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Quand le cinéma s’intéresse à la musique (3/5) : Dig!

Quand le cinéma s’intéresse à la musique (3/5) : Dig!

À l’occasion des soirées Cinéma en Plein Air de la Villette à Paris, qui commencent ce soir, Green Room Session vous propose une sélection de cinq films musicaux incontournables. Pour les provinciaux et les allergiques à la pelouse ne souhaitant pas se rendre à la Villette, pas d’affolement, cette série de films à découvrir et re-découvrir devrait satisfaire les cinéphiles comme les mélomanes, à l'image de Dig!, très malin documentaire sur l'amour/haine entre les Dandy Warhols et les Brian Jonestown Massacre.

Qu'est-ce que c'est ?

D'un côté, les Dandy Warhols, groupe de Portland formé en 1993. Ils ont plu pour leur côté fun, voire je-m'en-foustiste, et leurs tubes faciles et rock... Ingrédients qui ont sans doute fini par lasser. De l'autre, les Brian Jonestown Massacre (BJM), farouchement indépendants, quasiment inconnus en France et tenu d'une main de fer par le chanteur Anton Newcombe. Le documentaire Dig!, sorti en 2005, suit ces deux groupes pendant 7 ans, entre amitié et haine profonde : si les Dandy et les BJM s'adoraient au début de leurs carrières respectives, les rockeurs ont fini par se détester, en grande partie parce que les Dandy Warhols ont accepté de signer avec Capitol Records. A voir ci-dessous, en anglais sous-titré:

La réalisatrice

Ondi Timoner n'est pas n'importe qui dans le monde du documentaire: elle est la seule à avoir jamais reçu deux Grands Prix du Jury au Sundance, pour We Live In Public (nous y reviendrons) et Dig!, justement. Et l'Américaine de 41 ans n'a jamais peur de bousculer les codes du genre. Pour habiller les 2500 heures de rush filmés pendant 7 ans aux côtés des deux groupes, elle a fait appel à Courtney Tailor, le chanteur des Dandy Warhols en voix off... Sans lui montrer les images! Le rockeur devait uniquement se fier aux explications et commentaires d'Ondi Timoner, ce qui évite un parti-pris trop évident (même s'il est assez présent). Mais c'est tellement bien fait que le documentaire a été ajouté à la collection permanente du MoMA à New-York.

Pourquoi c'est bien ?

Dig! s'attache à décrire les personnalités explosives de ces musiciens, et propose une jolie réflexion sur l'industrie musicale, l'amitié et les dérives de la rebel-attitude. Les personnages -- pardon, les personnes -- en présence sont plus que hautes en couleur, Anton Newcombe en tête, parano et despotique. Le montage, montré en exemple dans les facs de cinéma américaines, permet de rentrer encore plus dans l'univers débridé des deux groupes: entre caméra numérique et enregistrement volés au téléphone portable, la réalisatrice Ondi Timoner prend quelques libertés avec la chronologie pour mieux mettre en lumière ces éternels losers.

Si vous aimez ce film, regardez aussi...

We Live In Public, autre documentaire majeur dirigé par Ondi Timoner. Rien à voir avec la musique: la réalisatrice s'attache à décrire la vie de Josh Harris, pionnier d'internet, rapidement ruiné à cause de l'explosion de la bulle et créateur du projet Live In Public (Josh Harris et sa copine se faisaient filmer 24/24 dans leur appartement, sorte de pré-télé-réalité dénonciatrice du concept Big Brother orwellien). Sorti en 2009, le docu évoque bien évidemment le thème de la vie privée sur le net et la pente dangereuse que représente le "tout public".

Autre proposition: Lawrence Of Belgravia, dans lequel Paul Kelly suit Lawrence (ex-leader de Felt, Denim et Go Kart Mozart) pendant huit ans, alors que le chanteur rêve de gloire mais vit des allocs. Une autre manière de filmer les losers antipathiques mais plutôt attachants: "Je veux vivre dans une bulle de célébrité. Je veux avoir mon propre avion, qu'on vienne me chercher en limousine. Je déteste les mecs qui font 'oui, je prends toujours le métro, je veux rester connecté aux gens'. Quelle m*rde ! Je ne veux voir personne.", peut-on entendre dans ce 90 minutes.

La bande-originale

La BO de Dig! comprend évidemment 99% de Dandy Warhols et de Brian Jonestown Massacre, quoique peu de morceaux sont joués en entier -- ici, on s'attache plus à la personnalité qu'à la musique. L'occasion tout de même de réviser son shoegaze et son rock psychédélique, pour ceux qui ont loupé le passage de BJM aux Nuits Sonores 2014.