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dOP: "On est aussi à l'aise à Ibiza que dans un club destroy de Berlin"

dOP: "On est aussi à l'aise à Ibiza que dans un club destroy de Berlin"

Dans 48 heures seulement, les trois Parisiens de dOP vont sans nul doute retourner le Kolorz Festival. Alors en attendant d'aller les applaudir à Carpentras (jetez donc un oeil à la programmation, tout ça vend du rêve), on a causé Ibiza, festivals et problèmes d'argent depuis leur studio berlinois.

Damien, Jonathan et Clément sont amis d'enfance. Après quelques années de galère (on y reviendra), ils créent dOP, s'exilent à Berlin... Et retourne totalement la scène européenne avec leurs lives explosifs, sentant bon la grosse house et la sueur. En somme, de l'électro dansante qui aurait bouffé du punk.

Green Room Session: Kolorz, Big Festival, Plages Électroniques... Vous faites la tournée des festivals!

Damien: On fait plein de dates, comme tous les étés. Mais cette année, c'est la première fois qu'on fait plusieurs festivals en France, contrairement au reste de l'Europe. On revient à notre belle campagne, au terroir...

Vous tournez souvent à l'étranger, beaucoup moins en France. Comment vous l'expliquez?

Damien: Peut-être que les programmateurs ne pensent pas à nous.

Clément: Comme c'est exotique dans le reste de l'Europe d'avoir un groupe français, on est souvent booké à l'étranger... Mais pas ici. Ils préfèrent des mecs de Détroit. La France n'est pas forcément le pays le plus avant-gardiste, les festivals ont attendu qu'on soit un peu plus confirmés internationalement avant de nous appeler.

dOP

Du coup, vous êtes aujourd'hui basés à Berlin. C'est plus simple là-bas?

Damien: Paris aime le Berlinois, Berlin aime le Parisien. A Paris, pour les soirées à la mode, ils ramènent des DJs du Berghain. Ici, ils sont Français. Paris a beaucoup changé depuis notre départ. Il se passe énormément de choses à Paris, de nouveaux festivals se créent avec un public jeune et intéressé. Quand on est parti il y a quatre ans, c'était tristounet.

Pourquoi être signé sur un label français (Circus) alors que vous avez l'air très attaché à Berlin?

Damien: On a commencé avec Circus, tout se passe bien avec eux, on se fait confiance et ils ont une vraie vision musicale dans le choix des autres artistes.

Clément: Et puis on comprend ce qu'ils nous disent! (rires)

Qu'avez-vous prévu pour le Kolorz?

Damien: C'est nouveau pour nous d'avoir un public français de province...

Clément: On va essayer de prévoir un set adapté au festival, pour un public mixte, pas un truc de club pour spécialistes. On aime bien l'idée que quelqu'un vienne nous voir après un concert de rock ou de reggae, ça colle à ce qu'on est: nous aussi sommes curieux et aimons bien mélanger les genres. On aura donc un set spécial festival, avec de nouvelles chansons moins centrées club et nerd.

Damien: Ce sera plus ouvert, on a quasiment changé tout le set, mais on gardera la même énergie.

Qui est-ce que vous irez voir?

Damien: Il y a des trucs sympas programmés. Je pense qu'on ira voir Gesaffelstein, on ne l'a jamais vu jouer! On a déjà vu la plupart des autres, mais j'irai peut-être écouter The Hacker, c'est bien dark.
(pour vous faire une idée, ci-dessous le report vidéo du Kolorz festival de cet hiver, ndlr.)

 Vous êtes en studio, que préparez-vous? 

Damien: Là on mixe une chanson pour le projet de notre chanteur. Mais sinon, on passe beaucoup de temps ici à faire de la musique, à mixer et à préparer les lives. A la rentrée, on va sortir un disque avec l'orchestre philharmonique de Zurich, il est déjà fini. 

