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Ces pop-stars que l'on adore détester

Ces pop-stars que l'on adore détester

Cibles de moqueries ou de dédain, Miley Cyrus, Robin Thicke ou Zaz font partie de ces célébrités que l'on adore haïr. Mais pourquoi ?

Pourquoi tant de haine ? 

Paris Hilton vient de sortir un clip. Frissons sur la toile: chacun y va de son petit commentaire dédaigneux, entre "contente-toi de faire du shopping, chéri. La seule chose que tu saches faire" et "argent + pas de talent = Paris Hilton". Pourtant, la vidéo a déjà été vue plus de 1 650 000 fois, avec autant de "pouces rouges" que d'avis positifs. Il est vrai que ce clip s'approche dangereusement d'une parodie de Mon Petit Poney, regards langoureux (mais relativement vides) en prime. Mais les réactions sont tout même violentes pour une simple vidéo kitsch : pourquoi tant de haine ?

Interrogée par le Huffington Post, Annik Dubied est sociologue à l'Université de Genève. Pour elle, le celebrity-bashing, qui existe le plus souvent à l'encontre de stars féminines, relève d'un sentiment de frustration : "Elles ont tout eu très jeunes, le succès, la gloire, l'argent, et on leur en veut parce qu'elles peuvent tout compromettre. (...) Auparavant, les stars étaient des symboles de réussite individualiste, aujourd'hui, les réactions face à leur possible chute exprime un doute social généralisé, passant par exemple par la peur de perdre son boulot, de s'effondrer à son tour. On se dit: si j'avais cette chance, je ne la gâcherais pas."

Pour Nathalie Heinich, sociologue et auteur de De la célébrité, il s'agit également d'une réaction à une identification déçue : "on passe très facilement de l'admiration au dénigrement, conséquence du phénomène d'attachement et d'identification à la star". Britney, ayant conquis le cœur de la génération Disney en étant à la fois sexy et petite fiancée de l'Amérique, en est l'exemple le plus flagrant. Au premier faux-pas, ceux qui appréciaient Brit-Brit, même vaguement, ont trouvé un magnifique défouloir au crâne rasé : autant dire que Mlle Spears ne s'en remettra pas, alors que c'est très certainement cette pression qui l'a poussée à prendre la tondeuse. 

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Dur dur d'être une popstar

Trois tweets ont suffit pour que les Internets s'emballent, les réseaux sociaux étant, bien sûr, le vecteur de prédilection du celebrity-bashing : Russell Crowe est fan de Zaz. Si la chanteuse marche plutôt bien à l'étranger (elle a même reçu le prix Sacem de l'export l'année dernière), elle est ici l'objet de toutes les moqueries. Elle agace pour ses paroles naïves, son côté anti-system en carton, son pseudo-moralisme. Pire, quand certains veulent vendre son disque comme celui d'une "nouvelle Edith Piaf", les fidèles à la Môme sont pris de nausées. Sur-vendue, la bulle Zaz a explosé presqu'aussitôt... Et la chute est rude. 

 

La surexposition et les comparaisons hasardeuses sont du pain béni pour les haters : Zaz et Edith Piaf donc, Stromae et Jacques Brel, Justin Bieber et Michael Jackson (oui, souvenez-vous, quand l'agaçant Bieber n'était qu'une sensation Youtube avec une coupe au bol, le rapprochement était souvent fait), Lady Gaga et Madonna, Miley Cyrus et... un ours en peluche twerkeur ? Parce qu'il serait trop simple que le celebrity-bashing ne vise qu'une catégorie d'artistes, certains s'attirent les foudres non pas pour leurs côtés copieurs, mais pour leurs folles envies de se démarquer. On a tout dit sur Cyrus : symbole d'émancipation, rébellion contre le system Disney, féminisme militant... Il n'empêche, autour de la machine à café, ce n'est pas le contenu de son album Bangerz qui intéresse, mais bien ses clips déshabillés, ses leçons de twerk et son obsession pour la masturbation. Puisqu'elle est si différente, difficile de s'identifier à la chanteuse de 21 ans : il ne reste qu'à se moquer d'elle ou à chercher des explications sérieuses là où il n'y en a pas. Miley Cyrus n'est pas insupportable par revendication. Elle est terriblement agaçante parce qu'elle fait tout pour que l'on ressente ça : c'est toujours mieux que rien, et on ne peut pas imaginer qu'être connu dès son plus jeune âge ne laisse pas quelques traces. Ce n'est pas Justin Bieber qui dira le contraire.

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Ce n'est pas très bon d'être trop différent. La girl-next-door Katy Perry l'a bien compris : bizarrement, on lui pardonne beaucoup plus de ne pas savoir chanter sans autotune que Britney Spears. Elle a l'air abordable, pas complètement lisse sans être timbrée, pas trop mégalo. C'est ce dernier point qui attire l'ire des mélomanes sur Kanye West. Oui, il n'est pas le plus nul, mais il le sait beaucoup trop. Alors que, contrairement à ses petits camarades sus-cités, Kanye ne souffre pas de comparaisons hasardeuses, le mari de Kim Kardashian -- pas le meilleur choix en terme d'image -- aime se comparer à toute une foule de personnalités, dont Steve Jobs et... Dieu. Notre instinct nous pousse à relativiser et à, au mieux, ignorer le rappeur mégalo ; au pire, à le détester.

Trop extravagante Miley Cyrus, trop sûr de lui Kanye West, trop machiste Robin Thicke (puis trop "paula-pardon-je-suis-désolé", nous faisant passer du mépris à la pitié)... Pour ne pas être moqué, vaut mieux ne pas avoir un trop gros défaut, être unique sans être trop décalé... Difficile d'être une pop-star, heureusement que la paye va avec ! 

Il n'y a pas que dans la musique

Au cinéma, il n'y a pas d'autotune. Le talent de l'acteur ou de l'actrice joue alors un rôle prépondérant dans le choix du bouc-émissaire d'Hollywood. Entre Mélanie Laurent et Marion Cotillard, la France est d'ailleurs pas trop mal représentée : on dit merci Marion pour cette magnifique mort dans Batman ! 

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Quel que soit le domaine, cinéma ou musique, le talent, les défauts trop prédominants ou l'originalité un peu fake peuvent faire exploser les moqueries et hastags désagréables sur Twitter. Mais s'il est un domaine encore plus obscur du celebrity-bashing, c'est bien la vie privée. Quand votre star préférée fait un faux pas dans son intimité, elle devient comme par magie la plus grande source de plaisanterie. Kristen Stewart, chopée en flagrant délit d'adultère, en a fait les frais. Ses fans ainsi que les groupies de Robert Pattinson (son copain de l'époque, cocu donc) lui ont fait payé son écart, notamment en la surnommant The Trampire, contraction entre "tramp" ("pouffe") et vampire... Jusque sur des tee-shirts ! Comme à la grande époque "Britney chauve", beaucoup y sont allés de leur petit avis sur Youtube, comme cette jeune femme visiblement très touchée par la situation de Robert Pattinson, exemple parfait du syndrome "si j'étais à sa place, je ferais mieux" (trois millions de vues tout de même !) : 

Curiosité malsaine, identification, frustration, jugement de valeur. Toutes ces stars sus-citées, qui agacent tellement, n'existeraient même pas si personne n'était là pour les critiquer... Par simple jalousie.