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"Capitale européenne du sommeil" : les collectifs réveillent Paris

"Capitale européenne du sommeil" : les collectifs réveillent Paris

Paris se réveille-t-il ? Quatre ans après les Etats Généraux sur l'état de la nuit parisienne, la capitale semble prête à redevenir la Ville Lumière, sous l'impulsion des collectifs.

En 2009, les acteurs de la nuit parisienne tirent la sonnette d'alarme. Dans leur pétition, « Quand la nuit meurt en silence » -- qui attire quelques 16 000 signatures -- ils s'alarment de voir la capitale sur le point d'être « reléguée au rang de capitale européenne du sommeil », asphyxiée par une « loi du silence généralisée ». Fermetures administratives en pagaille, relations ultra-tendues avec les associations de riverains et offre festive de moins en moins excitante, Paris la nuit devenait morne. Assez pour que Bertrand Delanoë, encore maire de la ville, s'empare du problème et convoque des états généraux de la nuit l'année suivante.

Retour aux sources de la techno

2014, la nuit parisienne a repris des couleurs. Et c'est avant tout grâce aux collectifs, de plus en plus nombreux à se lancer dans l'organisation d'événements festifs. « Un collectif, c'est plusieurs artistes et promoteurs dans une même association qui ont une idée commune de ce qu'ils veulent présenter comme type de fêtes et d'art aux gens », explique Clément Léon R., maire de la nuit, sur ce terme un peu flou à la croisée du promoteur événementiel, asso, groupe de potes en manque de teufs et parfois même label. 

Si la philosophie qui sous-tend les collectifs est aussi vaste que leur offre, ils ont au moins un point commun : sortir du Paris intra-muros, de ses règles et de ses prix exorbitants. « Au delà de l'artistique, ce qui les réunit, c'est de trouver des lieux en dehors de Paris, explique Clément Léon R.. Il n'y a plus de crainte de partir en banlieue, de prendre le RER, on n'a plus l'impression que c'est aussi loin, les choses sont plus accessibles ». Incarnation festive du Grand Paris, les nouveaux points névralgiques de Paris se trouvent à Clichy, Bobigny, au Bourget ou en Seine-Saint-Denis.

6B

 Le 6B, à Saint-Denis

Pour Nicolas Spinola, membre du collectif OTTO10 et fondateur d'Alter Paname, c'est la « volonté de retour aux sources » qui porte les collectifs. « Se réunir autour de la musique, mais pas seulement pour la musique, aussi pour ce qu'elle représente. Les gens ont envie de se rencontrer, de partager, qu'ils soient homos, hétéros, noirs ou blancs... On voulait retrouver le vrai esprit de la techno, celui de quand elle est arrivée en Europe. Quand le mur de Berlin est tombé et que les Allemands de Berlin-Est et de Berlin-Ouest voulaient se retrouver.»

« Il n'y avait qu'au Rex qu'on pouvait écouter de la musique »

On doit probablement cette résurrection de l'âme de la techno à un désormais pilier de la fête parisienne d'à peine 2 ans, la Concrete. « Il y avait très peu de gens qui faisaient des événements techno sur Paris avant que la Concrete ne pointe son nez. Il n'y avait qu'au Rex, et quelques autres clubs, qu'on pouvait écouter cette musique », se rappelle Nicolas Spinola. Après deux ans d'afters dominicaux délurés, la Concrete ouvre ses portes un week-end sur deux pour les soirées. Une plutôt bonne nouvelle qui va forcer une génération de jeunes à reprendre le flambeau. « Quand la Concrete a commencé à s'orienter club, on s'est dit qu'il n'y avait plus trop d'espaces de liberté, puisque personne n'avait pris le relais », reconnaît Nicolas.

Commence alors l'éclosion de dizaines de collectifs. Die Nacht – devenu en 2014 Blank – s'inspire de Berlin et investit lieux atypiques et friches industrielles avec des fêtes au parfum de culture rave. A leur tableau de chasse, la mythique piscine Molitor, l'aéroport du Bourget, la Cartonnerie, le parc de Bagatelle. Berlinons Paris, au nom sans équivoque, importe la folie berlinoise dans la vie lumière. La Mamie's, collectif de DJs, et Cracki, qui vient de lancer son label, ont organisé leur premier festival, le Macki Music Festival. OTTO10 et le dernier né Alter Paname tentent de ramener un côté convivial et participatif à la fête, avec déguisements, jeux et fêtes en journée. Poney Club squattent les lieux abandonnés et proposent « la fête pour la fête » (leurs quartiers se trouvent dans d'anciennes toilettes qu'ils ont rebaptisé Pipi Caca). Consécration de ce courant de la fête alternative, le Weather Festival, dont l'équipe de la Concrete a organisé sa deuxième édition cette année.

De la fête pas chère et plutôt fun, tout le monde est content. Ou presque. « Ça emmerde un peu les clubs, avoue Nicolas. On a des prix bas parce qu'on ne cherche pas spécialement à se faire de l'argent et ils nous voient parfois comme de la concurrence déloyale. Mais on n'organisera jamais un événement tous les week-ends, encore moins trois fois par week-end, il ne faut pas nous voir comme une menace. Au contraire, on peut tirer le mouvement vers le haut et forcer les clubs à trouver des idées pour attirer les gens chez eux. » Quant au maire de la nuit, il s'inquiète de l'état de la fête dans Paris. "Aller faire la fête au Bourget, c'est une bonne idée. Mais il ne faut pas que Paris devienne complètement calme et qu'on foute le bordel chez le voisin. Sinon, ça ne fait que déplacer le problème." Paris la nuit n'a pas fini de faire danser... et parler. 

  • Berlinons Paris organisera sa prochaine soirée dimanche 3 août Au Paris 80, à Bobigny, avec Aubrey, Morard, Théo Muller et un live de Pieuvre (entre autres).
  • La Mamie's pose ses valises samedi 2 août au 6B, en Seine Saint-Denis, avec Mellotron, Lord Funk, Pierre Wax, Jim Irie et tout le crew du Porno Cagoulè.