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Album de la semaine : Alt-J (∆) - "This Is All Yours"

Album de la semaine : Alt-J (∆) - "This Is All Yours"

Autant le dire tout de suite : on va avoir du mal à trouver des choses à jeter dans ce nouvel album d'Alt-J (∆). Ecoute et chronique. 

Quand la première piste d'un disque se nomme "Intro", on s'installe confortablement et on attend de voir ce qui arrive : ce morceau, généralement court, donnera le ton de l'album. C'est donc ce qu'on a fait en cliquant sur le petit bouton play du lecteur Deezer, prêt à écouter pendant 55 minutes This Is All Yours d'Alt-J (∆). Bien nous en a pris. Enchevêtrement de chœurs sur guitare acoustique et claviers, mysticisme assumé, détour par l'Amérique Latine, l'Asie ou la mandoline moyenâgeuse... Pendant 4min38 (longue, l'intro !), voilà qu'on s'affaisse sur notre chaise. Mais en fait, il ne serait pas grandiose ce nouvel album d'Alt-J (∆) ? 

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Il faut dire qu'il y avait de quoi avoir des doutes, tant l'accueil était mitigé : encensé aux Inrocks, "bouse du mois" chez TsugiThis Is All Yours est loin de faire l'unanimité, et beaucoup s'accordent à dire qu'il n'atteint pas l'excellence de An Awesome Wave, premier album du groupe anglais sorti en 2012. Le quatuor de Leeds s'y attendait : rarement le mur du deuxième album n'a été aussi épais. Et la formation en a souffert. Épuisé par la tournée et la promotion, le bassiste Gwil Sainsbury a quitté le groupe en janvier. Les trois garçons restants décident de ne pas le remplacer, chacun se débrouillant une main sur le clavier, l'autre sur une basse. 

En deux ans, Alt-J (∆) a connu une ascension inégalée dans le rock alternatif actuel. Pourtant, le trio a décidé d'enregistrer leur deuxième album dans le même studio que An Awesome Wave, loin des grosses machineries plus professionnelles. Un management par bout de ficelle, une répartition des tâches peut-être plus chaotique... Ça partait mal, d'autant que l'album n'a pas de "tube", à l'image de In Rainbows de Radiohead qu'ils citent souvent en référence (ce qui saute aux oreilles). 

Mais, passée cette incroyable intro, on continue à en prendre pour notre grade de sceptique : "Every Other Freckle" et sa si jolie déconstruction, le planant "The Gospel Of John Hurt", le rappel du premier album avec un "Bloodflood pt. II" ralenti, plus prenant aussi... Sans oublier un passage en trois temps par Nara, la première capitale du Japon. Le groupe n'y est jamais allé et ne tombera pas dans la facilité de références japonisantes (tout comme "The Gospel Of John Hurt" n'a rien d'un vrai gospel). Ils ont simplement appris que les daims se baladent en toute quiétude dans la ville de Nara, et s'en sont inspirés pour évoquer la liberté. En résultent trois morceaux aux titres explicites, "Arrival In Nara", "Nara" et "Leaving Nara", très belle arrivée acoustique et départ doux-amer, avec chœurs purs et interférences crades.

Entre trip-hop, guitares acoustiques, chœurs et blues-rock (et oui, les Alt-J (∆) s'offrent une incartade à la Jack White et/ou The Black Keys sur l'étonnant "Left Hand Free"), les Anglais évoquent l'amour qui finit mal en se baladant avec talent et abandonnant progressivement l'électro. Et ce malgré quelques couacs, comme cet interlude à la flûte ou la petite erreur de com' qui était de sampler Miley Cyrus sur "Hunger Of The Pine" : on aurait pas fait mieux pour tendre le bâton pour se faire battre, peut-être que la citation susurrée d'Alfred de Musset était suffisante ("Une immense espérance a traversé la Terre / Une immense espérance a traversé ma peur", extrait de L'Espoir en Dieu). Mais c'est aussitôt pardonné. 

Reste plus au trio que de montrer leurs progrès en live (jusque là, ce n'était pas vraiment leur fort). On en saura plus le 29 septembre au Casino de Paris et le 4 février au Zénith. 

This Is All Yours

Alt-J

  • Label: PIAS
  • Sortie: 22/09/2014
  • Note: