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Entretien avec Antoine Kraft et Alexandre Jaillon, les créateurs de The Peacock Society

Entretien avec Antoine Kraft et Alexandre Jaillon, les créateurs de The Peacock Society

Après avoir adoré The Peacock Society, on a eu envie d'en savoir un peu plus sur les deux créateurs du festival, Antoine Kraft et Alexandre Jaillon, respectivement patrons de Savoir Faire et de We Love Art. Green Room Session leur a donc volé quelques minutes sur la terrasse du Wanderlust, alors que quelques mètres en dessous sévissaient les mythiques Masters At Work pour la dernière soirée du festival.

Green Room Session: Qu'est-ce qui vous a donné envie de créer ce festival, et pourquoi ensemble?

Antoine Kraft: Alexandre, Marie (la productrice de l'événement, ndlr.) et moi nous connaissons et sommes dans la musique électronique depuis très longtemps. A Savoir-Faire, on fait plutôt de la production et du booking, tandis que We Love Art sont notamment assez forts pour trouver les bons lieux. Et une bonne fête doit se faire au bon endroit. Je leur ai souvent dit que le jour où ils trouvaient un lieu, je serais prêt à les suivre sur un festival à Paris, et on a fini par créer The Peacock Society, au bon timing. Je pense que si on avait lancé le festival il y a cinq ans, on n'aurait pas réussi à remplir. Visiblement, les gens sont enfin prêts, ça valait le coup de s'accrocher!

Alexandre Jaillon: C'est toujours une grande excitation pour nous d'organiser une fête dans un lieu atypique, ça crée une dynamique et il y a un public pour. On est précurseur d'un mouvement qui se régénère, qui accueille les nouvelles générations et dont on se réjouit.

Antoine Kraft: La preuve avec ce qui se passe en dessous du Wanderlust! (3 heures de set des Masters At Work dans un décor très rave, sur les quais de Seine. Ci-dessous, la terrasse.)

wanderlust

Alexandre Jaillon: On a été les premiers à faire une soirée à la Cité de la Mode et du Design par exemple, on a fait la piscine de l'Aquaboulevard, le Grand Palais, le cirque Fratellini. Ça fait dix ans qu'on fait ça, on a envie d'aller vers des dispositifs scéniques et scénographiques plus aboutis, ce qui n'existait pas tellement dans les raves d'il y a cinq ou dix ans. En grossissant, on a eu envie de faire un festival, et on s'est rapproché de nos camarades de Savoir Faire.

Pourquoi le public n'aurait-il pas été prêt pour le Peacock il y a cinq ans?

Antoine Kraft: Il n'y a qu'à regarder le top single! Aujourd'hui, il n'y a que des titres électro ou montés comme tels. "Papaoutai" de Stromae, c'est de l'électro: c'est rentré dans les mœurs en France, même si ça a mis plus de temps qu'ailleurs. On peut maintenant faire des événements de masse mais qualitatif avec un line-up pointu et attirer 25 000 personnes sur un week-end.

Quelle serait la patte Peacock Society?

Antoine Kraft: Je pense que Peacock accueille bien le public, coûte un certain prix mais ne ment pas sur la marchandise. Qualité, intégrité et respect!

Vous ne recevez pas de subventions publiques pour organiser Peacock...

Antoine Kraft: ... On n'en demande pas. Je ne suis pas monté en tant que promoteur en claquant des doigts, j'ai toujours été indépendant. Ce sont des démarches institutionnelles qui prennent du temps. Et quand on rentre dans le jeu des subventions, il y a une commande de la part de la ville ou de la région. Ne pas s'engouffrer dans ces démarches nous permet d'être une société, d'avoir nos propres valeurs.

Avez-vous réussi à profiter du festival?

