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Le guide indispensable pour créer un festival

Le guide indispensable pour créer un festival

photo de couverture: http://limonadier.net/
 
 

"C'était un un soir de septembre 2012. Il était trois heures du matin et là, j'ai lancé l'idée de monter un festival". Une idée qui a soudainement germé dans l'esprit de Melville Bouchard, fondateur de Heart of Glass, Heart of Gold il y a un an, à Ruoms dans l'Ardèche. Mais le lendemain matin, l'envie était toujours là, et avec une équipe de quatre personnes le quadra s'est lancé dans l'aventure. Un long parcours de 9 mois, chaotique mais passionnant, a alors débuté avec en bout de course la première édition d'un festival de musique indé et écolo, organisé en septembre dernier.

Il n'est pas le seul à avoir fait ce pari complètement fou de secouer les corps et remplir les oreilles lors d'un grand raout musical. Dans la capitale et sa périphérie, de nouveaux venus ont également fait leurs preuves – le Macki Festival organisé pour la première fois par le collectif de la Mamie's et Cracki Records à Carrières-sur-Seine en juillet – et d'autres ont confirmé leur potentiel, comme le Weather au Bourget ou le Peacock à Vincennes. Chacun s'est émerveillé de cette offre démultipliée, en particulier pour la scène électro. A croire que monter son festival est chose facile... Pourtant non ! De la sueur, de l'inventivité, du bagou et beaucoup de persévérance sont les ingrédients indispensables à un tel projet.

Alors comment fait-on ? Quelles sont les étapes à ne surtout pas zapper quand on se lance dans l'aventure ? Green Room Session est allé poser la question à différents organisateurs de festival, néophytes et vieux routard, pour qu'ils nous livrent leurs recettes. 

1. A la recherche du lieu parfait

Cela paraît évident, mais nombreux sont ceux qui pourraient choisir de se lancer dans l'élaboration d'un festival, de sa ligne artistique et de son équipe en reléguant le choix du lieu à plus tard.

Or, trouver l'endroit rêvé s'avère une tâche bien trop ardue pour espérer qu'elle se règle en quelques jours. "Nous avions un premier lieu, au Parc de Saint-Cloud, se souvient Victor Petolat du Macki Festival. Mais cela a capoté au dernier moment. On s'est retrouvés à devoir trouver un nouvel endroit, 5 mois avant la date du festival". Car les imprévus sont monnaie courante lorsque l'on décide de monter un événement musical.

Et pour trouver, pas de secrets. Il faut fouiner, faire appel, contacter les communes, les régions, les offices de tourisme et "beaucoup utiliser les pages jaunes", plaisante Melville Bouchard.

Mais le jeu en vaut la chandelle, car tous vous le diront : le lieu donne une identité au festival, "il faut qu'il ait une âme", considère Sabine Duthoit, fondatrice du festival N.A.M.E qui existe depuis 10 ans dans l'agglomération de Lille. Exemple : une friche industrielle pour le N.A.M.E met en avant une certaine idée de la fête électro, qui se rattache aux grandes rave des années 90, un camping au fin fond de l'Ardèche pour Heart of Glass, Heart of Gold permet d'afficher d'emblée l'engagement écolo du festival. "C'est la clef, confirme Melville Bouchard. Dans notre cas, tous les festivaliers sont logés sur place dans des bungalows, avec les artistes et les équipes techniques, tout le monde vit ensemble le temps de l'événement, c'est une format unique". Petit détail : il ne faut pas non plus oublier de créer la structure référante qui vous permettra d'engager toutes les démarches administratives, soit en montant une association, soit en fondant une entreprise.

2. Sécurité, sécurité et encore sécurité 

Ce n'est pas la partie la plus rigolote, mais elle est, là aussi, indispensable. Un festivalier écrasé par un spot, un DJ blessé après l'effondrement d'un plafond, ce serait pas de bol quand même.

"Quand on nous a proposé la friche industrielle de la Tossée (en périphérie de Lille, ndlr), nous étions hyper contents mais le terrain niveau sécurité était carrément pourri, note Sabine Duthoit. Cela a été une aventure de dingue, il nous a fallu deux mois pour tout sécuriser". L'équipe a dû refaire le plafond, faire tomber les vitres cassées pour éviter les accidents, installer des alarmes incendie, des rampes d'accès pour les personnes handicapées, des sorties de secours etc. A la fin, une commission de sécurité envoyée par la préfecture est venue inspecter que tout était bien aux normes. Sans quoi, pas de festival. Vous aurez besoin aussi des autorisations nécessaires, notamment pour exploiter un lieu de spectacle.

