JE RECHERCHE
Petite encyclopédie des waves

Petite encyclopédie des waves

C'est l'été, et les vagues qui intéressent à l'heure actuelle sont celles produites sur les bords de plage. Cependant, pour ne pas être perdu à la rentrée avec les sorties qui vont peupler les catalogues musicaux, nous vous avons préparé un guide pour vous y retrouver parmi tous ces noms de genre un peu étranges auxquels on accole « wave » à la fin.

ian who ?À la rentrée, cela ne peut pas arriver.

 

Mais d'abord, d'où ça vient ?

Difficile de donner une origine précise à l'usage du mot wave pour définir les genres. Le premier usage de l’expression semble dater de la new-wave, genre apparu à la fin des années 80. Ce terme s'inspire du mouvement cinématographique français de la Nouvelle Vague, né dans les années 50, et chapeauté par des réalisateurs comme Truffaut ou Godard. Étymologiquement parlant, "new-wave" est un terme un brin fourre-tout qu'on pose sur les mouvements — qu'ils soient artistiques, politiques ou philosophiques — qui se libèrent des codes traditionnels dans lesquels ils grandissent. L'usage de « new-wave » comme genre musical prend son envol dans les années 80, en même temps que son acolyte cold-wave, et de ses dérivés dark-wave ou encore no-wave. De ces styles s'inspire la généralisation du terme « wave », synonyme littéral du français vague, que les dictionnaires anglophones définissent comme une tendance, une opinion, une façon de faire répandue.

C'est bien beau, mais comment on s'y retrouve ?

Pas de panique, nous vous avons préparé un petit guide pour vous y retrouver dans toutes ces vagues.

New-wave

Pionnier du gimmick, la new-wave désigne le genre qui s'est développé à la fin des années 70 en réponse au punk. Nos voisins anglo-saxons utilisent d'ailleurs le terme « post-punk », pour renvoyer à ce que de notre côté de la Manche nous appelons new-wave et cold-wave. Pour la recette, prenez l'énergie et la spontanéité du punk, et remplacez la saturation par des mélodies aux riffs saccadés, des rythmes de batteries complexes, et une tendance à la généralisation des synthétiseurs.

Pourtant, difficile de baliser ce genre, les spécialistes utilisant ce terme comme une étiquette fourre-tout. L'acceptation générale veut que ce style englobe les groupes aux influences punk, mais intégrant une dimension pop à leur musique, via l'utilisation de sonorités électroniques. La musique tend à laisser plus de place à l'expérimentation, les paroles sont plus élaborées et la production plus travaillée, à la différence du punk qui mise sur du brut, le son garage et le DIY. De l’anticonformisme, à l'époque.

Artistes phares : New Order, Talking Heads, Tear for Fears, Depeche Mode, Talk Talk, Television ou encore Magazine.
Genres dérivés : cold-wave, new romantics

Cold-wave

Petite sœur de la new-wave, la cold-wave s'inspire de ses codes pour en radicaliser la froideur musicale (comme son nom l'indique, tout simplement). Au programme, voix éthérées, voire cadavériques, accompagnées de lignes de basse glaciales et de rythmes de batterie décharnés, le tout en renforçant la présence des synthétiseurs. Faisant ses premières apparitions en même temps que la new-wave, la cold-wave trouve ses racines dans les styles des années 70. Les emblèmes du mouvement, en Angleterre, sont probablement les disques de Joy Division, ou la trilogie de The Cure Seventeen Seconds, Faith et Pornography. Les batteries répétitives, les lignes de basse froides et les voix lugubres de Ian Curtis comme de Robert Smith donnent à leurs disques un caractère mélancolico-funeste remarquable.

Pour les nostalgiques du genre, une compilation a été éditée en 2004 chez Tigersushi, au nom très emblématique So Young but So Cold.

Artistes phares : Joy Division, The Cure, Bahaus, KaS Product, Asylum Party
Genres dérivés : new romantics, dark-wave

No-wave

La no-wave pourrait être considérée comme le punk de la new-wave, étant la réponse américaine aux mouvements new-wave et cold-wave venus d'Europe, et qui étaient considérés par certains artistes comme beaucoup trop mainstream. Non-vague touchant plusieurs arts (musique, mais aussi cinéma et photographie), la no-wave regroupe une génération d'artistes touche-à-tout qui ont pris un malin plaisir à la déconstruction, tout en puisant leurs influences un peu partout : le jazz pour l'improvisation, le rock pour la dissonance, et le punk pour la destructuration et la philosophie do-it-yourself. Au programme, bruitisme, minimalisme, voix psychotiques et/ou criardes, et autres idées de génie pouvant participer à la déconstruction de la musique punk. Un mouvement de courte durée, mais qui aura eu une influence certaine.

