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Para One : l'interview "Club"

Para One : l'interview "Club"

Photo : Caroline Deloffre

Para One semble vouloir renouer avec le dancefloor, en atteste un album de relectures inspiré et blindé d'influences. Rencontre avec un type en pleine lune de miel avec ses platines.

On ne présente plus le co-boss de Marble, surtout lorsque l’on sait que Para One est actif depuis près de dix ans dans le paysage de la musique électronique française. En 2012, Para One sortait Passion, un disque dans lequel résonnent ses influences électroniques et qui était destiné à une écoute plus “domestique” que la plupart de ses productions, comme il aime à le dire. Deux ans après sa sortie, Jean-Baptiste De Laubier (de son vrai nom) sort Club, une réinterprétation radicale de la plupart des morceaux présents sur Passion. Club, comme son nom l’indique, est une ode à la fête dans lequel Para One a incorporé avec élégance des sons propres à la musique électronique “dansante” qu’il affectionne... On a voulu en savoir d'avantage sur ce travail qui se démarque de la discographie de l’artiste, l'occasion pour nous d'aborder avec lui son rapport au clubbing mais aussi sa résidence en Italie et le lien qu'il entretient aujourd'hui avec le mouvement hip-hop.

Green Room Session : Pourquoi ce choix d’une réédition des morceaux présents sur ton album Passion ?

Para One : Ces morceaux existaient dans une certaine forme, et je me suis rendu compte qu’il fallait qu’ils existent autrement parce que Passion faisait beaucoup référence à la musique de club alors qu’en même temps ce n’était pas vraiment de la musique de club, que ce soit à cause de la structure ou du son. Au moment ou il a fallu que je fasse les morceaux en live, la question de savoir comment j’allais jouer ces titres s’est concrètement posée et j’ai réalisé que je ne pouvais pas les jouer tel quel. J’ai dû beaucoup les reconstruire et les ré-imaginer et au bout d’un moment je me suis rendu compte que l’ensemble formait un disque, mais j’ai hésité à le formuler comme un album... Puis, finalement je me suis dit que c’était une bonne chose parce qu’il n’y jamais eu de lien discographique avec mon travail sur scène. Ça fait 10 ans que je fais de la musique électronique de club dans les clubs mais après quand je fais des albums c’est toujours des albums à écouter chez soi : de la musique de film ou de la pop comme avec Slice and Soda. Autrement-dit, j’ai pensé qu’il n’y avait jamais eu ce côté là que les gens retrouvent dans ma musique ou dans mes remixes et je me suis dit que c’était dommage de ne pas encore l’avoir fait.

Peut-on parler de “remixes” pour ces morceaux ?

Dans certains cas oui, par exemple avec “Wake Me Up”, le titre c’est “Wake Me Up remix”. Chaque titre explique un peu comment le morceau est né... “Animal Style” c’est plus un edit et c’est pour ça qu’il est très proche de l'original. Pour “Talking Drums”, il s'agit d'une version dub parce que la basse tourne un peu plus longtemps. Donc oui, on peut parler de remixes même si dans certains cas ça devient des trucs complètement différents. “You Too” par exemple n’a plus rien à voir avec le “You” de Passion.

http://youtu.be/0PiwXwy3iWg

Comment définirais-tu la couleur de ce nouveau LP ?

Je pense qu’il n’y a pas de cohésion dans la couleur. Comme d’habitude dans tout ce que je fais c’est toujours un peu composite, il y a plein de chose diverses... En fait, de la même façon que Passion faisait référence à toutes les musiques électroniques que j’ai aimé, Club fait échos à toutes les musiques club que j’ai aimé. C’est pour ça qu’on entend du UK Garage, du breakbeat, de la techno pure et dure, de l’électro au sens classique du terme, de l’acid ou de la house. Il y a beaucoup d’influences et c’est une manière pour moi de les transcoder et de les amener à un public plus jeune, qui n’a pas passé son adolescence à l’époque où il y avait des raves parties partout.

C’est une idée qui a mûrie ou elle s’est imposée à toi rapidement après Passion ?

J’ai fait les morceaux rapidement après Passion mais il m’a fallu du temps pour mûrir la façon dont j’allais le présenter aux gens. Je me suis demandé si je devais présenter ces morceaux sous une forme live mais ça ne me plaisait pas trop comme idée, les albums live sont souvent considérés comme des albums qui ne le sont pas vraiment... Ça m’a pris un peu de temps pour assumer le projet et pour comprendre que c’était bien un nouvel album que j’étais en train de faire.

Il y a eu des collaborations ou des coups de main sur Club ?

Sur Passion j’avais davantage fait appel à des amis. Mais sur Club les featurings apparaissent tout de même parce que la matière originelle avait été créée à plusieurs... Au final j’ai tout fait tout seul parce que c’est un terrain sur lequel je me sens en confiance, quand je fais mon live par exemple je sais comment avoir tel ou tel impact sur le public, c’est mon truc, c’est là où je m’exprime vraiment et le plus honnêtement. Au final je n’ai pas eu besoin d’avis extérieur et je me suis fait confiance.