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3. Soigner sa direction artistique

La direction artistique c'est cette ligne que vous suivrez sans vous en éloigner durant toute la mise en place du projet. Elle englobe la programmation et l'organisation concrète de l'espace ainsi que les activités annexes aux concerts.

"Nous voulions créer un véritable village autour de l'événement, explique Victor Petolat. Ça ne se jouait pas seulement sur la programmation mais sur l'architecture avec des matériaux de récup', des endroits où se poser". Master classes, ateliers initiation, street food, les concepteurs doivent imaginer tout un univers autour de l'événement. Ce que confirme Sabine Duthoit dont le festival se déroule à Tourcoing, à Dunkerque et à la Tossée, et qui a monté un volet "Special kids" pour les enfants. Pour Heart of Glass, Heart of Gold, même combat. Les organisateurs affichent une programmation indé, le reste doit donc suivre, avec un souci apporté au développement durable, au tri sélectif et à la pesée des déchets.

C'est dans cette logique que doit s'intégrer la programmation. Elle est élaborée en parallèle de la mise aux normes du lieu, pour ne pas perdre de temps. En plus d'écouter toute l'année les nouveautés qui pourraient venir l'alimenter, on lance les hostilités avec les managers, on négocie, on renonce parfois quand un artiste est trop gourmand. Et ce, plusieurs mois avant le début du festival. "Nos deux programmateurs cherchent à composer une histoire musicale, insiste Sabine Duthoit. C'est une sorte de Rubik's cubes pour proposer aux gens plusieurs options, qu'ils puissent circuler entre les scènes, avoir différentes ambiances tout en maintenant une cohérence". Pour sa 10e édition du 19 au 20 septembre, le festival accueillera pêle-mêle Brodinski, B.A.G.A.R.R.E, Apollonia, Louisahhh!!!, Laurent Garnier, Sam Tima, Ten Walls, entre autres.

 4. Trouver des partenaires

 C'est bien beau de vouloir créer un festival, faire danser les gens sur les DJ qui montent, les nourrir de burgers à la mode et leur proposer des stands de fripes, mais pour tout cela il faut de l'argent. Sans lui, la machine risque de gripper rapidement.

En plus de vos fonds propres – oui vous avez bien lu, vous aurez besoin de mettre de votre poche – il faut trouver des partenaires : institutions comme la région ou la ville concernées et sponsors privés. "Il faut les cibler en fonction de l'esprit du festival, et dans notre cas, nous avons mis en avant notre expérience d'organisateurs de soirée, notamment à La Ferme du Bonheur (à Nanterre, ndlr)", explique Victor Petolat. Pour les institutions, il faut monter un dossier de demande de subventions, ajoute Sabine Duthoit, mais elles peuvent être difficiles à obtenir.

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Et il faut s'attendre à ne pas forcément faire des bénéfices la première année... "La première édition du festival a coûté entre 100 et 200.000 euros, détaille Melville Bouchard. Nous avons perdu beaucoup d'argent l'année dernière, dont une bonne partie a été épongée avec nos Livret A !". Les bénéfices se font sur les entrées et les consommations, le "nerf de la guerre", selon Victor Petolat.

5. Communiquer partout

Voici venu le moment d'enfin annoncer la programmation du festival. L'équipe de communication – interne ou externe – s'active, appelle les journalistes, envahit les réseaux sociaux, gère la conception des affiches et des flyers. De cela dépendra aussi le succès du festival, surtout lorsqu'il s'agit du premier. Il ne faut donc pas à hésiter à mettre en avant ses artistes : Heart of Glass, Heart of Gold pour lequel il reste des places, annonce La Femme, Omar Souleyman, Moodoïd, Acid Arab et Red Axes notamment, que du beau monde. A l'inverse, l'équipe du Macki a choisi de la dévoiler au dernier moment, jouant sur le suspense. 

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A ce stade, le rythme s'accélère. Les scènes doivent être installées – ce qui suppose d'embaucher des intermittents - et on entre enfin dans la dernière ligne droite, une équipe de production doit être constituée pour gérer buvettes, accueil, billetteries, restauration. Macki a fait appel à des bénévoles recrutés sur Facebook et de s'entourer d'une équipe de jeunes scénographes et artistes pour les installations. De son côté, N.A.M.E, en tant que festival très soutenu par la région, veut créer de l'emploi et salarie son équipe logistique. "Il faut pouvoir trouver des solutions à l'arrache et toujours négocier", conclut Sabine Duthoit. L'important c'est que la sauce prenne.

Pour plus d'infos
N.A.M.E, les 13, 19 et 20 septembre à Dunkerke, Tourcoing et La Tossée
Heart of Glass, Heart of Gold, du 19 au 21 septembre, à Ruoms