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Pourquoi Aaliyah mériterait un bon biopic ?

Pourquoi Aaliyah mériterait un bon biopic ?

Quatorze ans après sa mort, Lifetime prépare un biopic sur Aaliyah. Et ça a tout l'air d'un futur désastre. Pourtant, la princesse du r'n'b aurait mérité un film d'envergure, tant son influence dans la musique actuelle est forte. On vous explique pourquoi. 

Aaliyah chanteuse, Aaliyah performeuse, Aaliyah muse et Aaliyah actrice. La courte vie de cette icône du r'n'b (Aaliyah est décédée à 22 ans dans un crash d'avion, on y reviendra) fut si riche qu'il était étonnant qu'un biopic n'ait jamais été produit. C'est chose faite : la chaîne de télévision américaine Lifetime prévoit, pour le 15 novembre prochain, un film intitulé Aaliyah : Princess of R&B. Et ça part très mal. Déjà, sur le choix de l'actrice principale, personne n'était vraiment d'accord. A l'issu de centaines d'auditions, l'Us Weekly a annoncé en mois dernier que Zendaya Coleman avait été retenue pour le rôle, une décision pour le moins décriée (Coleman est issue de l'écurie Disney via la série Shake it up et ne partage pas les mêmes origines ethniques qu'Aaliyah, ce qui lui a valu un certain nombre de remarques déplacées). Elle a fini par abandonner le projet. Dans une série de vidéo postées sur Instagram, elle précise que "ce n'est pas à cause des haters ou des gens qui disent que je ne suis pas assez talentueuse pour le faire (...) mais à cause de complications sur les droits musicaux qui n'étaient pas gérés de manière délicate".

Il y a en effet un vrai autre micmac dans la production de ce biopic : la musique. La famille d'Aaliyah n'a en effet pas été avertie du projet et n'est pas tout à fait ravie par la tournure des choses : "Nous voulons un grand film, de l’ampleur de celui qui a été consacré à Tina Turner, What’s Love Got to Do with It [...] Je n’ai aucun problème avec [Zendaya Coleman], le problème n’a jamais été le choix de l’actrice. Le problème est qu’Aaliyah était une icône, et qu’elle mérite l’hommage que l’on réserve aux icônes. Pas un film de Lifetime", a expliqué au NY Daily News Jomo Hankerson, le cousin de la chanteuse et ancien président de son label, Blackground Records. Le clan a tout simplement interdit l'accès au catalogue de chansons d'Aaliyah. Un biopic sur une chanteuse... Sans chanson ? Ça sent mauvais. Encore plus quand on regarde ce trailer sur fond d'Iggy Azalea avec Alexandra Shipp (relative inconnue croisée sur la chaîne pour ado Nickelodeon), actrice de 23 ans finalement sélectionnée pour le rôle : 

Embarrassant, inquiétant, avec un gros côté "énième épisode de Sexy Dance"... Aaliyah : Princess of R&B ne rend pas vraiment hommage à une jeune femme ayant posé les bases d'un style 90's (revenant massivement aujourd'hui). Les craintes de Jomo Hankerson semble être fondées. 

Mais au fait, c'est qui Aaliyah ? 

Pour comprendre pourquoi Aaliyah mérite mieux que ça, il est important de revenir sur sa carrière -- pas si courte que ça. Bio express pour ceux qui ont loupé le coche ou n'étaient pas nés dans les 90's : Aaliyah commence sa carrière de chanteuse à 14 ans aux côtés de son mentor R. Kelly. Son premier album Age Ain't Nothing But A Number se vend à 3 millions d'exemplaires et Aaliyah Dana Haughton devient une enfant star. Elle récupère très vite l'étiquette "petite fiancée de l'Amérique". Mais sa réputation est quelque peu écornée quand de nombreuses rumeurs affirment qu'elle est plutôt devenue la petite fiancée de R. Kelly, de 13 ans son aîné, alors qu'elle était encore adolescente (le magazine Vibe a même publié un contrat de mariage annulé par les parents de la chanteuse quelques mois plus tard).

