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Ello : le réseau dont tout le monde parle, mais où personne n'entre

Ello : le réseau dont tout le monde parle, mais où personne n'entre

Il est beau, il est hype, il est sur invite only. Quelques mois après son ouverture à la planète web, le nouveau réseau social Ello fait parler de lui. Parce qu'il est réservé aux initiés déjà : un réseau social auquel on accède comme dans un club privé - sur invitation - où se concentrent graphistes, blogueurs, et autres gentes ultra-connectés. Parce qu'il se positionne clairement comme une alternative « anti-facebook » aussi.

Voici donc Ello. Nouveau-né de ces nombreuses plateformes qui se lancent chaque années (Slate en fait d'ailleurs une amusante liste) pour concurrencer Facebook - dix ans déjà et, semble-t-il, indétrônable. Toutes, inlassablement, se plantent plus ou moins (demandez à Google +). Mais Ello n'est pas farouche. Dans un manifeste (rien que ça), ses créateurs affichent leurs ambitions : « Nous croyons qu'un réseau social peut être un outil pour vous redonner le pouvoir. Pas un outil pour décevoir, contraindre et manipuler – mais un lieu pour connecter, créer et célébrer la vie ». Le concept - puisqu'il en faut un - de Ello est un business modèle à contre-courant de Facebook, Google et consorts : pas de pub ni de données collectées dans le but d'être revendues, assurent-ils avant de conclure sur un slogan à la Occupy « You are not a product ». Comment comptent-ils se financer ? Les dons bien sûr, et une levée de fonds de plus de 345 000 euros.

invite only

Le créateur du réseau, Paul Budnitz, en dit un peu plus au Monde.fr : « Nous cherchons également à créer une communauté fondée sur l'amour et le respect. Il y a des endroits sur Internet où vous pouvez dire ce que vous voulez, faire du mal aux gens. Sur Ello, il y a des règles très précises qui interdisent le harcèlement ou la haine en ligne : les gens qui ne s'y plient pas en seront bannis. »

Ello, vu de l'intérieur

Que de belles intentions donc. Mais qu'en est-il pour de vrai ? Pharrell (pas le chanteur) est sur le réseau depuis 4 ou 5 jours. Il a obtenu le sésame tant recherché (des invites sont même en vente sur Ebay) en lançant un appel sur Twitter. Sa première impression : « pour l'instant, il ne se passe pas grand-chose. Les gens font un effort pour poster des choses pour essayer de lancer le truc, mais ce sont des reddits de ce qui est fait sur Facebook. C'est le problème avec les jeunes réseaux : tu postes des contenus que tu as déjà mis sur les autres plateformes. »

ello-ebay

D'ailleurs, à part ses propres invités (chaque nouvel arrivant a le droit à 5 invitations), c'est sur Twitter ou Facebook qu'on cherche ses connaissances – Ello encourageant l'utilisation de pseudos, condition d'un anonymat revendiqué. Pharrell retrouve tout de même quelques-uns de ses contacts, dans la musique et le graphisme surtout : « c'est un microcosme de gens un peu tous pareils », il reconnaît. Une communauté qui « se regarde en chiens de faïence » et attend de voir ce qu'il pourra bien se passer.

Même impression du côté de Bastien, blogueur lui aussi et social média manager. Son boulot, c'est de tester ces nouvelles plateformes avant de les proposer, ou non, à ses clients. Et pour le coup, ça sera plutôt non : « aujourd'hui, il ne se passe rien ». S'il reconnaît la puissance de communication de ce nouveau réseau, tant par son nom facilement retenu que par son positionnement sur le respect des données privées, il ne donne pas cher de la peau d'Ello : « aujourd'hui, tout le monde en parle. Je pense que la semaine prochaine c'est fini ».

Mais, il est où le « J'aime » ?

Bizarrement, en creux, ce qu'on reproche à Ello c'est de ne pas être Facebook. Dans la presse spécialisée, on s'étonne de ne pas trouver les mêmes fonctionnalités : en premier lieu, celles pour signaler ou ignorer un ami. Ello fonctionne toujours sous une version béta (c'est à dire une version d'essai), et de nouveaux usages devraient arriver bientôt. Mais tout de même, cela manque de substance juge Pharrell : « C'est joli, mais ce n'est pas très user friendly ». Et de passer en revue les fonctions qui font défaut : pas de bouton Like (« et autant te dire que les gamins ce qu'ils veulent, c'est du Like »), pas de partage, pas de retour en arrière ni de bouton de rafraîchissement (il faut passer par le navigateur) et beaucoup de vide... « Tu regardes les plateformes qui marchent comme Facebook ou Twitter, c'est ergonomique mais c'est moche. Est ce qu'on peut rendre tout beau sur ce web ? Je ne sais pas, c'est une bonne question ».

Ello a donc été accueilli avec une bonne dose de scepticisme. Mais aussi avec une ruée sur ses serveurs. De quelques milliers d'utilisateurs il y a cinq semaines, lorsque le réseau ouvrait ses portes jusque-là privées, Paul Budnitz revendique désormais 45 000 demandes par heure. La preuve que la demande existe. Ne reste que l'offre...