Ce sont des titres que tu penses jouer en live ou DJ-set ?

Je les ai déjà joué en live sur quelques dates, juste après la sortie de Passion. Mais aujourd’hui je ne m’intéresse plus qu’aux DJ-sets, parce que pour moi c’est comme ça que doit être vécue la musique de club aujourd’hui, en tout cas c’est ce que je défends. On proclame souvent des prestations comme étant des “lives” mais dans la musique électronique ça n’a pas toujours de sens s’il n’y a pas vraiment d’improvisation, de prise de risque ou de temps réel... Ça reste toujours un peu “plaqué” alors que dans les DJ-sets il y a toujours un côté improvisé, spontané, naturel. Le DJ est moins mis en avant que l’artiste qui fait un concert. Dans certains cas dans les clubs, le DJ est un peu caché, je trouve que c’est assez idéal comme position pour jouer de la musique.

Ça te manquait les environnements festifs ?

Je ne voulais pas partir aux quatre coins du monde avec une étiquette "live". J’avais vraiment envie d’une période plus ouverte pour écouter et partager les musiques d’autres gens plutôt que d’être uniquement focalisé sur mon live, mon show et de me barrer ensuite. Il y a quelque chose qui me plaît dans l’idée de participer à un line-up de club, je trouve qu’il y a quelque chose de plus généreux…

Simian Mobile Disco a récemment enregistré un album live. Ce genre de performances t’attire ?

Je vais me contredire mais j’adore de l’idée de faire un vrai live avec des machines, surtout lorsqu'on le fait à plusieurs mains comme ce que j’avais fait avec Tacteel à la Gaîté Lyrique. On avait ramené tout notre studio sur scène. C’est le genre de truc que je trouve passionnant à faire mais qui nécessite beaucoup d’implication parce que pour tourner c’est très compliqué et très long à faire... Mais à l’avenir pourquoi pas oui.

Est ce qu’il t’arrive de te rendre à des concerts ?

Je vais surtout voir des DJ-sets... Je n'ai jamais été un grand fan de concerts, même lorsque j’étais ado. On n'y entend pas forcément mieux la musique que chez soi. Il y a toujours beaucoup de gens et je suis assez agoraphobe, alors qu’un club est un endroit assez intime, un lieu où on peut s’oublier, beaucoup plus que dans une salle de concert... Je vais souvent voir des DJ's parce que c’est aussi comme ça que je renouvelle ce que je joue. Je suis toujours curieux d’aller voir ce que les gens passent donc je sors très souvent.

Un coup de cœur dernièrement ?

Récemment, il y a L-Vis 1990 qui a joué au Nouveau Casino, son set m’avait vachement plu. J’aime bien ce genre de DJ's qui sont dans la prise de risque, qui ont une vraie position esthétique et qui ont le courage de la proposer. 

Pour continuer de parler de tes actus, tu as été en résidence il y a peu de temps. Tu nous en dis un peu plus ?

J’étais en Toscane pendant deux mois à Villa Lena pour travailler sur un projet qui va probablement englober du cinéma et de la musique (même si c’est encore un peu flou pour en parler officiellement). J’ai envie de tout mettre au même endroit, on verra quelle forme ça prendra.

Quels sont les avantages de ce travail en résidence ?

Pour Villa Lena, ce n’est pas vraiment une résidence comme je pourrais la faire dans une salle de concert par exemple. Les avantages que j’ai trouvé là bas c’est déjà la dimension humaine : il y a beaucoup d’autres artistes, et c’est très enrichissant de parler avec eux. Discuter avec un peintre qui est vraiment abouti dans son boulot et qui a des interrogations (et des réponses) différentes, ça nourrit énormément mon travail.

Le hip-hop t’inspire-t-il toujours ? Penses-tu y revenir un jour ?

J’ai toujours dit que je reviendrai au rap le jour où j’aurai une rencontre aussi forte que celle que j’ai eu à l’époque avec TTC. Il faudrait un rappeur qui me motive vraiment, soit parce que j’aime déjà ce qu’il fait à la base, ou parce que c’est un petit jeune et qu’il dégage quelque chose de super fort. J’ai débuté quelques sessions avec des rappeurs mais ça n’a rien donné, parce que l’organisation c’est toujours un peu compliqué à gérer. Et vu que je suis assez occupé je n’ai pas le temps de courir après les gens. Le jour où quelqu’un sera vraiment prêt et que je le serai aussi, ça se fera. En tout cas je continue d’aimer le rap et d’en écouter beaucoup.

Tu as des noms en tête ?

En France c’est clairement Joke que j’aime bien parce que c’est aussi un pote à moi, on prévu d’ailleurs de bosser ensemble. Et en rap US, j’écoute beaucoup de Gucci Mane en ce moment, l’abondance de productions, d’idées et de folie de ce mec me passionne.

Club (Marble Music)