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Ce que vous avez raté ce week-end : on a écouté le nouvel Aphex Twin !

Ce que vous avez raté ce week-end : on a écouté le nouvel Aphex Twin !

Oui, nous sommes des petits veinards... Aux côtés d'une poignée de fans et de journalistes, on a jeté une oreille à ce fameux Syro d'Aphex Twin. 

Entrée du Glazart, Paris, 19h. La file d'attente commence à s'allonger, et on repère déjà quelques tee-shirt à logo. Le fameux signe renvoie à une personne, qui sera le centre de toutes les attentions aujourd'hui : Aphex Twin. Il n'est pas là, on ne sait même pas à quoi il peut ressembler aujourd'hui ni si sa musique est toujours aussi bonne. Qu'importe : après treize ans d'absence, Richard David James continue à fasciner. Certains sont même venus de province pour assister à l'une des quatre écoutes européennes de Syro -- la seule en France. 

A l'intérieur, ça discute beaucoup, si bien qu'une partie du "public" n'a même pas réalisé que l'écoute de Syro commençait. Mais les plus sérieux sont déjà amassés à l'avant de la salle, en tailleur sur le béton, secouant la tête comme ces petits chiens à l'arrière des voitures. Ils écoutent religieusement, applaudissent discrètement entre les morceaux, et ce dès le premier titre "minipops 67". 

Certains se frottent la barbe, concentrés. D'autres, allongés dans des transats siglés, écoutent les yeux fermés. Ils hochent la tête, le seul moyen de savoir qu'ils ne sont pas tout simplement endormis. Quand les rythmes se complexifient, ces fans sourient, comme s'ils n'avaient pas entendu ça depuis des années. Et pour cause : Aphex Twin n'a pas sorti d'album en son nom propre depuis 13 ans. Plus accessible que Drukqs, moins cohérent que son indétrônable maxi Window LickerSyro a un petit côté Squarepusher. Les sons acid -- les pinailleurs diront même "mental" --, trafiqués à l'extrême, prennent des accents funky, renforcés de break bien sentis. On aura presque envie de danser s'il s'agissait d'un vrai concert.

Preuve en est avec "180db_", avec ses basses frontales et sa mélodie presque inquiétante (on parie que Gesa sera un grand fan des notes les plus aiguës, dont la couleur a largement été utilisées sur Aleph). L'énergie va et vient, déroutante, pour un titre qui pourrait aisément faire partie de la selec' d'une free dans un parking. Si les applaudissements étaient chaleureux jusque là, l'ambiance commence (doucement, compte tenu des circonstances) à décoller. Drôle de spectacle que de voir des trentenaires à fond en écoutant un CD, les yeux rivés sur le logo d'Aphex projeté sur le mur du Glazart -- qu'on ne saurait assez remercier pour cette soirée. Noir sur fond vert pomme, il donne à tout le monde un teint verdâtre. 

 

Richard D. James est attendu comme le messie. La moindre photo concernant Syro fait le tour de Twitter en quelques minutes (comme celle ci-dessous, figurant le futur packaging). Il ne viendra évidemment pas ce soir, mais c'est tout comme. Un jeune homme en tee-shirt orange semble déjà le voir, au fond de son esprit possédé. Il est debout (le seul au premier rang), et balance son grand corps dans un équilibre précaire, les yeux mi-clos. Tout le monde autour de lui est concentré, absorbé par cet album à la promotion éclair (et aérienne). Ils ont l'air heureux, sincèrement, comme s'ils assistaient à un vrai concert, privilégiés. Mais nous sommes aussi là pour juger, décortiquer. Visiblement, ça se passe plutôt bien. "Elle est chanmé celle-là", entend-on après "CIRCLONT6A" : on est plutôt d'accord. 

Après un (très) court intermède nommé très simplement "fz pseudotimestrerch+e+3", Syro s'accélère sur "CIRCLONT14" (vitesse de croisière : 152,97 BPM), pour une ambiance vidéoludique caféinée, empreinte d'influences vocales japonisantes. La position assise commence à être compliquée alors que le morceau revêt des beats quasi-tropicaux. Certains s'allongent, d'autres s'étirent, les jambes picotantes et engourdies. On prend ses aises. Après tout, il faut tenir encore quatre titres dont un flirtant avec les 164 BPM ("s950tx16wasr10", merci Richard pour ces titres à rallonge). On commence à comprendre la construction de l'album : une première partie dansante, accessible, un entre-deux excellent, sorte d'Aphex Twin 2014, puis une fin très classique quoique bien faite. 

Le dernier morceau, par contre, vient rompre ce joli schéma limpide : d'un coup d'un seul, nous voilà avec un titre au piano, sur fond de petits oiseaux. La surprise est telle qu'on se demandera si ces moineaux viennent de La Plage du Glazart ou des enceintes. Sachant qu'il doit être 21 heures, c'est peu probable. Aucune façon de savoir l'heure de manière plus exacte, les portables ayant été confisqués à l'entrée pour éviter tout leak (et c'est là qu'on se rend compte que nous sommes une génération sans montre). Un "aisatsana" lent, émotif et émouvant pour conclure l'album : on l'avoue, on n'a pas trop compris, mais c'est une plutôt belle réponse à "April14th".

Dans le sable de la Plage du Glazart, après l'écoute, peu de monde ne prête attention aux DJs du label In Paradisum, venus animer la soirée. Chacun refait le match. Et à ceux qui insinueront que Syro n'a pas assez de cohérence, on ne répond qu'une chose : on s'en fout, même si c'est pas faux, le résultat n'est pas décevant pour autant. Treize ans qu'on attendait ça, tout de même ! 

syro