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N.A.M.E Festival : "2004 a été une renaissance culturelle"

N.A.M.E Festival : "2004 a été une renaissance culturelle"

Chez Green Room Session, on est persuadé que nos villes sont dynamiques. Pour vous le prouver, on a décidé de vous promener un peu partout en France et de partir à la rencontre de ceux qui font bouger leur ville. Si elles sont pour la plupart aussi innovantes, c’est qu’il y a des gens pour les stimuler ! Après Nantes et Marseille et Lyon, on se rend à Lille, avec Sabine Duthoit, fondatrice du festival N.A.M.E (Nord Art Musique Electronique).

Lille était la capitale de la culture il y a 10 ans. Comment la ville a-t-elle évolué depuis ? 

Tout le monde s’accorde à le dire : il y a eu un avant et après Lille 2004 capitale européenne de la culture. Lilles 2004 a fait émerger des lieux culturels, les Maisons Folie. Ce sont des salles de spectacle très insérées dans leur quartier, en lien avec les habitants. A la suite de ça est née la gare Saint Sauveur, un projet dédié aussi aux associations de Lille et de sa métropole. Il y a bien sur des grandes expositions, des grandes manifestations, mais il y a aussi des week-end dédiés aux projets associatifs. C’est vraiment un lieu qui appartient à ses habitants.

maison folie

La maison Folie de Wazemmes

Comment ça s’est répercuté sur la région du Nord ? Lille a-t-elle entrainé sa région ?

Il y a des projets majeurs comme l’exposition Perrotin. Ce sont des événements qui attirent des gens de la métropole, de la région, mais pas seulement : il y a aussi des Belges, des parisiens, des gens de toute la France.

On est proche frontière et le week-end il y avait une espèce de migration de la jeunesse qui allait vers les clubs et discothèques de Belgique et dans les festivals électro belges. Ici, il n'y avait pas d’offre. Ça faisait partie d’une stratégie de développement de changer ça.

Je pense que Lille 2004 a changé l’image de Lille et du Nord-Pas-de-Calais parce que les images Épinal c’est “le Nord, il ne fait pas beau, il ne se passe rien”. On est un territoire qui a subit les crises économiques à répétitions. La crise d'aujourd’hui, on en bouffe depuis longtemps. Et nous qui sommes habitants de Roubaix, on a vécu toutes les années 90 sur des territoires qui connaissaient de très très grandes difficultés, avec des milliers de gens au chômage parce que le tissu industriel était cassé et délocalisé. Ça a été une renaissance culturelle.

Comment le festival N.A.M.E a-t-il commencé ?

On a eu un gros projet pendant Lille 2004 : le Laboratoire Factory. Fanny Bouyagui, qui est artiste plasticien et la directrice artistique du festival, a inventé pour un an un club qui s’inspirait des grandes capitales du monde et elle y insérait tout ce qu’elle aimait. Il y avait un loup avec un look à la Vivienne Westood, un concept store, on y a fait venir les strip-teaseuse burlesque qu’on a pu retrouver dans le film de Mathieu Amalric , il y avait Laurent Garnier, un dancefloor, une grosse programmation électro, des performances, des défilés de mode... Et effectivement, le N.A.M.E est né à la suite de ça.

Ça a généré du mouvement. Renaud Tardy, vice président à la culture, a discuté avec nous en disant, “effectivement il y a pas d’offres à cet endroit, montez le festival N.A.M.E”.

On a monté une première étape à Maubeuge, un territoire moins centrale sur le département. Et Dunkerque parce qu’il y avait des groupes, il se passait des choses et aussi parce qu’on s’imaginait pouvoir faire des grosses soirées dans le port industriel, qui s’est finalement avéré complètement impossible ! Et puis Lille et sa métropole, avec un lieu qui a émergé avec Lille 2004 : le Tripostal. C’est un lieu qui correspondait vraiment à l’esthétique du festival : un tri postal, avec du béton, deux étages, juste à côté de la gare de Lille.

tripostal

On a aussi un programme de masterclasses, avec lequel on accueille 250 collégiens et des élèves en découvertes MAO. On a développé des clubs électro dans les collèges. Cette année on a demandé à Laurent Garnier une participation. Il nous a donné un titre que les élèves auront à remixer pendant les masterclass. Et il a accepté des les annoter. Il est super pour ça.

C'est la dixième édition du festival. Comment a-t-il évolué ? Comment vous allez le fêter ? 

Les programmateurs ont fait une programmation symbolique avec des artistes qui sont là depuis le début. Et puis on va mettre en avant des familles d’artistes comme Bromance. Il y a aussi une famille autour du festival. C’est un festival professionnel, mais en mode artisanal, on n'est pas une grosse machine. On va aussi faire un petit coucou au grand retour des labels techno.

La programmation correspond à des tendances mais on a aussi fait venir des trucs un peu plus loufoques, comme Jonny Woo & John Sizzle, les stars des drag queen de Londres, un peu comme des messieurs Loyal décalés. Sinon dans la forme le festival reste sur les grandes lignes de programmation des éditions précédentes.

Le festival a beaucoup évolué en terme de notoriété, d’accueil public aussi parce que les soirées ont grossi au fur et à mesure qu’on a augmenté les capacités d’accueil. Au début quand on a atterri à la Tossée, c’était une friche complètement pourrie qu’on a été chargé de remettre aux normes d’accueil public, un très gros chantier et très stressant. On était 3000 la première année, on est passé à une jauge maximale de 5500 personnes.

latossée

La Tossée. 

As-tu l'impression que le festival a inspiré d'autres promoteurs ?

Avec les masterclasses et parqu'on a favorisé la scène locale avec les warm up et toute la programmation en journée de la gare Saint Sauveur, je pense qu'on a généré un mouvement. On estime qu’on a pu éduquer un public en lui proposant des choses de qualité. Quand un gros festival a lieu sur un territoire dans un festival j’imagine que ça suscite des vocations.

Vous faites beaucoup de partenariats. Quelles sont tes adresses préférées à Lilles ?

Toutes les adresses sur notre site web sont des endroits sélectionnées par nous. Des endroits cool, tenus par des gens cool. Ça permet aux gens qui viennent de loin de découvrir en journée Lille et sa métropole.

En terme de club, ça commence à se rétrécir un peu mais Le magazine club fait partie des gros clubs d’Europe, avec une programmation internationale tous les week-end. On est partenaire avec eux depuis le début et les résidents du N.A.M.E sont résidents aussi chez eux.

magclub

Le Magazine Club, à Lille. 

Ton meilleur souvenir au N.A.M.E ?

La première années à la Tossée, quand on a cravaché comme des malades pour que la commission soit ok. C’était un gros chantier. Quand Laurent Garnier est arrivé il a dit “on dirait Manchester” et il a adoré. Entre temps le site a pas mal évolué mais la première année il n’y avait pas beaucoup d’éclairages publics, tu avais l’impression de venir au bout du monde, ça faisait vraiment rave. On vient de là aussi, on a vécu tout ça.

Laurent Garnier nous avait fait le grand bonheur de faire un live et un DJ set. Quand il a pris les platines, il a fédéré les jeunes, les vieux, et il a mis tout le monde au même niveau. C’était absolument magnifique.

 

Le festival N.A.M.E fera son official opening le 5 septembre au Showcase à Paris. Ils inaugurent à l'occasion une résidence dans le club parisien, Bio except the week end.