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Musique : quand la science tend l'oreille

Musique : quand la science tend l'oreille

Hobby populaire numéro 1, la musique devient un terrain de jeu pour les chercheurs. Que fait-elle sur le cerveau, sur notre corps, sommes-nous tous sensibles à la musique, Mozart rend-il vraiment plus intelligent et quid des talents musicaux des animaux ? Petit tour des découvertes scientifiques sur notre rapport au son.

La musique est une partie de jambe en l'air pour notre cerveau...

Pourquoi la musique nous fait-elle du bien ? En 2001, les neuroscientifiques Anne Blood et Robert Zatorre de l'université McGill, Montréal, apportent un élément de réponse. En utilisant une IRM, ils montrent que la musique active les régions du cerveau – le système limbique et paralimbique – connectées à une réponse euphorique. Les mêmes régions du cerveaux commandées par le sexe, la bonne bouffe, et les substances psychotropes. En bref, toutes ces expériences nous donnent un pic de dopamine. Et ça nous rend heureux.

cerveau music

Comme l'explique la BBC, si on comprend pourquoi la nourriture et le sexe nous fournit en dopamine (l'instinct de survie, la perpétuation de l'espèce, etc.), on voit moins l'intérêt de la musique dans la survie de la race humaine. Du coup, pourquoi le cerveau réagit-il ainsi ? « La vérité, c'est que personne ne sait », conclue la BBC. Nous voilà bien avancés. Le journal nous donne tout de même une piste, développée par Leonard Meyer en 1956. Pour le philosophe et compositeur, tout est une question d'appréhension, d'anticipation, et de récompense : votre cerveau anticipe la suite de la musique; s'il a raison, il se récompense avec une dose de dopamine. Ça y est, vous vous reconnaissez, vous qui attendez le kick du gros son qui monte, qui monte, et qui lâche tout ?

...mais pas pour tout le monde

En 2014, des scientifiques espagnols se sont penchés sur les réactions physiques liées à la musique. L'échantillon n'est certes pas très représentatif – 30 personnes –, mais le résultat mérite d'être mentionné : si la plupart des cobayes humains réagissaient positivement à la musique (accélération du rythme cardiaque, réaction de la surface de l'épiderme), 5 % restaient insensibles. D'autres expériences (impliquant une récompense financière par exemple), leur provoquaient pourtant bien émotions et excitation.

Les scientifiques se sont donc demandés si cette insensibilité musicale venait de l'amusie – une anomalie du cerveau qui touche environ 4 % de la population et empêche de reconnaître les tonalités, morceaux connus ou fausses notes. Non. Les insensibles pouvaient parfaitement reconnaître une chanson, dire si elle était joyeuse ou mélancolique. Simplement, ils ne ressentaient rien.

Mozart ne vous rendra pas vraiment intelligent

L'idée, en grande partie fausse, qu'écouter du Mozart rend les gens intelligents vient de France. C'est un certain Docteur Alfred A. Tomatis qui développe cette théorie en 1991, dans son livre Pourquoi Mozart ?. Sous le nom à fort potentiel viral d'« effet Mozart », l'idée se propage que faire écouter le compositeur autrichien à des enfants en bas âge pourrait améliorer leurs facultés cognitives et à terme leur QI. En 1993, le journal Nature publie une étude qui tend à prouver que cette musique améliorerait, à court terme, le raisonnement spatio-temporel des étudiants. C'est assez pour que le gouverneur américain de la Géorgie décide de débloquer 105 000 dollars pour distribuer aux nouveaux-nés de l'Etat des albums de musique classique. La même année, le gouverneur de Floride passe une loi pour que les centres de soin publics passent au moins une heure de musique classique par jour.

Too bad. L'effet Mozart n'est pas si efficace que ça. En 2010, une analyse synthétisant 40 études indépendantes, totalisant plus de 3000 participants, semble prouver que Mozart n'a d'autre effet que celui de ravir les mélomanes. « Je recommande à tout le monde d'écouter du Mozart, disait alors le chercheur en chef, Jakob Pietschnig, mais cela ne satisfera pas vos attentes si vous souhaitez améliorer vos facultés cognitives. » Et c'est un autre mythe qui meurt.

Les animaux pourraient avoir le sens de la musique

Les vidéos d'animaux hochant la tête en rythme ou même jouant du piano sont légions sur le net. On peut sans trop s'avancer dire que les animaux reconnaissent, d'une manière ou d'une autre, la musique.

Laurel Braitman, historienne des sciences et auteure, emmène l’expérience plus loin et organise des concerts pour animaux dans les zoos et étudie leurs réponses. On suit ses résultats avec beaucoup d'attention.