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Yannis Philippakis, chanteur de Foals: "La vie en tournée peut te foutre en l'air"

Yannis Philippakis, chanteur de Foals: "La vie en tournée peut te foutre en l'air"

Dans sa loge située au sein même de la citadelle d'Arras, pendant le Main Square Festival, Green Room Session a rencontré le chanteur des Foals, Yannis Philippakis. Le temps que son thé ne refroidisse, on a discuté rock français, Stromae et jardinage, même s’il avait l’air un peu fatigué : la veille, les Foals jouaient en Pologne et ont assisté à un « cool » concert de Jack White.

Green Room Session: A quel concert as-tu envie d’assister ce soir ?

Yannis Philippakis: Je vais sûrement passer voir Disclosure après qu’on ait fini. Mais peut-être Stromae aussi ! J’en ai entendu parlé et j’aime bien le clip de « Papaouétou » (« Papaoutai » revisité à l’accent anglais, ndlr.) Mais il n’est pas très connu en Angleterre, je l’ai découvert en regardant la télé française en tournée : on passe souvent ici. Rien que ces derniers temps, on a fait le We Love Green, ici, et entre les deux des festivals en Normandie et en Bretagne. C’est le premier pays étranger dans lequel on ait joué.

Tu as déjà dit dans une interview que les groupes de rock français ne misaient que sur leur look et sonnaient très mal… On ne peut pas vraiment te contredire, mais comment t’es venu cette constatation ?

Je crois que la vraie question dans cette interview portait sur ce que j’aimais en musique française : ça a été un petit peu réarrangé ! En l’occurrence, j’aime beaucoup le vieux hip-hop français, IAM, McSolaar… Ou alors des chanteurs comme Jacques Brel. C’est là qu’ils ont commencé à me demander pour le rock français : pour être honnête, je ne connais pas beaucoup de groupes de rock français, contrairement à ceux d’électro, vu que les plus gros compositeurs de dance music sont d’ici. Mais les rockeurs que j’ai pu croiser en tournée, assurant parfois notre première partie, semblaient apporter plus d’importance à avoir la bonne veste en cuir, la bonne coupe de cheveux, à bien présenter… Ils avaient l’air plus cools que tout le monde, mais ça ne suivait pas musicalement : il y a en France cette fascination pour le rétro dans le rock, tandis que l’électro française est dirigée vers le futur, c'est dommage. Je préfère les groupes américains et anglais, même s’il existe évidemment de bons groupes de rock français, comme Phoenix, même si ce n'est pas vraiment du rock… J’espère que personne ne s’est énervé suite à cette interview !

Les artistes demandent généralement à ce que les photographes viennent pendant les trois premières chansons. Vous spécifiez que vous voulez les accepter sur les trois dernières. Pourquoi ?

Pour que ça ait l’air réel. Rihanna ou d'autres de ce calibre demandent les photographes au début du show parce que c’est important d’avoir l’air beau. Mais je trouve ça bizarre que tous les autres groupes du monde le fassent. A la fin, c’est toujours plus intense pourtant, et la foule est plus impliquée dans le concert. Aussi, c'est plus difficile de rentrer dans le concert quand on a les photographes sous le nez, parce que naturellement tu fais attention à ton apparence, tandis qu’à la fin tu n’y penses pas un seul instant. Et puis ça oblige les photographes à assister à tout le concert ! On les kidnappe !

>>> Retrouvez nos photos du concert de Foals dans notre report du Main Square Festival

Tu vas jouer un mélange des trois premiers albums ce soir. Tu n’en as pas marre de chanter « Spanish Sahara » ?

C’est vrai qu’on l’a joué des centaines de fois, mais je ne m’en lasse pas. Il y a bien sûr des chansons que je ne supporte plus de jouer, comme « Cassius », donc on a arrêté de la jouer. Il arrivera un moment où elle paraîtra de nouveau fraiche. Ça va influencer notre manière d’écrire : quand tu ne te lasses pas du titre au bout d’un mois de tournée, c’est que c’est une bonne chanson !

Allez-vous jouer des chansons du prochain album ?

Non, rien n’est vraiment fini encore. On a passé du temps en studio c’est vrai, mais on n’a pas encore de nouvel album, il n’est pas écrit. J’ai vraiment envie de faire un quatrième album mais je veux le faire bien, je veux être sûr d’avoir quelque chose à dire. Aujourd’hui, j’ai quelques idées mais je ne sais pas comment les exprimer : je pense qu’il faut que j’attende la fin de la tournée, pour aller pêcher, écouter moins de musique, jardiner, lire et traîner avec mon chat… Redevenir une vraie personne. La tournée peut vous foutre en l’air, dans le bon sens du terme, mais c’est assez destructeur et loin d’être une vie saine. Le rythme est soutenu et tu peux vite devenir déconnecté de la réalité. Pour écrire, j’ai besoin d’espace, de silence, et de m’ennuyer : c’est très important pour être créatif, puisque tu crées pour fuir l’ennui.

Sur Holy Fire, les paroles sont devenues beaucoup moins cryptique que dans Total Life Forever. Comptes-tu rester dans ce style quand tu vas te remettre à écrire ?

Au moment de l’écriture d’Holy Fire j’ai senti que c’était une bonne chose à faire, j’avais envie de sortir quelque chose de brut, me sentir vulnérable, d’être courageux. Je ne sais pas si je vais recommencer, il y a peut-être d’autres moyens pour ça, et je n’aime pas me répéter. Nos trois disques sont assez différents les uns des autres, le quatrième le sera aussi. Mais j’ai appris quelque chose en écrivant Holy Fire: je ne vais pas recommencer à écrire des paroles cryptique, j’avais peur de me révéler. Chanter des paroles assez obscures est un mécanisme de défense, une façon de construire un mur.

Pourtant, tu te livres beaucoup en interview, comme celle réalisée par le Guardian il y a quelques années…

Oui, je regrette un peu d’avoir confié autant de choses, ma famille n’en était pas contente. Quand je suis à l’aise avec le journaliste, j’ai tendance à oublier que ce sera imprimé, je me crois en thérapie !

Crédit photo: Clémence Meunier