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Tarantino, J.J. Abrams et Christopher Nolan se mobilisent pour sauver Kodak

Tarantino, J.J. Abrams et Christopher Nolan se mobilisent pour sauver Kodak

Avec l'arrivée du numérique, l'entreprise Kodak peine à survivre. C'était sans compter sur le lobbying de Quentin Tarantino, J.J. Abrams ou Christopher Nolan !

Il est loin le temps des kilomètres de pellicules Kodak nécessaires à faire un film ! Pour le meilleur -- moins cher, moins encombrant, le numérique est tout de même plus pratique, d'autant plus quand le réalisateur ne dispose pas d'un budget faramineux --, mais aussi pour le pire : si le cinéma passe au tout numérique, Kodak mettra la clé sous la porte. Ainsi, les réalisateurs n'auront plus le choix, ce sera une carte mémoire ou rien. Sauf que, "ce serait une tragédie si tout à coup les cinéastes ne pouvaient plus tourner sur pellicule. Il y a une sorte de magie unique dans le grain et dans la couleur", s'inquiète Judd Apatow, à qui l'on doit notamment En cloque, mode d'emploi ou 40 ans, toujours puceau.

Malheureusement, ça va mal pour Kodak. L’entreprise américaine, fondée en 1881, a atteint les 6,8 milliards de dollars en 2012 : c'est la faillite, avec une chute spectaculaire de 96 % des ventes de pellicules entre 2006 et aujourd'hui. Plusieurs réalisateurs, dont Judd Apatow, Christopher Nolan, Quentin Tarantino ou J.J. Abrams se sont alors mobilisés pour soutenir la société. Tous ces adeptes de la pellicule ont réussi à convaincre les plus grandes maisons de productions d'Hollywood (Universal, Paramount, Walt Disney, Time Warner, ou encore Warner Bros) d'acheter systématiquement des bobines Kodak, et ce sans même connaître les besoins de leurs réalisateurs. L'accord devrait être signé d'ici peu, d'autant qu'ils restent encore d’irréductibles amateurs des formats old-school : Colin Trevorrow tournera le quatrième volet de la saga Jurassic Park en 35mm et 65mm,  Quentin Tarantino a toujours eu grand-mal à passer au numérique, tandis que J.J. Abrams conduira une partie de son Star Wars à la bobine. Images de synthèse ou non, le créateurs de Lost : Les Disparus ne se séparera pas comme ça de ses chères pellicules. Il en a même fait un film !

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UPDATE 06/08/2014

Après Tarantino, Nolan et autres J.J. Abrams, voilà que Martin Scorsese himself prend la défense des pellicules dans une lettre passionnée, publiée sur Indiewire et traduite par Première :

"Il existe plusieurs termes pour décrire notre métier. On fait du cinéma, des oeuvres, des longs-métrages. Et… des films. On nous appelle des réalisateurs, et plus souvent encore des ‘filmmakers’. Des créateurs de films. Je ne suis pas en train de faire semblant d’ignorer le fait que la HD est là. Ni que ses avantages sont nombreux : les caméras sont plus légères, c’est plus facile de tourner de nuit, il est plus aisé d’altérer les images à notre goût. Et les caméras sont moins chères, c’est un fait. Les films en numériques peuvent être faits avec moins de moyens.

Même ceux qui tournent sur pellicule font la post-production en numérique, puis voient leurs longs-métrages être projetés dans les salles de cinéma en HD. Alors c’est vrai, on pourrait affirmer que le futur est là, sous nos yeux, que le temps des pellicules est derrière nous, qu’il serait temps de laisser cela au passé et de dire au revoir aux tournages sur films. Ce serait facile de leur tourner le dos. Tellement facile.

Il semble qu’on nous rappelle à longueur de journée que le cinéma, c’est du business. Mais un film, c’est aussi une forme d’art, et les jeunes gens qui essayent de tourner des films devraient avoir accès à tous les moyens et matériaux disponibles. Vous imaginez dire à de jeunes artistes de jeter leurs tableaux pour ‘peindre’ sur iPad parce ce c’est plus léger à transporter ? Bien sûr que non ! Si on prend toute l’histoire du cinéma, ce n’est finalement qu’une infime partie des films qui n’a pas été tournée sur pellicule.

Tout ce qu’on fait en HD, c’est tenter de recréer le rendu de ce qu’on obtient sur pellicule. Même de nos jours, la palette visuelle sur film est bien meilleure que ce qu’on peut avoir en numérique. Elle est plus riche. Et il ne faut pas oublier non plus que c’est pour l’instant le meilleur moyen de conserver les oeuvres. On n’a pas encore l’assurance que les éditions digitales dureront dans le temps, alors qu’on sait que les pellicules se conservent pendant de longues années, à condition qu’elles soient correctement protégées.

Notre industrie – nos filmmakers – se sont alliés à Kodak car nous savons que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette technique. On a déjà perdu tellement de stocks de films… Ce combat marque un pas en avant positif en matière de protection de films, de cette forme d’art qu’on aime tant."

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Crédit photo : Levon Biss