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Du Caire à Tanger : la musique arabe à la fête

Du Caire à Tanger : la musique arabe à la fête

De l'Institut du Monde Arabe à la Gaîté Lyrique en passant par les festivals européens, la musique arabe est partout. La révolution électronique nous viendra-t-elle du Moyen-Orient ? Peut-être.

Electro-chaabi, le son underground du Caire

Il y a d'abord eu l'électro-chaabi, mise à l'honneur par l'Institut du Monde Arabe la semaine dernière. Une explosion musicale venue du Caire repérée par Hind Meddeb pour Tracks puis pour son documentaire Electro Chaabi. Un son jamais vu, jamais entendu. L'underground, le vrai. « Ils ne savent pas vraiment quand ça a commencé, nous raconte Hind Meddeb au téléphone. C'était quelques années avant la révolution, en 2005, 2006. » Ce que l'on sait en revanche, c'est que cette musique devenue depuis populaire en Égypte et ailleurs est née dans les « quartiers informels », quartiers créés de toutes pièces par ses habitants en marge de la mégalopole.

Loin des médias, de la police et de toute forme de contrôle, les pionniers de l'electro-chaabi – et qui s'appelle en réalité le Mahragan, "la fête" ou "le charivari" en arabe – créé ce nouveau style, mélange entre le chaabi traditionnel et la techno. « Ils sont très influencé par le reggaeton, le hip-hop américain de Lil Wayne, Eminem et 50 Cents. Ils sont aussi fans de l'électro extrêmement commerciale : Guetta, Stromae. Et de la trans' comme celle que l'on joue dans les fêtes traditionnelles. » Musique underground qui se développe jusque-là sous le radar, la révolution égyptienne, ou le « printemps arabe », se chargera de braquer la lumière sur ce nouveau son saturé en auto-tune.

Le mélange faisait pourtant sourire les tenanciers des clubs du centre-ville, repère de la jeunesse dorée, à qui Hind présente ses rushs dans l'espoir de les faire tourner. « La première réaction a été hyper violente », se rappelle Hind : d'un côté les MCs des quartiers pauvres, de l'autre l'élite cairote, on ne mélange pas les torchons et les serviettes.

C'est finalement Oka & Ortega qui deviendront les premières stars de l'electro-chaabi. Une pub pour le plus gros opérateur de téléphonie mobile égyptien et c'est le carton. Aujourd'hui ils collaborent avec des artistes du monde entier. Preuve, s'il en fallait une, que la révolution ne fait que commencer : Islam Chipsy, pionnier du mouvement, sera sur la scène des Trans Musicales de Rennes.

Diffusé partout dans le monde, c'est aux Etats-Unis que le documentaire a eu l'impact le plus retentissant. « En France, on est toujours un peu en retard, toujours un peu frileux ». N'empêche que les deux français d'Acid Arab, et leur mélange d'acid house et de musique orientale qui les a propulsé sur toutes les scènes de festivals cet été, ont été piqués au vif : ils se rendent bientôt en Egypte pour une collaboration aux sonorités electro-chaabi.

Beatnik Tanger à la Gaîté Lyrique 

A la Gaîté Lyrique, c'est à Tanger qu'on se rend. Nouvelle étape après deux précédentes années à Portland et à Berlin, la salle parisienne fait escale au Maroc. Tout comme les Nuits Sonores d'ailleurs, qui organise cette année la deuxième édition de leur branche marocaine du festival, du 16 au 19 octobre.

Et pourquoi Tanger ? Et bien déjà parce que c'est l'emblème de la beat génération et le point commun entre William Burroughs, Eugène Delacroix, Jimi Hendrix, Marguerite Yourcenar, Roland Barthes, John Malkovich, Yves Saint-Laurent, Keith Richards, Henri Matisse, Jim Jarmusch, Agnès b. ou encore Jean Genet, nous annonce le communiqué. Tout un programme.

Là aussi, il est question de révolution - avec notamment une conférence sur « Les bad girls des musiques arabes » -, de gastronomie avec une soirée couscous, mais surtout de musique. Des face-à-face entre musiciens locaux - Bachir Attar, les Gnawas, ou encore le rappeur, slameur, klameur Sayflhaket - et des artistes français - Tiko, Etienne Jaumet et Wall of Death - qui rappellent aussi que si la musique arabe est aujourd'hui la nouvelle vague de la musique électronique, c'est que le cœur des français a toujours regardé de l'autre côté de la Méditerranée.