Une rencontre entre vous et un orchestre classique... Vous aimez beaucoup mélanger le classique, l'électro, le jazz.

Damien: On aime tous ces styles de musique, donc oui, ça nous plaît de les rapprocher et de s'en nourrir pour créer notre son. Au départ, l'électro n'était pas forcément notre musique de prédilection. C'est un style qu'on n'imaginait pas faire. Aujourd'hui, on revient à des formats plus "chansons", même si on garde l'énergie de la house.

Vous avez déclaré que vous vous étiez lancé dans l'électro après que Nicolas de Nôze vous ait dit qu'on gagnait de l'argent dans ce milieu.

Damien: C'est vrai! On n'écoutait pas du tout d'électro. A l'époque, on faisait des chansons bizarres, ça intéressait quelques personnes mais on ne s'inscrivait dans aucun style. Dans ce cas-là, c'est très compliqué d'avoir des dates et de sortir des disques. Nicolas de Nôze était intéressé par notre créativité mais nous a dit qu'il fallait canaliser ça. C'était ironique, mais c'était vrai aussi: on n'arrivait pas à vivre. On travaillait 8 heures par jour dans un hôtel, puis on bossait dans un studio de rap. On a enregistré le premier album de Sexion d'Assaut par exemple, ou le premier album de Gims aussi... Quand tu vois ce qu'ils sont devenus! C'est quand on a arrêté de partir dans tous les sens et de bosser sur du rap, selon les conseils de Nico, qu'on a commencé à pouvoir vivre. Aujourd'hui, on a un appartement! (rires) Mais c'est vrai qu'on a découvert la musique électronique en la jouant. On en faisait déjà qu'on ne connaissait pas encore la techno et la house!

Et vous écoutez de l'électro aujourd'hui?

Damien: Bien sûr, on adore ça! Tu ne peux pas faire quelque chose sérieusement si tu n'aimes pas ce que tu fais! Aujourd'hui, j'écoute de la house, de la techno, du disco. Ce matin, j'ai entendu le nouvel album de Nôze, c'est extraordinaire; sinon, beaucoup de Caribou, Todd Terje et même des trucs comme Gesaffelstein.

Vous avez créé un side-project, Les Fils du Calvaire. Pourquoi avoir séparé dOP et ce projet-là?

Damien: C'est vraiment un autre univers. C'est notre côté un peu plus léger, plus rigolo, on fait ressortir notre culture française: si tu ne comprends pas les textes, tu rates une partie du plaisir. On a le deuxième maxi qui sort en septembre, on a un album dans les cartons. Mais ce n'est pas du tout un projet fait pour les clubs, on arrive sur scène avec des musiciens.

Vos lives, même électro, ont souvent une dynamique de groupe, de concert. Ça n'a pas été compliqué à expliquer aux bookers de club?

Clément: Au début, si... Ça a pris du temps, mais maintenant on est totalement accepté et connu pour ça. La force de dOP, c'est le live, on a beaucoup travaillé dessus ces dernières années. On essaye de proposer un vrai concert, on se donne vraiment à fond. Et puis on se connaît depuis toujours, on arrive à s'adapter au public, créer une dynamique sans que ce soit prévu à l'avance.

Vous avez été classés 3ème meilleur live 2011 par Resident Advisor. Ça fait quoi?

Damien: Ça fait plaisir, ça veut dire que des gens ont passé de bons moments avec nous... Mais il faut relativiser ce genre de classements, on ne sait pas qui vote et ce n'est pas toujours très réaliste. Mais c'est bon, on ne se sent plus imposteurs, on fait partie du paysage (rires). Cette année, on a eu une résidence au Pacha à Ibiza. On n'aurait jamais imaginé ça il y a quelques années! On devient aussi à l'aise dans des clubs destroy de Berlin qu'en boîte à Ibiza avec des danseuses sur des trapèzes. On est nous même, on fait notre petit truc, et ça nous passionne.