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Sean Lennon : "Je suis condamné à faire de la musique"

Sean Lennon : "Je suis condamné à faire de la musique"

On a discuté destin, psychédélisme et questions délicates avec Sean Lennon qui, au sein de The GOASTT, prouve encore qu'il est bien plus qu'un "fils de". 

Cheveux longs, lunettes rondes, mâchoire carrée et look hippie : Sean Lennon est le fils unique du couple John Lennon - Yoko Ono, et ça se voit. Loin de vouloir se démarquer à tout prix de la figure paternelle, assassiné alors que Sean n'avait que 5 ans, le New-Yorkais cultive sa ressemblance, partant d'un constat tout bête : si tout le monde s'inspire de son père en matière de pop et de rock psyché, pourquoi pas lui ?

Mais ne vous attendez pas à une copie conforme du style Beatles ou de Lennon en solo. Sean a passé son enfance entre l'excentrique Yoko Ono, tout le gratin du rock (ses plus vieux copains s'appellent Mark Ronson, Dhani Harrison, le fils de George Harrison ou Rashida Jones, fille de Quincy Jones) et le Nerverland de Mickael Jackson. Les influences sont multiples, le psychédélisme bien ancré. Et il faut aussi compter sur Charlotte Kemp Muhl, sa petite amie et superbe top-model. Glamour, hippie-chic, décalé, stylé... Les magazines de mode usent d'une foule d'adjectifs mélioratifs pour qualifier le couple, passionné de mode et de musique. Accompagnés de musiciens, les amoureux ont lancé leur groupe, The Ghost Of A Saber Tooth Tiger, ou autrement appelé The GOASTT. Un nom à rallonge, de la dentelle et des noms célèbres : pas étonnant que ces deux-là se soient rencontrés dans les coulisses de Coachella. C'était en 2004, le premier album studio Acoustic Session datant de 2010.

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Ils reviennent cette année avec Midnight Sun, dans lequel Sean chante, joue de la guitare et écrit les paroles tandis que Charlotte donne également de la voix et s'occupe sur scène de différentes percussions et basses. Il tient à le répéter, rien à voir avec un trip Serge Gainsbourg-Jane Birkin : Charlotte n'est pas qu'une muse, elle est actrice du projet. Résultat samedi aux Rock en Seine. En attendant, Sean Lennon nous a parlé de psychédélisme, de feeling en interview et de son père. Rencontre à déguster en musique : 

Green Room Sessoin : Midnight Sun est beaucoup rock psyché, moins acoustique, que tes précédents albums. Pourquoi cette évolution ?

Sean Lennon : C'est difficile de donner une réponse honnête ou parfaire à cette question. Quand nous faisons de la musique, c'est comme rechercher des miettes de pain, suivre une lumière au bout d'un tunnel ou même un lapin blanc dans un trou : tu ne sais jamais vraiment où tu vas atterrir, mais tu sais que si tu suis ton enthousiasme et ton inspiration tu arriveras bien quelque part. Midnight Sun se situe là où notre inspiration nous a emmené à un moment précis.

On peut entendre des références à Serge Gainsbourg sur la chanson « Johannesburg ». Plus Melody Nelson que White Album finalement ?

En plus de cette recherche d'inspirations, j'ai construit l'album grâce aux évidentes influences que j'ai eu au long de ma vie, mais elles sont trop faciles à trouver pour les mentionner.

En as-tu marre qu'on te pose des questions à propos de ton père ou des souvenirs que tu as de lui ?

Honnêtement, je ne me lasse jamais du contenu d'une question, c'est l'intention et la manière de l'amener qui comptent. Tu pourrais me demander gentiment des choses à propos de mon père et ça ira. Tu pourrais me demander de manière impolie ce que j'ai mangé ce midi et ça ne passera pas. Ce qui compte c'est le feeling avec quelqu'un, pas le sujet.

Tu t'intéresses beaucoup à la mode, tu as travaillé en tant que producteurs sur des albums de ta mère, tu es passionné d'art... Pourquoi avoir choisi la musique et le chant, sachant que tout le monde comparerait avec le travail de ton père et poserait des questions plus personnelles qu'à un autre artiste ?

Pourquoi j'ai choisi la musique ? Je ne me souviens pas choisir, mais je suis sûr que c'est parce que mon père me manquait. Je n'aurais jamais pu imaginé à quel point les gens sont mécontents parce que je fais de la musique. Peut-être que si j'avais su ça au tout début j'aurais fait les choses différemment. Mais maintenant c'est tout ce que je connais et aime, c'est trop tard pour moi. J'y suis condamné, mais évidemment très chanceux.

Est-ce difficile de travailler en couple, particulièrement après avoir si souvent collaboré avec ta mère ?

Ça peut être très difficile de travailler en couple oui, comme en famille, mais toutes les collaborations sont compliquées au bout d'un moment, pour ne pas dire immédiatement. On n'a rien sans rien !

Charlotte et toi avez dit dans une interview que la techno était morte. Pourquoi ? Tu n'écoutes jamais d'électro ?

Je ne me souviens pas avoir dit ça mais je suis sûr que c'était une blague !

C'est toi qui te charges de l'écriture des paroles dans GOASTT. Quels sont tes thèmes de prédilection ?

Je trouve ça assez destructeur d'expliquer l'art. Même si je ne comprends pas les paroles en algérien, ça me fait ressentir quelque chose, et c'est suffisant. Cela dit, la plupart de nos paroles évoque le surréalisme, l'étrangeté et la beauté du monde.

Quels sont tes projets pour les prochains mois ?

Tourner, tourner, tourner. Ensuite je produirais quelques nouveaux albums dont je ne peux pas encore parler.

The GOASTT seront sur la Grande Scène aux Rock en Seine ce samedi 23 août et le 11 septembre en première partie de Beck au Zénith de Paris.