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Son Lux : "Nous sommes spectateurs d'une culture qui enferme et restreint les femmes"

Son Lux : "Nous sommes spectateurs d'une culture qui enferme et restreint les femmes"

En attendant son passage au Pitchfork Music Festival Paris le vendredi 31 octobre, on a posé quelques questions à Son Lux, Américain discret nous ayant arraché quelques frissons avec son magnifique Lanterns sorti l'année dernière. On a discuté tournée, adaptation live, fromage... Et bondage. 

Green Room Session : Comment se passe la tournée ? Une petite histoire à nous raconter ?

Son Lux : Notre dernière tournée européenne s'est terminée à Luxembourg. Après la fin du concert, le public n'arrêtait pas d'applaudir et de crier. On est revenu sur scène pour prendre notre équipement et tout porter dans les coulisses, et ils continuaient encore d'applaudir ! Ce n'est qu'au moment où on avait complètement quitté le bâtiment qu'on les a finalement entendu arrêter. Ha ! On a eu des publics très chaleureux, mais cette fois était incroyable. 

Qu'est-ce que vous prévoyez pour le Pitchfork Music Festival Paris ?

On a préparé différentes versions du set, et on décide généralement laquelle on choisit juste avant de monter sur scène : cela dépend de l'endroit et de l'atmosphère dans la salle.

Est-ce que tu as une chanson que tu aimes particulièrement jouer en live ?

Pas vraiment, je ressens les chansons différemment chaque soir. Parfois un titre qui n'est généralement pas mon favori va dégager quelque chose d'imprévu, et on peut sentir qu'il s'ancre profondément dans les gens.

Qu'est-ce que tu aimerais voir comme concert au Pitchfork Music Festival Paris ?

Malheureusement, en tournée on est toujours en train de courir d'une ville à l'autre. On a rarement l'occasion de voir d'autres groupes à cause des balances, du chargement ou parce qu'on joue en même temps. J'ai appris à ne pas me faire de faux espoirs. Mais récemment, on a eu vraiment de la chance et on a joué juste avant Portishead au Melt! Festival en Allemagne (sur une scène différente, bien sûr!). On a pu rester et les voir, et ils étaient absolument époustouflants. Leur musique est une constante source d'inspiration pour moi, depuis très longtemps, mais je n'ai jamais pu les voir en live. C'était un beau moment.

Tu as mis des années à créer Lanterns, est-ce que ça a été difficile de le transposer en live ?

Oui, extrêmement. Lanterns est le premier album pour lequel je prévoyais une tournée, donc j'ai dû former un groupe pour la première fois. Créer les concerts a été un travail d'équipe entre nous trois (Rafiq Bhatia à la guitare, Ian Chang à la batterie et moi-même au chant et claviers). Premièrement, c'était mon boulot de décider quel aspect de chaque chanson étaient essentiels, et développer le programme nécéssaire pour amener ces aspects sur scène. Ensuite, on a tous travaillé ensemble pour les adapter à nos propres instruments. Et les arrangements ont évolué avec le temps, vu qu'on a dû faire une centaine de concerts depuis notre premier show en janvier. Chacun est différent, d'autant plus que nous avons fait en sorte de nous accorder des espaces pour improviser. 

Tu as récemment sorti le clip de « Easy ». Pourquoi avoir choisi le bondage pour illustrer la chanson ?

Le concept n'est pas de moi, mais j'y vois beaucoup de choses comme le fait que nous, hommes et femmes, sommes spectateurs d'une culture qui enferme et restreint les femmes de plusieurs façon. Nous les forçons à prendre certaines formes pour notre plaisir, et à être silencieuses.

Lorde a repris cette chanson. Ça ne fait pas bizarre de travailler avec une artiste aussi loin de ta sphère indé ?

Non, pas du tout. J'étais fan de son album, et je travaille avec beaucoup de musiciens dont j'admire le travail. La différence, bien sûr, c'est le nombre d'oreilles qu'elle a amené dans ma musique. Elle a la capacité de faire découvrir une musique un peu plus aventureuse à une audience large, c'était vraiment excitant.

Tu as composé la bande-originale du film The Disappearance Of Eleanor Rigby (une trilogie comportant les volets « Him », « Her » et « Them »). Comment as-tu procédé ?

C'est le premier film pour lequel j'ai travaillé et c'était une expérience géniale. Il n'y a pas beaucoup de musique dans le film, donc ce n'était pas non plus une énorme masse de travail, ce qui est très rare pour une bande-originale. Mais cela signifie aussi que quand la musique apparaît vraiment dans le film, elle est extrêmement importante. En fait, c'est le scénario idéal. J'ai autant composé des ambiances que des chansons, ce qui est plutôt rare. J'annonce la sortie de la bande-originale très bientôt !

Pour quel film aurais-tu adoré composer la bande-originale ?

Tree Of Life ou Django.

Que se passe-t-il avec Sisyphus ? Est-ce que vous prévoyez un deuxième album ?

Je n'en ai aucune idée. Je pense qu'on a pas mal de chance de lancer un club de tricot, mais on verra !

Tu dois probablement savoir que le « bien manger » est très important à Pitchfork, un des principaux festivals français avec beaucoup de choix et de la qualité côté boustifaille... Qu'est ce que tu manges avant ou après tes concerts ? Plutôt burger ou salade verte ?

A vrai dire, plus tu es proche de la France, plus tu te dois de consommer du pain et du fromage. Avant et après les shows, en France plus particulièrement, j'adore ces deux produits, et en abondance !

Retrouvez Son Lux au Pitchfork Music Festival le 31 octobre. Il reste des places ici
Crédit photo : Mallory Talty - Stereoscope Photography