Mais elle revient 2 ans plus tard entourée de Timbaland et Missy Elliott, qui produisent entièrement son deuxième album One In A Million. Avec 10 millions d'exemplaires vendus, sa carrière est définitivement lancée aux Etats-Unis, en même temps que celle de Timbaland d'ailleurs (au top de sa forme jusqu'en 2006 avec les cultes Loose de Nelly Furtado et FutureSex/LoveSounds de Justin Timberlake) : sans cet album, pas de Destiny's Child -- et donc pas de Beyoncé -- et pas de r'n'b tel qu'on l'entend aujourd'hui. Beats bien sentis et voix de séductrice sans en faire des caisses comme certaines de ses collègues : voilà la recette du succès Aaliyah. Quelques passages au cinéma (Roméo doit mourir, La Reine des damnés) et elle sort son troisième et dernier album Aaliyah, sur lequel on retrouve le tube "Try Again" qui la fera connaître en France. Deux mois après la sortie du disque, alors qu'elle n'a que 22 ans, elle décède dans le crash de son avion alourdi par le matériel et trop de passagers (et piloté par un homme sans licence et sous influence). L'Amérique -- et l'Europe, peu à peu -- est en deuil. 

Samples et tatouages hommage

Depuis, Aaliyah est samplée un peu partout (Jessie Ware sur "What You Won't Do For Love", The Weeknd sur "What You Need", Kendrick Lamar sur "Blow My High", A$AP Ferg sur "Death B4 A Million", Angel Haze sur "Hot Like Fire", Azealia Banks sur "Need Sum Luv", Chris Brown ayant même sorti un clip avec un hologramme d'Aaliyah), et également citée en référence par Frank Ocean, Purity Ring ou AlunaGeorge -- qui reprennent le schéma Aaliyah/Timbaland.

Mais son plus grand fan est sans nul doute Drake, qui a déclaré au magazine Complex "quand j'ai commencé à chanter je me suis servi d'Aaliyah comme exemple, elle pouvait communiquer toutes les émotions, aux hommes comme aux femmes". Et ça tourne presque à l'obsession : le Canadien est allé jusqu'à se tatouer le visage de la chanteuse dans le dos pour commémorer les 10 ans de sa disparition, et avait publié l'année précédente une véritable déclaration d'amour posthume ("Je n’ai jamais perdu un parent, un ami, ou une chérie mais je me rappellerai de ce jour pour le reste de ma vie. Je me souviens avoir vu au journal télévisé que tu étais morte et ça m’a touché directement le cœur comme une droite de Muhammad Ali. J’étais anéanti. Pas seulement parce que j’étais un de tes plus grands fans, mais parce que j’étais vraiment amoureux de toi"). Il a d'ailleurs sorti en 2012 un duo ("Enough Said", morceau enregistré par Aaliyah avant sa mort et fini par Drake et son producteur Noah "40" Shebib) et a longtemps souhaité produire un album posthume -- annulé devant les réticences de la famille, d'autant que Drake... N'a jamais rencontré Aaliyah. 

Les hommages ne se sont pas arrêtés au début des années 2000. Une nouvelle vague de r'n'b "indé" a envahi la sphère pop, mêlant voix suaves et beats de producteurs, comme chez Banks ou ce morceau de Discovery (side-project de Rostam Batmanglij, le claviériste de Vampire Weeknd) en featuring avec Ezra Koening : 

Et que dire de ce clip de FKA Twigs, nouvelle emblème du regain r'n'b, qui s'inspire (copie?) du personnage d'Aaliyah dans La Reine des damnés

Avec cet héritage talentueux, il ne fait aucun doute qu'Aaliyah méritait un peu plus qu'un biopic télé, défendu ainsi par sa productrice Wendy Willliams : "Vous pouvez compter sur nous pour réussir ce film. Je veux apprendre les mêmes choses que vous voulez apprendre. Ce qui s’est passé avec R. Kelly, ce qui se passait avec Dame Dash (producteur et dernier petit ami de la chanteuse, ndlr.), à quoi ressemblait vraiment la vie privée d’Aaliyah ?". Non, on en veut un peu plus.