Artistes phares
 : Teenage Jesus & the Jerks, et James Chance & The Contortions.

Dark-wave

Acolyte de la cold-wave, la dark-wave se développe dans les années 80 en reprenant les codes cold tout en poussant le bouchon un peu plus loin. Prenez un titre de cold-wave, ajoutez-y des éléments gothiques, saupoudrez d'influences éléctro-industrielles, et vous pouvez vous faire une petite idée du style. Un genre qui plus tard influencera les mouvements musicaux se revendiquant gothiques.

Artistes phares
 : In The Nursery, The Last Dance
Genres dérivés : ethereal-wave ; neoclassical darkwave

Ethereal-wave

Développée dans la même veine que la dark-wave dont elle est un sous-genre, l'ethereal wave regroupe des groupes comme Cocteau Twins ou encore Dead Can Dance. Le style met l'emphase sur les lignes de basse et l'ambiant guidé par les guitares, avec une prédisposition pour les voix féminines. Indice : ces groupes utilisent beaucoup trop de delay et de reverb.

Artistes phares
 : Cocteau Twins, Dead Can Dance

Minimal-wave

Genre posthume, la minimal-wave s'est vue forger un nom au début des années 2000. L'étiquette regroupe une génération d'artistes à avoir radicalisé la portée électronique de la new et cold-wave. Précurseur du lo-fi, la minimal-wave met en avant le synthétiseur et la boite à rythme, s'intéressant principalement au côté machiniste de la musique. La minimal-wave se voit parfois également appelé synthwave, ce qui peut porter à confusion avec le genre moderne.

Artistes phares
 : Trisomie 21, The Neon Judgement
Genres dérivés : minimal synth

Oui, mais aujourd'hui ?

Tous ces styles sont nés dans les années 70/80. Mais alors, pour s'y retrouver dans les sorties actuelles, il s'est passé quoi depuis ?

Synthwave (version moderne)

Genre moderne, la synthwave remonte à l'explosion de l'électro française à la moitié des années 2000. Puisant son inspiration dans la culture pop des années 80, tant dans les visuels que dans la musique (de la disco à la house en passant par la synthpop), la synthwave étiquette la génération de producteurs combinant les techniques de production récentes aux sonorités de synthétiseurs rétro, souvent dans des arrangements aux allures de musique de film. Souvent étiquetée rétro-futuriste, la synthwave a ses chefs de file, et ils se nomment Kavinsky, Minitel Rose ou encore Louis la Roche.

Artistes phares
 : Kavinsky, Minitel Rose

Grave-wave

Bon, on avoue qu'on a un peu triché sur celui-là, puisque c'est l'autre appellation de la witch-house, dont vous pouvez trouver notre guide ici.

Artistes phares : Salem, oOoOO

Chill-wave

La chill-wave émerge dans les années 2000 sous l'influence de groupes comme Toro Y Moi, ou encore Animal Collective. Le style peut être vu comme une version électronique de l'indie, mixé à la sauce électronica. Des boucles mélodiques simples, illustrées de voix pop et de pas mal de reverb, le tout dans une esthétique un brin lo-fi.

Artistes phares : Blackbird Blackbird, Com Truise, Toro Y Moi

Vaporwave

Le nom vous dit tout ! La vaporwave regroupe une vague d'artistes à la musique électronique vaporeuse, aux longues nappes ambiantes, basée principalement sur l'usage de samples.

Artistes phares : CVLTS, Run DMT, No UFO's

Les revivals

Forcément, comme tout genre, la liste ci-dessus a connu des revivals pour chaque genre, plus ou moins réussis.

La new-wave a eu le droit à plusieurs revivals du style. D'abord la new wave of new wave (NWONW), apparue au cours des années 1990 sur la scène britannique, regroupant des groupes de rock à fortes influences punk et post-punk. Dans les années 2000, des groupes comme Hot Chips, Passion Pit ou encore The Presets ont reçu l'étiquette « new-new-wave ». Une nouvelle génération semble également naître en France dans les années 2010, appelée tout simplement "nouvelle new wave", avec le label du même nom. La nouvelle génération de la darkwave a donné naissance à une musique plus électronique, au croisement du goth-rock et de l'électro-industrielle, bien que se détachant quelque peu de la scène goth, et se rapprochant parfois dangereusement de la witch-house et de l'ethereal-wave. 

Pas toujours facile de s'y retrouver, mais vous voilà fin prêts. Liste non-exhaustive, il y a tout à parier que de nouvelles waves vont apparaître d'ici quelques années, alors restez à l'affut !