prix qui va avec son statut : une petite fortune à quatre chiffres qui la met hors de portée pour la plupart des aficionados.

Dans la culture populaire aussi, où « 808 » est devenu grosso modo synonyme de « beat ». Kanye West, pape autoproclamé de la culture pop, a écrit en 2008 un album en hommage à la Roland, 808s & Heartbreak. On raconte qu'il aurait dit à un magazine néo-zélandais que la TR-808 est une « piece of shit » et qu'il aurait en fait utilisé la TR-909. Peu importe, c'est bien la TR-808 qu'il a inscrit à la postérité.

Et il n'est pas le seul : en 2003, Outkast chantait “But I know y’all wanted that 808/Can you feel that B-A-S-S bass ?”, en 2006, Robbie Williams se joint à la fête avec « Rudebox » (“And dial 808 for the bass to drop”), puis c'est au tour de Madonna en 2011 avec « Girl Gone Wild » (“When I hear them 808 drums/It’s got me singing”) puis Rihanna dans « Emergency Room » (“You hear that 808, the drum/That’s my heartbeat, I’m going numb”) ou Britney Spears dans « Break the Ice » (“You got my heart beating like an 808 »). Entre autres.

Preuve ultime que la TR-808 a atteint le statut d'icone, le documentaire consacré à la machine a le casting le plus prestigieux, et le plus large aussi. Produit par Arthur Baker, producteur de l'album Planet Rock d'Afrika Bambaataa, 808 réunit Damon Albarn, New Order, Felix Da Housecat, Soul Clap, Richie Hawtin, Fatboy Slim, Afrika Bambaataa, Pharrell mais aussi David Guetta ou Phil Collins. 50 musiciens en tout raconteront leurs souvenirs émus de la cultissime boite à rythmes. La consécration.