Antoine Kraft: J'essaye au maximum de m'organiser pour pouvoir profiter, ce qui n'est pas forcément le cas de tout le monde parmi les producteurs! J'ai beaucoup aimé Ten Walls, la soirée a décollé grâce à lui. Darkside aussi, c'était bien. Brodinski enfin, est un showman sans conteste, nouveau DJ français pour les 20 prochaines années, une relève assumée avec un son moderne et ramenant beaucoup de hip-hop dans la techno.

Alexandre Jaillon: Quand tu es organisateur d'un festival comme ça, tu as la responsabilité que tout se passe bien avec quand même plus de 12000 spectateurs par jours, et trente ou quarante artistes qui passent. On essaye de rester focus et en vigilance sur tout... Ce qui n'empêche pas de temps à autres d'aller vraiment sentir la vibe, aussi bien sur le plateau avec les artistes que dans la salle. J'ai donc eu des petits moments musicaux qui m'ont marqué: Omar S, mais aussi Tale Of Us qui étaient vraiment excellents, ils ont su moduler pour garder l'attention du public en fin de soirée, Darkside évidemment, ou encore Agoria, dont la musique a été très bien mise en valeur par le dispositif scénographique. J'ai beaucoup aimé le parti pris scénographique radicalement différent entre les deux scènes, entre lumières et vidéos. Aussi, Paul Kalkbrenner a été une bonne surprise. J'étais plutôt fan de son premier album sorti en 2001, très deep techno transe, doux, envoûtant et hypnotique. Maintenant, c'est plutôt épique, on aime ou on n'aime pas.

Antoine Kraft: Mais il a mis une vibe incroyable!

Alexandre Jaillon: Oui, il a capté le public et a mis 1h30 de folie dans la soirée. J'étais assez impressionné: beaucoup d'invités du petit milieu parisien, généralement assez difficiles, étaient curieux de venir le voir et sont finalement bien rentrés dedans. Et puis on n'a pas eu un show exclusivement "Kalkbrenner": ses vidéos étaient intégrées dans notre système, il a fait un spectacle mélangé Peacock / Kalkbrenner. C'était cohérent avec le reste du dispositif et assez élégant... Ce qui n'est pas toujours le cas. 

Est-ce qu'une troisième édition de Peacock est dans les cartons?

Antoine Kraft: Non, on a décidé d'arrêter, ce matin entre 8h et midi! (rires)

Alexandre Jaillon: En tout cas pour aujourd'hui! Mais on va très rapidement travailler dessus. On a réussi à créer une marque en deux éditions, c'est fort! En sortant de scène, les Tale Of Us m'ont dit que pour eux, en France, Peacock était au même niveau que les Nuits Sonores en termes de sensations. Je pense que c'est le cas: pour la première édition, on avait le soleil et une ambiance fantastique. Là on est encore monté d'un cran, ajoutant la scénographie et d'autres activités comme la projection d'un documentaire, l'espace du sous-bois, le Secret Dancefloor, l'installation de JR... On est fatigué, mais content! Pour 2015, on veut continuer à travailler sur ces exigences scénographiques, ces petits à-côtés qui font le piment de la soirée, continuer à insister sur nos coups de coeur et sur la qualité du son. Ce n'est pas un endroit très facile à sonoriser, tout est en métal ou en verre. Mais j'ai trouvé que le son était excellent, et c'est surtout pour ça que viennent les gens. Certains festivaliers sont allés féliciter la régie, et même l'ingénieur de Paul Kalkbrenner a laissé les manettes à Sébastien Roblin, en charge du son du Peacock.

Antoine Kraft: On veut aussi rester très exigeant sur l’accueil du public, par rapport aux queues, aux attentes, aux accès. On a fait en sorte qu'il n'y ait la queue nulle part.

Ce qui n'était pas vraiment le cas au festival We Love Green...

Alexandre Jaillon: Oui, on en a bien eu conscience. C'était très compliqué au niveau logistique, surtout le samedi. On s'en est excusé vis-à-vis du public. Ça n'a pas permis au gens de profiter pleinement de l'événement. On va y travailler pour l'année prochaine, pour que ça se passe aussi bien qu'au Peacock.